Les Protecteurs du Pacte Secret

L'antre mystérieuse des chasseurs du Trésor...
 
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 L'oeil de Zamarta

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Etael

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MessageSujet: L'oeil de Zamarta   Lun 16 Avr - 20:47

Le Pacte secret de l'Huître Majestueuse, guilde la plus mystérieuse de l'île, avait choisi un endroit reculé et impénétrable pour se retrouver et élaborer des plans loin de toute civilisation.

Conformément au message qu'elle avait discrètement fait parvenir à Etael, Nienna se rendit à la tombée du jour dans le lieu le plus retiré de cet antre. Ce lieu, très récent puisque construit et élaboré en même temps que le reste de l'antre, n'avait en réalité aucun but en lui-même. Nienna s'était dit qu'elle pourrait y entasser les cadavres au cas où une bataille aurait lieu dans le repère, fait hautement improbable puisque celui-ci était caché là où personne ne pouvait le découvrir. Elle n'en avait pas moins fait construire une haute muraille de pierres tout autour, et avait installé sur la porte et les panneaux d'indications environnant le mot: "déchetterie", pour tromper l'ennemi.

Ainsi la déchetterie ne servait-elle encore à rien, mais, cachée des yeux de tous, et protégée par son nom qui transpirait l'insignifiance, elle n'attirait nullement convoitise ou attention. Elle était donc le lieu le plus prometteur pour la rencontre que Nienna devait avoir avec Etael.

Elle se prêtait par ailleurs parfaitement aux circonstances: le mot de "déchetterie" semblait à Nienna aussi doux et pertinent pour accueillir le seigneur d'Elil-Galas qu'un affront plus direct, et, connaissant son intelligence et sa perspicacité, elle ne doutait pas une seconde qu'il comprendrait qu'elle le traitait ainsi plus ou moins ouvertement de rebut... sans que cela ne remette en cause leur discussion, car, inutile et presque déjà abandonnée avant d'avoir été utilisée, la déchetterie avait pris des allures de cimetière, en raison des murs qui l'entouraient, mais aussi et surtout des restes des matériaux qui n'avaient pas servi à construire les bâtiments, dispersés ça et là au hasard, et qui, dans les pâles rayons de lune, pouvait paraître pour l'oeil non averti des fragments de pierres tombales. Le démon d'Elil-Galas se sentirait donc ici comme chez lui.

Avançant prudemment entre les rangées de débris pour ne pas froisser sa robe, elle monta comme convenu tout en haut de la colline qui surplombait la déchetterie. Là, elle s'assit contre le tronc d'un arbre et attendit sans bruit l'arrivée d'Etael. Celui-ci avait sollicité cette entrevue pour discuter de son intégration dans la guilde, et en avait profité pour lui glisser à l'oreille qu'il détenait des informations importantes pour le Pacte secret, qu'il donnerait en échange d'aide concernant... "l'oeil de Zamarta"...

Que diable l'oeil de Zamarta venait-il faire dans tout ceci? Elle se souvenait en avoir autrefois entendu parler, de la bouche d'Etael lui-même, comme d'un objet puissant, et terriblement précieux... Mais... Les seuls trésors qui intéressaient Nienna aujourd'hui étaient ceux de l'Huître Majestueuse, dispersés aux quatre coins du monde, et qu'elle ne savait comment retrouver...

Une voix à la fois caverneuse et sensuelle, accompagnée d'un sourire légèrement ironique, vint la tirer de ses pensées.

"Bonsoir, chère et douce amie... Rêvasser au clair de lune bercé par le bruissement d'un non-monde aux allures de contrée post-apocalytpique... Ô Nienna, quelle magnifique occupation !"

Quand Nienna posa les yeux sur Etael, seule la silhouette de celui-ci émergeait en esquisse de la lumière laiteuse dispersée par la lune.

"Prends garde ma douce, tu vas attendrir les remparts de ton cœur à jouer ainsi les romantiques...

- Et cesser une seconde d’employer ce ton mielleusement ironique, serait-ce assécher à jamais le venin de ta langue ?"

Etael sourit, tourna doucement le dos à Nienna, et offrit ses yeux au ciel blafard. Un instant, la scène se figea, vidée de toute acidité, de tout sourire frondeur, de ces incessants regards entendus ou sous-entendants. Pendant une seconde, plus de royaumes, plus de guerres, plus de trésors, plus de quêtes. Seul le passé vibrait, comme suspendu, là-haut, entre les deux seigneurs.

Et, soudain :

« - Je te remercie pour l’artefact que tu as bien voulu dérober en mon nom. Nos services occultes l’étudient afin de savoir si oui ou non il est l’indice que nous cherchons. Mais venons en aux faits. Ainsi, Etael, tu souhaites nous rejoindre pour retrouver ‘l’œil de Zamarta’… »


Etael, qui tournait toujours le dos à Nienna, la tête renversée en arrière et le regard vide, ne sembla même pas entendre, et alors que la dame de Saralinde s’apprêtait à continuer, le seigneur d’Elil-Galas eut un sursaut :

« Nienna, oublie un instant nos vieilles querelles, et écoute simplement ce que j’ai à te dire. »


La voix du démon se fit plus lisse, moins incisive et cave qu’à l’accoutumée. En tendant l’oreille avec attention, l’on aurait presque pu entendre résonner, au pied de la colline, un air doucereux de violon :

« L’œil de Zamarta n’est pas un trésor comme les autres ; il est lié à mon histoire, à mon sang, à l’avenir de mon peuple. Oublie les artefacts, l’or et les diamants : l’œil de Zamarta est un héritage, Nienna, et son pouvoir dépasse tout ce que tu peux imaginer. Sans lui, nous, les démons d’Elil-Galas, sommes perdus. Sans lui, mon peuple est aveugle, Nienna. »

Etael laissa ce nom sonner un instant, signe qu’il laissait la parole à son interlocutrice de charme :

« - Mais Etael, voyons, pourquoi t’aiderions-nous ? Danaël de Khreno est fermement opposée à ton entrée dans la guilde, et je n’ai moi-même aucune raison légitime d’accéder à ta demande – si du moins je laisse de côté quelque menace formulée à demi-mots par ta bouche lors de notre dernière rencontre… »

Etael eut un sourire inspiré, étonnamment bienveillant. Ignorant avec habileté la dernière remarque de Nienna, il laissa tomber une question, lourde de simplicité :

« - Ne cherchez-vous pas le trésor de l’Huître Majestueuse ? »

Ce nom suffit à faire tressaillir Nienna, qui fixait alors les lèvres d’Etael avec une insondable avidité.

« - Oui… mais… quel rapport avec TON trésor ?…
- L’œil est un guide Nienna. Il guide quiconque sait lui parler. Et tu sais comme moi qu’il est désormais aux mains du Simulacre Crépusculaire… Ce n’est qu’une de temps avant qu’ils arrivent à gagner sa confiance. S’il leur parle, le trésor de l’Huître est menacé… Mais si nous le libérons de leurs mains impures, je te promets, Nienna, de le convaincre de servir le Pacte et sa juste cause… Je suis un descendant du Grand Fléau Rouge, fondateur d’Elil-Galas : j’ai la confiance de l’œil de Zamarta, son pouvoir est le mien.
- Mais Etael, tu parles de cet oeil comme s’il s’agissait d’une… personne? Est-ce que je dois conclure de ton discours que cet oeil de Zamarta serait une sorte de... voyant? De devin?
- En effet... L'oeil de Zamarta est le nom donné au porteur du Pouvoir en Elil-Galas. Ce Pouvoir se transmet de génration en génération depuis des millénaires. Personne ne sait vraiment de quoi il est fait, pourquoi et comment il choisit son possesseur... Mais sitôt que le Pouvoir est apparu chez un être, il disparaît chez son précédent possesseur, et vice-versa. Il permet à celui-ci de voir ou à défaut de deviner n'importe quelle réalité, et de prédire l'avenir. Cela fait des siècles maintenant qu'il suit ma famille. Fais-moi confiance, Nienna, je le connais... Je sais comment le trouver et le mettre à ta disposition...
- Dans ta famille dis-tu? Ne viens-tu pas d'affirmer qu'il se transmettait entre les générations? Pourquoi n'en disposes-tu pas toi-même si tel est le cas? Serais-tu encore en train de me mentir?
- Absolument pas! L'oeil de Zamarta a bien choisi sa nouvelle... enveloppe parmi les membres de ma famille. C'est ma soeur qui en a hérité.
- Ta... soeur? J'ignorais que tu en avais une...
- Preuve que tu ne sais pas tout...
- Te connaissant... Cela doit être pesant, n'est-ce pas, de songer que votre prétendu "Pouvoir" ne t'a pas choisi toi, mais elle...
- Détrompe-toi, Nienna, ma soeur et moi nous aimons tendrement depuis l'enfance. Elle est bien la seule personne pour qui j'éprouve la moindre affection, et je serais prêt à tout pour la retrouver... et la sauver... Je n'ose imaginer ce qu'il lui font subir à l'heure qu'il est...
- Oui, savoir que ce n'est pas toi qui lui inflige la moindre souffrance...
- TAIS-TOI! Je t'interdis de parler de ma soeur sur ce ton!"

Nienna, l'air songeur, admirait les traits déformés par la colère de sa vieille connaissance. La couleur de son visage était passée doucement du rosé au rouge et virait maintenant en violet, tandis que sous sa peau, les veines qui roulaient en tous sens, presque comme vivantes, semblaient prêtes à exploser.
L'air totalement détaché, elle tentait d'évaluer le poids des paroles prononcées par son interlocuteur, dont le vif accès de rage avait un accent de vérité indéniable, et en qui elle commençait presque à avoir confiance.
Cette histoire de famille donnait au jeune démon un soupçon d'humanité qui lui allait fort bien. Elle se dit un instant qu'il y avait quelque chose de pathétique à regarder la souffrance de celui qui d'habitude en infligeait tant aux autres, et sentant son coeur basculer dangereusement du côté de la réunification familiale et de la justice dans le monde, elle se rappela bien vite que celui à qui elle avait à faire était un monstre sans pitié.
Pour éviter d'imaginer que son coeur de pierre éprouvait peut-être de réels sentiments envers un autre être vivant que lui-même, elle songea à ce que promettait cette quête fraternelle: pénétrer chez les membres du simulacre, détruire leurs bâtiments, les tuer, les égorger, les éventrer, les massacrer, les... de l'aventure quoi, pour les petites huîtres dolentes qu'ils étaient et qui deséspéraient de trouver un jour un quelconque signe de leur trésor...

"- Tu as dit que... Cet oeil de Zamarta était capable de répondre à des questions, si on savait comment l'interroger? Je suppose que tu avais une idée derrière la tête...
- Ton trésor, Nienna... Ne t'es-tu pas demandé comment j'en avais eu connaissance, alors que vous protégez si jalousement son secret? C'est elle, qui m'en a parlé, peu de temps avant son enlèvement... Elle a raconté une légende étrange, à propos d'une huître qui permettait de ne plus jamais connaître la faim, et de son trésor, fait d'objets légendaires qui apportent félicité, puissance et gloire à leurs possesseurs... Lorsque j'ai su que tu avais fondé une guilde portant le nom de cet animal ridicule... Je me suis douté que cela avait un rapport... Et puis ma soeur a disparu, et lorsque j'ai découvert où elle était retenue prisonnière... Tu comprends, je n'ai personne d'autre vers qui me tourner... Je t'aiderai, c'est promis, dès que nous l'aurons retrouvé, elle fera tout ce que tu voudras pour t 'aider à rechercher ton trésor... Prends-moi parmi vous, Nienna, tu ne le regretteras pas."

Trésor, trésor, trésor : le mot résonnait inexorablement dans la tête de Nienna, frappant et frappant encore son esprit comme un marteau l'enclume d'un forgeron. Cette obsession presque douloureuse étouffait peu à peu l'incrédulité prudente dont elle se parait ordinairement face aux discours d'Etael, démon machiavélique s'il en est.

Tandis que l'esprit de Nienna était en lutte avec une hésitation des plus compréhensibles, des mots glissèrent de sa bouche sans qu'elle s'en rende vraiment compte :

- J'accepte que tu rejoignes notre guilde, Etael. Je pousserai les protecteurs du pacte secret à aller dans mon sens. Sache cependant qu'au sein de notre guilde, mille yeux suspicieux seront sans cesse posés sur ta personne, et que toute tentative de trahison, si infime soit-elle, sera punie par la mise à feu et à sang du royaume d'Elil-Galas.

Même si Nienna venait de l'accepter dans la guilde - au prix de quelques avertissements proprement incapables d'effrayer un démon tel que lui, Etael était inexpressif. Il inclina la tête en signe de remerciement, et indiqua d'un geste de la main le bas de la colline, signe qu'il invitait Nienna à rejoindre quelque lieu plus habité.

Les deux seigneurs quittèrent la déchetterie, laissant derrière eux le silence paisible d'un paysage défiguré. De retour dans les corridors de l'antre du pacte secret, Etael et Nienna marchaient d'un même pas, comme le font des alliés. Ils se dirigeaient vers la salle du conseil.

Nienna, en bon tyran, demanda aux protecteurs du pacte secret de s'exprimer à propos de la candidature d'Etael, et ce après avoir pris le soin d'exposer ce qu'il en était de l'oeil de Zamarta, et longuement insisté sur l'importance de celui-ci pour la quête du Trésor.

Nalikith était soulagé de voir que Nienna était sortie indemne de cette rencontre avec le sombre et vil seigneur d'Elil-Galas - et, qui plus est, elle était revenue la robe immaculée, fait hautement improbable quand on écume les déchetteries. Bien qu'il n'aimait pas beaucoup les démons, l'élémentaire s'exprima, dans un souffle bienveillant, en faveur de l'entrée d'Etael dans la guilde. Ishe quant à lui, tout autant obsédé par le trésor que pouvait l'être Nienna, était prêt à user de tout moyen permettant de mener la quête à bien : aussi hurla-t-il un OUI aussi sonore qu'incontrôlé dans la salle du conseil.

- Etael, seigneur des terres d'Elil-Galas, bienvenue parmi nous, vous êtes désormais un protecteur du pacte secret... !


Puis la voix de Nienna se fit plus profonde, plus solennelle :

- Mes amis, le moment est venu de livrer nos âmes, nos corps, nos armées, nos terres à cette quête suprême, cette quête absolue, cette quête de pouvoir... la quête du trésor sacré de l'Huître majestueuse !! Et, à présent, après des mois de doute et d'errance, notre premier objectif a enfin un nom : l'Oeil de Zamarta !!!
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 6 Fév - 15:35

Posté par Nienna, le 25/04/2007

La nuit était claire, les étoiles brillaient, les cigales avaient chanté tout l'été, bref, tout allait pour le mieux dans le calme et champêtre royaume de Saralindë.

Pourtant, une effervescence inhabituelle faisait trembler les murs du Palais des douves aux plafonds. Les vieilles pierres semblaient prêtes à se rompre à chacun des passages des serviteurs surexcités de Nienna, qui montaient et descendaient les escaliers en courant à toutes jambes, des cuisines à la salle des armes, en passant par les bains et la chambre de leur maîtresse, bien évidemment.

Celle-ci, assise tranquillement à son bureau, semblant ignorer le raffut qui l'entourait, écrivait avec l'air de la plus grande indifférence possible quelques mots sur un vieux grimoire... Ses traits étaient détendus, et de sa peau souple et lisse les traits du désespoir et de la souffrance semblaient avoir été effacés. Une seule raison à cela bien sûr: le trésor de l'Huître Majestueuse serait bientôt à sa portée. Enfin.
Ne lui restait plus qu'à remplir les énormes malles étalées dans sa chambre avec des victuailles, de l'eau, des armes et toutes sortes d'autres provisions pour le long voyage qui les attendait probablement. De cela, elle ne s'occupait pas, laissant ce travail à Lutia, la jeune cheffe de ses lutins, qui s'en sortait à merveille avec l'intendance.

Nienna, dont le coeur malgré tout battait follement d'impatience, racontait quant à elle dans le vieux livre qu'elle avait retrouvé par hasard dans un souterrain du Palais le début de leur histoire, "pour mémoire", disait-elle. Et aussi, un peu, en guise de testament, "au cas où"...

Lorsqu'elle eut terminé, elle sourit au clair de lune, puis, se retournant vers ses sujets affairés, leur hurla des ordres contradictoires, et leur tourna le dos à nouveau pour rire sous cape. Cette situation ne pouvait plus durer, vite, elle était trop pressée, il fallait qu'elle parte.


"- Dites donc, vous en faites un foin! Allez, ça suffit! Fermez immédiatement tous ces coffres, nous partons!
- Mais... Mademoiselle Nienna, tout n'est pas terminé!
- Ca ira bien comme ça, Lutia, nous ne partons pas en vacances!
- Bien... Qu'emmène-t-on alors?
- Moi je t'emmène toi. Toi, tu emmènes ce que tu veux. Pour le reste, débrouillez-vous. Je ne me souviens plus de ce que je vous ai dit.
- Le sac de nourriture, peut-être? Et vos armes?
- Parfait, parfait...
- Et les sels de bains? Les offrandes pour les Dieux? Les souvenirs que vous avez ramenés d'Oriande? Vos robes de plage??
- Tout ce qui est superflu est absolument nécessaire, et vice-versa. Je t'en prie, prends ce qu'il te plaira d'emmener. Moi, je pars maintenant. Je n'attendrai pas une minute de plus.
- Ah, bien, allons-y alors..."

Tandis que le cortège s'ébranlait, une dryade qui revenait de la place publique parvint jusqu'à l'oreille de Nienna et lui murmura quelques mots qui semblèrent réjouir la Sylvanienne. Elle monta dans le chariot que poussaient quelques uns de ses [s]esclaves[/s] fidèles sujets et déroula six petits rouleaux de parchemin sur lesquels elle rédigea un texte identique. La dryade qui était restée à ses côtés l'entendit juste murmurer tandis qu'elle écrivait:

"Arès... Place publique... Guerre... Répondre... Action... Récréation!"

Elle donna les six petits parchemins à un gnome qui passait par là avec pour ordre de les apporter rapidement aux autres membres de sa guilde, qu'elle devait retrouver avant le lever du jour, afin qu'ils réagissent rapidement, puis sortit un autre parchemin, plus grand celui-là, qu'elle confia à la dryade avec ordre de l'apporter en place publique, de préférence à Molok lui-même, ou à défaut de le lire à haute voix.

Puis elle descendit du chariot et poursuivit la route à pied, aux côtés de Lutia (et du reste de malles et coffres empilés sur le chariot...)


* * *


Après de longues heures à marcher en silence, ils arrivèrent enfin au refuge secret, lieu du rendez-vous avec les autres membres du Pacte secret.
Tandis que toutes les créatures sylvestres qui avaient fait le chemin par amour pour leur Dame s'écroulaient de fatigue les unes après les autres et prenaient enfin un repos bien mérité, Nienna s'assit sur une pierre et profita du lever de soleil...
Un vent léger et taquin vint jouer avec ses cheveux, et le rire cristallin qui s'échappa de la brise confirma à Nienna que Nalikith, son ami élémental de vent et protecteur du Pacte secret, était déjà arrivé. Elle soupira d'aise et joua un instant avec lui, avant de s'allonger sur le sol pour se détendre à son tour.


"- Quand partons-nous?
- Eh bien, quand nous serons tous là...
- Oh! Les autres sont en chemin! Ils nous suivent... Ou nous ont précédés, enfin, ils ne sont pas bien loin... Je les ai vus et je les sens..."

Etael sortait justement d'une ruelle voisine, et arriva au moment où l'on vit la silouhette d'Ishe poindre à l'horizon.

"- Qu'est-ce que c'est que ce bazar...
- Moi aussi Etael, je suis ravie de te revoir!
- Nienna... dit l'élégant démon en se prenant la tête dans les mains, l'air parfaitement désespéré, ne me dis pas que tu... comptes emmener tout ce bord... fatras??
- Ah mais si, parfaitement! Vous en aurez besoin pour votre périple!!
- Oh mon Dieu... Nienna... Décidément tu n'as pas changé...
- Hein! Heu... Ca! Tu veux dire ça là, autour de moi, les carioles, les sacs et tout? Ah mais non! Ne t'inquiète pas! Je voulais juste mettre mon peuple à l'abri pendant notre absence! Tout ceci va rester là...
- Avec les boulets qui t'accompagnent bien sûr...
- Avec mon cher et bien-aimé peuple, c'est ça oui..."
(D'un bond, le cher et bien-aimé peuple se releva...)
"- QUOI?????
- Ah mes chers petits... Merci pour votre soutien, notre route se sépare ici... Je ne peux vous mettre en danger en vous emmenant avec moi, regardez-vous, une nuit de marche et vous êtes déjà liquéfiés... Vous serez bien mieux ici en sécurité... Et puis, nous ne prendrons que le strict minimum, ainsi vous aurez de quoi survivre un bon moment avec toutes ces victuailles... Et de quoi vous défendre... Parce que c'est la guerre mes enfants désormais. Le royaume de Saralindë sera beaucoup attaqué durant mon absence j'en ai peur, aussi je n'ai laissé que notre armée en garnison, dirigée par ma garde personnelle. N'ayez aucune crainte.
- Et... Et moi? fit Lutia d'une petite voix
- Toi, ma douce, tu restes ici... Inutile de venir risquer ta vie. Tu dirigeras le repère à ma place! (*Pleurs et grincements de dents de la cheffe des lutins*) Bon, d'accord, tu viens avec nous... Allons! En avant!
- En avant? Mais... où?
- Heu... Chez les Arès!
- Savons-nous exactement où trouver l'oeil de Zamarta?? intervint Ishe, qui venait de les rejoindre.
- ... Allez, ça n'a pas d'importance, nous trouverons bien en chemin de toute façon. En rasant les royaumes des Légionnaires d'Arès tour à tour, il y a bien un seigneur qui finira par nous dire qui le détient et où ils le cachent! Cette guerre tombe décidément très à pic!
- Exactement! J'allais le dire! En avant!!!"

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Dame Nienna,
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Cheffe vénérée du Pacte secret de l'Huître Majestueuse
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Nienna
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:23

Alors que toute la troupe se mettait en marche et s’apprêtait à pénétrer dans la forêt sombre qui tenait à l'écart du monde le refuge des protecteurs, Etael ne put s’empêcher de jeter un regard circonspect à Lutia, et de lui adresser ces quelques mots amicaux :

"- J’espère que tu manies aussi bien l’épée que le balai, il ne s’agirait pas qu’on perde tout notre temps à t’éviter de finir en kebab sauce lutin…
- Etael ça suffit, laisse donc Lutia tranquille ! Elle peut nous être utile dans cette expédition. Elle s’occupera… hum… de la logistique !
- Sans doute le seigneur d’Elil-Galas est-il trop misanthrope pour être venu accompagné par autre chose que son égo.
- Détrompe-toi mon cher esprit des vents, détrompe-toi."

Un rire aigu et féminin résonna à cet instant dans les arbres. Il semblait provenir de tous les côtés à la fois. Une ombre passa à toute allure sur la droite du cortège, filant comme une flèche à la lisière des arbres. Ishe dégaina son épée :

"- Mais qu’est-ce que c’est que ça ?!
- Reste calme Ishe. Range-moi cette lame. C’est une amie."

L’ombre s’immobilisa quelques mètres devant les protecteurs, puis se mit à avancer lentement vers eux. Ils purent distinguer une silhouette. Une silhouette élancée, aux courbes délicates.

"- Mais qu’est-ce dont ?
- C’est une Succube. Le garde du corps d’Etael."

S’arrachant à l’obscurité de la forêt, la Succube s’offrit aux regards de tous. Elle avait les yeux fixes et d’un bleu cristallin qui jurait avec la couleur grisâtre de sa peau. Elle était d’une tête au moins supérieure aux hommes les plus grands; dans son dos, deux ailes brunes, qu'on pouvait présager immenses une fois déployées, se balançaient au rythme de ses pas. Une cotte de maille noire enserrait avec sensualité la minceur de son corps et sa très avantageuse poitrine, tandis que ses mains étaient armées de griffes colossales, qu’on devinait plus dures que le diamant.

"- Mes amis, je vous présente Alhambra. Vois-tu Nienna, je n’ai pas osé emmener une balayeuse ; j’ai préféré une terrible guerrière. J’espère que tu ne m’en tiendras pas rigueur.
- Ton soutien est le bienvenu Alhambra. Mais garde un œil sur ton maître et sa langue bien pendue, il se pourrait que je la lui coupe en chemin."

Le visage d’Alhambra s'était, à un moment ou à un autre de son existence, déparé de toute expression ; si un feu démoniaque brûlait en elle, son visage était plus froid encore que la morsure du blizzard. Aussi Nalikith, en bon élémentaire, lui trouva-t-il un charme déroutant. Alhambra, après avoir considéré l'assemblée, se tourna vers Etael :

"- Seigneur, j’ai ressenti quelque force étrange du côté du royaume de Ryuka en venant jusqu’ici.
- Le royaume de Ryuka hein… ce royaume démoniaque qui faisait partie encore il y a peu de la guilde des légionnaires d’Arès… c’est intéressant.
- Tu penses que l’œil de Zamarta se trouve là-bas ?
- Ce ne serait pas absurde… J'ai déjà eu l'occasion de croiser la Dame qui règne aujourd'hui sur ces terres... Et je sais que cette espèce de sous-magog dégénéré est bien capable d’avoir enlevé ma soeur, ou tout au moins d'avoir à un moment ou à un autre trempé dans cette affaire.
- Tiens justement Etael, puisque tu parles de "ta soeur"... cela me gène un peu d’appeler une personne par le nom de son pouvoir… euh… ta sœur n’a-t-elle pas un nom à elle ?"

Etael fit mine de ne pas entendre.

"- Je propose que nous nous rendions en Ryuka, pour savoir ce qu’il en est. Tu n’as rien contre Nienna ?
- Non, mais…"

Etael recommença à marcher. Les autres le suivirent. Ishe eut un sursaut :

- Chouette ! On va casser du démon !

Nalikith n'en crut pas ses oreilles; Ishe ne venait quand même pas de dire une chose pareille, à moins d'une longueur d'épée d'Etael ! Ishe, lui, n'en croyait pas sa langue. Après quelques interminables secondes, il se risqua à ouvrir de nouveau la bouche :

- Euh... enfin... je voulais dire... du démon d'Arès ! ...de l'Arès démoniaque.... de l'Arès tout court !

Etael sourit. Depuis qu'il appartenait à cette guilde, il avait toujours trouvé Ishe de Fafur amusant... pour un Ancien. Entendons par là qu'il n'avait pas envie de lui trancher la gorge.

Nienna, quant à elle, restait frustrée par le silence qu'Etael lui avait encore une fois donné pour toute réponse. Sa question était pourtant on ne peut plus légitime ! Et il ne s'agissait jamais que de connaître un nom ! Etael était vraiment insupportable, enrubanné dans sa condescendance. Nienna rongeait son frein. Alors qu’elle allait retenter sa chance, Alhambra l'interrompit dans son élan :

"- La sœur de mon maître, détentrice du grand pouvoir de Zamarta, répond au nom d'Hestia.
- Ah merci Alhambra ! ...Hestia hein... c'est un joli nom. Un vrai nom d'héroïne."

La troupe marchait au pas et s’enfonçait toujours plus avant dans la forêt qui, à mesure qu'elle s'épaississait, gagnait en monstres et en dangers. Les protecteurs se dirigeaient donc avec fougue et ferveur vers la première de leurs cibles : le royaume démoniaque de Ryuka.

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Seigneur Etael, fléau d'Elil-Galas,
Défenseur des traîtres, criminels et autres opprimés de Nivalis,
Amateur de torture et réjouissances futiles en tout genre,
Diplomate égoïste du Pacte Secret de l'Huître Majestueuse.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:24

Posté par Enadijd :

Cet hiver-là, la neige tombait en abondance sur les terres aryalciennes. Enadijd se tenait debout à la fenêtre de son bureau, pensif, des feuilles plein les mains. Sur ces feuilles étaient dessinés de complexes schémas d’attaque au crayon de bois, car ceux-ci n’étaient encore que théories. Alors que la neige s’était pratiquement arrêtée de tomber, on pouvait à nouveau distinguer la tempête de glace, gardienne de la paix en Aryalc. Les toits des maisons bordant les étroites rues du royaume étaient couverts d’une épaisse couche de neige les rendant quasiment indécelables dans cette grande étendue blanche.


Le jeune seigneur fit ensuite retentir la clochette se tenant sur ce bureau, ce qui eut pour effet presque immédiat la venue d’Irgus, son maître de maison. Après avoir frappé à la porte et obtenu l’approbation d’Enadijd, celui-ci entra.

- Que désirez-vous, sir ?
- Irgus, demande aux officiers ainsi qu’à Lith de se rendre immédiatement dans mon bureau. Cela presse.
- Bien, votre majesté.

Le seigneur d’Aryalc reprit ensuite sa position d’auparavant, face à la fenêtre, tournant ainsi le dos à la porte du bureau. La neige s’était remise à tomber, des flocons vinrent fondre contre la vitre, alors que des bruits de pas commençaient à se faire entendre dans le couloir menant au cabinet de travail d’Enadijd.

Kyrion, Talen, Elundir et Arth, les quatres officiers aryalciens entrèrent en saluant leur roi de manière militaire, attendant un signe de celui-ci.

- Rompez ! fit le Jeune, comme avaient l’habitude de l’appeler ses sujets.

Les officiers prirent place sur trois des quatre chaises installées devant le bureau, Talen restant comme à son habitude en appui contre le mur à côté de la porte.

- Le général n’est pas encore là, fit l’officier.
- Pas encore, répondit Enadijd, il ne devrait plus tarder désor…

Il n’eut même pas le temps de finir sa phrase que la porte s’ouvrait à nouveau, laissant apparaître la silhouette élancée de Lith, Conseiller et Haut Général d’Aryalc depuis la mort de Runiel. Lui aussi salua militairement les personnes présentes dans la salle, salut repris par les officiers, Talen y compris.


- Bien, maintenant que tout le monde est là, je crois que l’on peut commencer. Je vous ai fait venir ici pour vous parler de quelque chose d’important. Mais avant de commencer, je voudrais connaître l’état de nos troupes, se sont-elles remises de nos précédentes défenses. Lith, tu dois avoir des informations sur le sujet.
- En effet, j’en ai. L’armée se porte bien, les effectifs sont stables.
- Parfait, nous pouvons donc passer à l’offensive. Le royaume de Ryuka me semble être une cible à notre portée. Azur, notre stratège, m’a donné le feu vert.

Enadijd sortit alors une carte immense d’un tiroir, la déroula, puis l’accrocha contre le mur derrière le bureau. En se levant, il continua :

- Ryuka se situe ici, pas très loin d’Aryalc. Nous y serons dans deux jours, tout au plus. Nous partons dans l’après-midi, retournez dans vos quartiers pour vous préparer. Mais auparavant, avez-vous des questions ?
- Quelle stratégie allons-nous adopter, répondit Lith.
- Nous verrons cela peu avant notre arrivée en Ryuka, mais sachez que les plans sont là.

Ensuite, tous se levèrent et saluèrent leur souverain, repartant comme ils étaient venus.


*********


Sur le coup de treize heures, le glas prévenant l’armée d’un départ imminent retenti en Aryalc. Quelques minutes plus tard, toute l’armée se tenait aux portes du royaume, prête à partir. Lith était chargé de son commandement, en attendant l’arrivée d’Enadijd.

Puis l’armée se mit en route pour Ryuka, marchant dans une neige glaçant les pieds des soldats. Après deux jours de marche, la force de frappe aryalcienne n’était plus qu’à quelques lieues de Ryuka, et c’est le moment que choisit le Jeune pour monter un campement, et définir la stratégie à adopter, à l’abri des oreilles indiscrètes.

- Talen, comme à l’accoutumée, tu seras en première ligne, aux côtés des lanciers et des gobelins. Arth, tu t’occuperas des centaures et des cavaliers. Elundir, tu t’occuperas des bataillons numérotés 5 et 6, contenant des magiciens ainsi que des golems chargés de leur protection. Lith et Kyrion, je vous confie les licornes et les liches, vous attendrez le moment propice pour intervenir. Quant à moi, je chevaucherai Edan, mon dragon de combat, et mènerai l’offensive par les airs. Des questions ou des revendications ?
- Pourquoi dois-je toujours m’occuper du sale boulot, toujours en première ligne, gémit Talen.
- Justement, tu commences à avoir l’habitude des mêlées, plaisanta Arth.
- Bon, trêve de plaisanterie, passons à l’attaque, conclut Enadijd.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:26

Posté par Oystor (écrit par Nienna)

A plusieurs dizaines de mètres de là, une silhouette furtive se glissait entre les arbres, sur les traces de nos héros. Entouré d’un halo d’une étrange couleur, le seigneur Oystor de N’et keo gwin avançait prudemment, maintenu en lévitation grâce à la horde omniprésente de quelque chose que l’on ne pouvait vraiment définir. Algues ? Insectes ? Cette nuée faunesque et les étranges pouvoirs qu’elle lui donnait avaient été conçus en son royaume, dans le plus grand secret.

N’et keo gwin était à l’image de son maître : d’une abominable beauté. C’était une étrange cité engloutie depuis des siècles, dont il ne restait en surface que des marécages grouillants d’une vie animale qui purgeait la peine de son existence dans l’eau saumâtre et la boue. Et à l’image de son totem, l’Huître, il fallait s’enfoncer loin à l’intérieur de ces immondices pour espérer découvrir la perle qui y était cachée : Une architecture digne des plus beaux palais de l’Empereur, une envoûtante mélancolie attachée à ces monuments immergés, le temps arrêté entre les vagues, l’eau étouffant chaque son, chaque mouvement, et rendant l’atmosphère irrespirable et poignante.


Froid, solitaire, Oystor était un homme sans âge, toujours recouvert d’une épaisse armure gluante de mousse, et dégoulinante d’une eau qui ne touchait jamais le sol, absorbée avant cela par les algues-insectes qui l’entouraient et s’en nourrissaient. Cette solide armure, qui ressemblait fort à une coquille d’huître, peu de gens pouvaient se vanter d’avoir vu le seigneur la retirer. Ses rares amis auraient pu vous décrire tout au plus le visage mangé par la barbe de ce très vieil homme, qui lui donnait un air sage et raisonnable contrastant avec la vivacité de son regard perçant. Nul ne pouvait affirmer avec certitude que les ans avaient marqué ses traits, mais son ironie mordante et sa force brute au combat étaient l’assurance qu’ils n’avaient émoussé ni son esprit, ni ses muscles.

Il avait autrefois fondé une guilde avec deux de ses amis proches. Mais son goût du mystère l’avait rattrapé, et Oystor avait finalement suivi à la lettre les préceptes du Pacte secret : Il l’avait quitté pour chercher seul la fortune, le trésor tant convoité, en secret.
Toutefois, la dépressive ambiance qui régnait en son royaume l’avait maintes fois poussé à revenir auprès de ceux qui le connaissaient. Et c’est animé par le désir tant refoulé d’entrevoir à nouveau des visages aimés qu’il avait suivi ou fait suivre chaque pas de ses anciens alliés, donnant pour prétexte à son cœur bourru la recherche du trésor de l’Huître Majestueuse, et la volonté de les doubler dans cette quête.

Ainsi se retrouva-t-il ce jour-là à suivre notre groupe d’aventuriers ostréïques, de loin, caché par la distance et le vent qui jouait en sa faveur (au sens où, venant de face, il ne dévoilait pas son odeur, seul indice véritable de sa présence)
Et c’est de loin, également, qu’il les vit approcher du royaume de Ryuka…

* * * * * * *



« - Tiens ! On dirait que nous ne sommes pas seuls !
- Qu’est-ce que c’est que toute cette poussière ??!
- Pas grand-chose, Lutia, juste une bataille qui se prépare… Un royaume qui marche sur un autre…
- Ne t’inquiète pas, tu n’auras rien à balayer…
- Hin hin hin ! Très drôle ! Tu ferais mieux de réfléchir à comment nous sortir de là ! Pénétrer discrètement le royaume de Ryuka est une chose, se frayer un chemin dans une bataille sans risque en est une autre !
- On ne peut pas contourner ?
- Passer par le haut ?
- Nalikith, tout le monde ici n’est pas un élémentaire d’air capable de voler…
- Je ne vois qu’une solution… Il nous faut prendre part à cette bataille…
- De quel côté ?
- Contre Ryuka pardi ! Quelqu’un reconnaît les étendards de nos nouveaux amis ?
- Oui, il me semble les avoir déjà vus… Ce sont ceux des plaines d’Aryalc…
- On le connaît ?
- On ne connaît personne… Nous sommes secrets et solitaires…
- Si en fait… On connaît bien quelqu’un qui pourrait nous aider…
- Qui ?
- Triskö
- Hors de question. Son état de santé et son grand âge lui interdisent de prendre part à une quelconque bataille.
- Il ne s’agirait que de lui demander d’envoyer du renfort… Je suis sûr que l’armée d’Adwilian ne sera pas de trop ici.
- Il voudra venir ! Il n’enverra jamais son armée seule !
- Bien ! Ca me va aussi. Alhambra, prend du parchemin, inscrit juste les mots « Besoin d’aide, JOLIES FEMMES et BATAILLE » et envoie la missive au seigneur Trsikö d’Adwilian.
- Bien Monseigneur… »


La succube inscrivit la demande de son maître sur un morceau de parchemin, et disparut subitement pour transmettre l’ordre d’Etael à quelque magog subalterne.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:27

Posté par Triskö (rédigé par Etael)

Le seigneur Triskö d’Adwilian, ancien parmi les Anciens, était un homme travaillé par le temps. Depuis plusieurs mois, il ne quittait ses terres que si une urgence l’y forçait. La fatigue en effet, fardeau de l’âge, émoussait chaque jour un peu plus ses instincts guerriers. Seuls ses yeux, d’un bleu incomparable, témoignaient encore, sous ses paupières tombantes, de sa fouge passée.

La cause du Pacte Secret, bien évidemment, était encore la sienne. Mais Triskö avait passé l’âge de courir après les légendes et les trésors. Aussi, ayant depuis longtemps rangé sa lame, n’aidait-il la dame de Saralindë et les autres qu’à grands renforts d’or et de ressources. C’était là la moindre des choses ; le royaume d’Adwilian était après tout l’un des plus riches et puissants de Nivalis.

Triskö savait qu’il était temps pour lui de trouver un successeur. Mais, en son palais, personne ne se résignait à le voir disparaître. Il était un pilier, il était l’âme de l’Adwilian. Aussi, Hamir, le jeune conseiller et ami de Triskö, cherchait-il un moyen de conserver le trône à son maître le plus longtemps possible – chose peu aisée, tant le pouvoir en Adwilian se trouvait être convoité par des nuées de vils opportunistes machiavéliques et fortunés.

Le corps usé, Triskö écumait son palais au prix de grandes difficultés. Il n’assistait que de très loin aux conseils de guerre et autres négociations diplomatiques, ayant une confiance aveugle en ses pairs, qu’il considérait bien plus en contact, de par leur jeunesse, avec la réalité du monde.

Même ses yeux, à présent, lui faisaient défaut. Triskö, très souvent, se plaçait derrière l’immense fenêtre de la salle du trône, et observait le ciel immense de Nivalis ; les nuages le rassuraient car ils étaient informes, informes comme l’étaient pour lui, de par sa vue baissante, les plaines, les visages, les corps et les écrits.

Un soir, il reçut une missive où il put distinguer, malgré tout, ces quelques mots : « Besoin d’aide… JOLIES FEMMES… BATAILLE ». Triskö, qui conservait pour les jolies femmes un goût de jeune adolescent, s’empressa de demander à tous l’origine de cette lettre. Elle avait été remise à un serviteur de Triskö par un magog du seigneur Etael d’Elil-Galas, venu à pied depuis les terres de Ryuka.

Triskö, à le lecture de la missive, se mit à imaginer des centaines de jolies femmes en détresse, pleurant et hurlant, à moitié nues, assaillies par des centaines de démons… Il s’imaginait volant à leur secours, chevauchant son énorme destrier, pour être ensuite remercié par toutes ces jolies femmes, à moitié nues et pleines d’une infinie reconnaissance.

Mais, aussi excitant que pouvait être cette perspective, Triskö était un viel homme. Il ne pouvait plus chevaucher comme avant.

Alors qu’il s’apprêtait à ordonner l’envoi de troupes en Ryuka pour soutenir Nienna et les autres protecteurs, comme c’était son habitude en de pareilles occasions, Hamir, le conseiller de Triskö, sollicita un entretien privé.

« - Seigneur, vous savez à quel point je tiens à votre règne et à quel point je me méfie des nobles de votre royaume. Vous savez aussi que je suis prêt à tout pour vous maintenir en place sur le trône de l’Adwilian.
- Je sais tout ça mon cher Hamir, mais que voulais-tu me dire exactement ?

En un geste mystérieux, Hamir sortit une amulette de la poche gauche de son grand manteau bleu.

- Seigneur, un vieil antiquaire m’a cédé cet artefact. C’est l’amulette de Juvenis. Elle permet un échange de flux vital…
- Oui, mais où veux-tu en venir mon jeune Hamir ?
- Seigneur, je vous propose de procéder à un échange de nos flux vitaux… Ainsi, vous retrouverez votre première jeunesse, et vous règnerez encore longtemps sur les terres d’Adwilian !
- Mais, c’est absurde, cela signifie que tu…
- … que je vais devenir un vieillard, oui, j’en suis conscient.
- Hamir, je ne peux pas accepter, jamais je ne vivrai avec l’idée que…

Une lumière éblouissante força alors Triskö au silence. Puis, en une vague lente, une chaleur profonde et doucereuse envahit son corps.
Hamir, contre l’avis de son maître, venait d’activer l’amulette de Juvenis.

- Mais qu’as-tu fait jeune fou ?!
- …Appelez-moi « vieux fou » désormais…

Triskö faisait en effet face à un vieillard. Un vieillard qu’il dominait de deux têtes au moins, son corps ayant retrouvé sa taille élancée et sa robustesse d’autrefois.

- Jeune seigneur d’Adwilian, volez à présent au secours de vos amis ! Ils ont besoin de vous ! Partez tout de suite, ne vous en faites par pour moi…

En repensant aux jolies femmes (nues) en détresse, Triskö put constater qu’il avait retrouvé toute sa jeunesse.

En un instant, il était donc dans la cours de son palais et, en moins de temps qu’il ne faut pour l’imaginer, il chevauchait fougueusement à travers les terres de Nivalis, en direction du royaume de Ryuka.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:27

Posté par Enadijd

La force de frappe aryalcienne s’approchait de plus en plus de Ryuka, si bien qu’au petit matin, on pouvait apercevoir au loin les murailles de la ville, cachant le soleil. Enadijd chevauchait Edan, son dragon de combat. Il parcourait les airs avec grâce et aisance, alors qu’au loin, on pouvait désormais distinguer une gigantesque armée. Celle-ci était aux portes de Ryuka, attendant son opposant.


- On s’est fait repéré, ça va être plus dur que ce que je pensais.


Il était inutile d’attendre plus longtemps, il fallait lancer l’assaut, avant que d’éventuels renforts n’arrivent. Les deux armées étaient maintenant l’une en face de l’autre, la tension était palpable. Manifestement, les dragons seront la clef de la bataille. En effet, ils attaqueront par les airs, mais la fatigue les fera bien redescendre à un moment ou à un autre.


Un archer de Ryuka tremblait. Pris de panique, il décocha une flèche sur un lancier aryalcien, qui tomba sur le coup. Cet acte eut pour effet immédiat de déclencher les hostilités.


- À l’attaque !


Le signal était donné, l’armée aryalcienne fonça droit sur son adversaire. Le premier bataillon, commandé par Talen, fit une brèche importante dans la défense ennemie. Les dragons, commandés par Enadijd, soutenaient cette percée par les airs. Une percée vite stoppée par les défenseurs, mais c’était désormais le reste de l’armée qui se jetait dans cette mêlée. Une poussière opaque se répandit alors dans l’air, rendant impossible l’intervention des dragons.


- Edan, dépose-moi ici, vite !


Le dragon s’exécuta, laissant son maître au beau milieu d’une nuée de poussière et de soldats. Cette situation, Enadijd l’affectionne tout particulièrement. Tuer, trancher, pourfendre, voici trois mots que le jeune seigneur connaît par cœur. Il dégaina alors son épée, la lame d’Aryalc, seul héritage laissé par son père, mort il y a plus de dix ans. Sur cette épée était gravé un flocon de neige caractéristique des objets de manufacture aryalcienne. Mais malgré tous ses efforts, l’armée d’Enadijd peinait à remporter cette bataille. C’est alors qu’il prit une décision importante. Il décida d’envoyer ses dragons dans la mêlée, au lieu d’attendre que la poussière se dissipe. Ce choix se révéla payant : les dragons, du fait de leur masse plus qu’imposante, écrasaient (au sens propre du terme) les frêles soldats tentant de leur faire face. Mais ils subissaient aussi les inconvénients de cet avantage, leur corpulence faisait d’eux des cibles privilégiées pour les archers.


- Mages, occupez-vous des archers !


Obéissant aux ordres de leur chef, les mages aryalciens dirigèrent leurs sorts vers les archers. Ceux-ci ne survivrent pas plus de quelques minutes face à une telle magie. Désormais, la victoire était proche, mais la plupart de l’armée avait été décimée.


Quelques minutes plus tard, il ne restait sur le champ de bataille que les hauts gradés de l’armée aryalcienne ainsi que quelques dragons et quelques soldats. Leurs derniers opposants étaient morts. Ensuite, les dragons firent une brèche dans les murailles de Ryuka.


- Pillez, mais ne tuez pas d’innocents. Et détruisez le moins possible, nous ne sommes pas des barbares.


Un grand pillage eut lieu mais, conformément aux directives du seigneur d’Aryalc, peu de villageois furent tués et peu de dégâts matériels furent à déplorés.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:29

Pendant ce temps-là, cachés dans les fourrés, nos héros poursuivaient leur avancée non loin de l’armée d’Aryalc...


« -Oh!! Regardez!! L’armée d’Aryalc s’est arrêtée! La poussière se dissipe!! Que se passe-t-il??
- Ils s’apprêtent à lancer l’offensive...
- Tiens! L’armée de Ryuka s’est mise en position... Regardez devant les remparts, ils les attendent!
- Bon et nous! Qu’est-ce qu’on fait?! On rejoint l’armée d’Enadijd? »

Etael, Nienna et Ishe se regardèrent d’un air entendu, en échangeant des sourires gênés.

« - Nalikith… heu… Comment dire… Nous ne sommes pas en nombre suffisant pour représenter une aide appréciable ou une menace sérieuse…
- Mais Triskö arrive avec l’armée d’Adwilian, non?
- Si, a priori… dit Nienna en jetant un regard noir à Etael. On l’attend, justement…
- Et après, on se jettera tous joyeusement dans la bataille!
- Et après la bataille, on ira boire et s’amuser avec les femmes du coin!
- ?????? »

Tous se retournèrent vivement. Personne ne semblait vouloir reconnaître le personnage qui se tenait devant eux. Etael fut le premier à réagir.

« - Quand on parle du loup... dit-il en observant Triskö des pieds à la tête avec une moue dubitative.
- Papa??? (Si toi non plus, ami lecteur, tu n’y comprends plus rien, nous te conseillons de consulter les ouvrages relatifs au règne de Nienna en Saralindë, dans la Bibliothèque sylvanienne de Nivalis) Qu’est-ce que tu fais dans cette… peau? On dirait un jeune homme!
- C’est le cas en effet!
- Triskö, excuse-moi de doucher tes ardeurs, mais tu es au courant, comme tout un chacun, que les élixirs de jouvence et autres sorts de ce type ne durent qu’un temps...
- Oh ne t’en fais pas, il ne s’agit pas d’un élixir mais de quelque chose de beaucoup mieux! dit Triskö avec un sourire mystérieux.
- Bon... Nous reparlerons de tout cela plus tard... Ce n’est pas le tout, mais il serait temps que nous intervenions auprès d’Enadijd, la bataille a visiblement déjà commencé. Où est ton armée?
- Mon?
- ...Armée...
- Eh bien, à sa place, en Adwilian, défendant mes terres bien sûr!
- Attends attends attends... Tu veux dire que... Tu es venu tout seul???
- Ben! Oui! Pourquoi aurais-je dû venir accompagné?? J’ai retrouvé toute la force de ma jeunesse!
- Ahah! C’est la meilleure! Tu n‘as pas beaucoup changé finalement, tu es toujours le même vieillard sénile et irresponsable!
- Bon, mais on fait quoi alors maintenant?
- Hum... Je propose que nous restions stratégiquement repliés dans les fourrés en attendant notre heure.
- Comment?? Mais!! C’est parfaitement lâche!
- Non mon brave ami, ce n’est pas lâche, comme l’a très bien dit Nienna, c’est stratégique. Et réaliste… Enfin, moi j’y serais bien allé, mais... Nienna est la cheffe, on doit lui obéir.
- Oh, mais je t’en prie Etael! Si tu y tiens vraiment, ne te gêne pas pour moi, vas-y!!
- Ah non, je ne veux pas créer d’esclandre... Et puis, regarde, si on y allait ce ne serait vraiment pas équitable de toute façon, l’armée de Ryuka se fait visiblement écraser…
- Oui, tout à fait... Nous avons de toute façon des buts plus hauts, des visées plus grandes, qu’importe cette stupide bataille, allons chercher l’œil de Zamarta!
- Bien raisonné Ishe... Attendons un peu que la poussière se dissipe, nous profiterons ensuite de la pagaille de fin de bataille pour nous introduire discrètement dans le château...»

Et c’est ainsi que nos héros, cachés derrière les fourrés, regardèrent de loin les armées d’Aryalc battre celles de Ryuka, sans intervenir pour ne pas les déranger...


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:31

- Nalikith… heu… Comment dire… Nous ne sommes pas en nombre suffisant pour représenter une aide appréciable ou une menace sérieuse…

Décidemment chacune de ses questions, chacune de ses phrases, chacun de ses mots presque soulevait des regards gênés dans le groupe, la situation était-elle seulement responsable de cet état de fait ou bien ? Concernant Etael… Ce n’était pas vraiment une surprise… le démon et l’élémental avaient des relations étranges que Nalikith savait ne pouvoir nommer amitié mais… cela se manifestait plus comme de la taquinerie à son égard que ce silence gêné, parfois moqueur… et même Nienna… même elle semblait parfois gênée, une chose que l’être de vent avait bien du mal à accepter… Était-il réellement si niais… Une vague de tristesse vint en un souffle balayer son essence, le faisait doucement changer de couleur, il devint plus visible tandis que les vents le composant, et sous l’impulsion de ses sentiments contraires faisaient naître des arabesques au sein de son « corps ».

Finalement il devait bien se l’avouer… Nalikith avait légèrement l’impression fugace, tout comme la brise d’automne sur les feuilles des arbres si vous voulez, qu’on le prenait pour un idiot… certes sa condition, son expérience de la vie terrestre étaient encore choses négligeables. Mais…enfin… était-ce vraiment une raison suffisante pour que… sans cesse… S’il avait été un humain, ou toute autre créature vivante, un sourire aurait alors illuminé le visage de l’élémental tandis qu’une idée, chose pas si rarissime mine de rien, faisait jour dans un coin de sa conscience volatile. S’il ne pouvait hausser les épaules ni protester comme le feraient les autres de ses compagnons… il pouvait cependant… soupirer…

Hélas, entre les mots et les actes, bien des différences demeurent… dont la maîtrise parfaite des actes que l’on provoque… Faisant souffler une brise pour marquer son mécontentement… le jeune élémental avait omis un détail d’importance… la chaleur… pesante désormais, qui asséchait la terre. Aussi, lorsque les vents vinrent balayer doucement le groupe… la poussière, en un brouillard opaque et piquant, s’infiltrant jusque sous les vêtements, cinglante même, se leva. Il comprit un peu tard, tandis que ses particules se mêlaient à celles de cette improbables tempête qu’il avait, sans doute, fait une erreur… petite erreur…

- Nienna… Je…

Mais la tyran ne l’entendait déjà plus, le son de leurs voix s’effaçant dans le tumulte des vents… air et et terre pour une fois assemblés en un atroce capharnaüm . Légère panique tandis qu’il se sentait disparaître dans la fureur des éléments… renforcée par l’absence de ses nouveaux amis. Mais qu’avait-il fait ? Nalikith trouva dans cette situation si terrible une énergie insoupçonnée, bien plus forte encore que les courants marins, et, mêlant tout à fait son essence à celle de la tempête, protégea ses amis de son mieux de l’air cinglant. Quelle sensation étrange alors que la sienne… tandis que son être doucement disparaissait, tandis que s’évanouissait sa consistance et son énergie sans retour possible, il n’éprouvait à cette facilité si proche aucun véritable regret…

Au moins… j’aurais connu ce qu’ils appellent amitié.

Il eut l’équivalent d’un sourire, puis, l’instant d’après, sa présence disparue tout à fait, noyée dans l’air qui lui avait donné naissance. La tempête continua encore quelques longues minutes puis, doucement, comme le calme après toute bataille, le vent s’atténua et sembla retomber, subitement… laissant le groupe aux abords d’habitations… derrière eux, à plusieurs centaines de mètres des forces armées approchaient mais… masqués par les vents ils étaient arrivés à la cité… oui… Pourtant quelqu’un manquait alors à l’appel, présence si souvent invisible qu’elle ne se remarqua pas aussitôt… et… pourtant… Nalikith avait disparu… fondu dans son effort pour maîtriser ce qu’il avait invoqué… Un long silence tomba sur le groupe réuni. La réussite sait parfois prendre un goût si amer…

Malheureusement… ils n’avaient guère le temps de s’appesantir sur la disparition de l’élémental… les circonstances… l’urgence de la situation… tout les forçait à quitter rapidement les lieux, à entrer dans la cité au plus vite. Pour autant nul n’avait envie de prendre la parole… tous regardant Nienna, attendant de la cheffeuh qu’elle prenne la parole, qu’elle réanime la foi un instant perdu du groupe. Elle redressa alors la tête, et, sans un mot, prit la direction de la cité. Montrant parfois, et au-delà de toutes difficultés, qu’elle saurait, encore et toujours, assurer cette place pourtant si difficile… la quête qui les animait… l’espoir qu’elle suscitait… tout cela… importait finalement plus que leurs existences propres…


--------------------
Nalikith de Shenirisha,

Chevaucheur des vents et voyageur des cieux

Les quatre Vents ont ri dans le ciel du matin
Puis leur humeur étant changeante, une querelle
S'est élevée entre eux. Et la femme autour d'elle
Vit s'abattre en riant le courroux du destin.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:31

Les cris des blessés, de loin en loin, se mêlaient à la ferveur des vainqueurs. Tous, dryades et lutins, démons et anciens, reconnaissaient en ce triste tableau la musique ombreuse des champs de bataille.

Au sein de notre groupe de protecteurs ostréïques, chacun gardait le silence. Même le démon n’avait pas le cœur au sarcasme. C’est dire si, quelque part, et contre toute attente, il en possédait un.

Nienna et ses compagnons pénétrèrent dans la cité quelques minutes à peine avant la victoire définitive de l’armée d’Aryalc. Celle-ci, dès qu'elle eut dépassé les remparts, commença à piller or et nourriture, au son cave et aigu des civils implorants. Encore une vielle musique bien connue de nos guerriers… Celle de la loi du plus fort.

La ville était peut-être belle à la lumière de l’été. Mais la poussière soulevée par le vent de la guerre avait, en ce jour déclinant, terni son éclat. Et, là-haut, le ciel obscurci tournait à l’orage.

Triskö, en léger décalage avec cette lourde atmosphère, le cerveau attaqué, pensera-t-on, par sa nouvelle jeunesse, avait encore la tête à jeter en direction des succubes de la cité des regards avides. Débarquant des tréfonds de l'Adwilian, ce qui venait de se passer l'avait de fait assez peu affecté.

Les premières gouttes tombaient des voûtes quand les Protecteurs croisèrent la route du jeune seigneur Enadijd.

- Voilà donc l'origine de tout ce bord... fatras. Hm... Félicitations pour ce bain de sang.
- La guerre, vous savez, n’est jamais que la dernière des solutions, même si c'est un bon remède à l'ennui... Mais qui êtes-vous dont ? Vous n’avez pas l’air de démons. Enfin… (jetant un regard dédaigneux à Etael) sauf vous bien sûr. A qui ai-je l'honneur ?
- Nous sommes les Protecteurs du Pacte Secret de l’Huître majestueuse. Et grâce à votre belle diversion, nous avons pu entrer ici sans trop nous faire remarquer. Nous vous en remercions.
- Les protecteurs hein… je vois… Est-ce vous qui avez provoqué cette tornade tout à l’heure ?

Le groupe marqua un silence gêné. Il était difficile, pour chacun d’eux, de passer outre ce qui venait d’arriver à Nalikith.

- Il va revenir, hein ?, ne put alors s’empêcher de lancer Lutia à sa maîtresse. Celle-ci baissa la tête et s'enfouit dans un songe.

- Nous cherchons la dame de ce royaume, dit soudain Ishe, avec son pragmatisme habituel.
- Eh bien, nous la chercherons donc ensemble ! Le palais de cette cité est, me semble-t-il, au bout de cette avenue.
- Je tiens à vous dire qu’avant que vous ne la décapitiez, nous aurons quelques questions à lui poser.
- Mais ! je ne compte pas la décapiter ! Je ne suis pas un barbare !
- Vous dîtes cela pour l’instant, mais attendez de l’entendre vitupérer comme le sous-magog dégénéré qu’elle est… Et puis, qui vous a parlé de barbarie hein ?! Je parlais de la dé-ca-pi-ter !

Quelques minutes plus tard, escortés par les gardes d’Enadijd et Enadijd lui-même, Nienna, Etael, Ishe, Triskö, Alhambra et Lutia entrèrent dans la cour de l’immense palais de la dame du royaume. En levant la tête, nos héros aperçurent, à travers la pluie, au sommet des marches d’un grand escalier de marbre rouge-sang, la silhouette d’une dame qui se dessinait derrière les armes d’une garde d'élite. Ecartant celle-ci d’un geste seigneurial, la dame s’avança et se mit à descendre le grand escalier d’un pas lent et majestueux.

Mais la pluie avait rendu les marches glissantes. Aussi la dame chuta gracieusement, dévala l'escalier dans un interminable roulé-boulé, et s'écrasa sur le pavé de la cour. Stupéfaite, interloquée, l'assistance un instant se figea, puis tous se mirent à rire sous cape. Tentant de reprendre contenance malgré la boue qui maculait sa robe et son fessier endolori, la dame, tragique, choisit de prononcer ces mots :

- Ainsi, vous avez vaincu mon armée démoniaque. Eh bien, pillez mes terres, mon peuple, pillez ma vie ! Mais je préfère encore moisir au paradis que d’être faite prisonnière !
- Mon dieu, qu'elle est sexy !, pensa alors Triskö, assez fort pour être entendu.

Etael regardait la dame avec insistance. Il était visiblement surpris.

- Mais... mais... qui es-tu toi ?
- Mais voyons, je suis la dame de Piastol !
- De Piastol ??? Mais… où est cette grande godiche de dame masquée ???
- Nous ne sommes pas en Ryuka ?
- Vous l’auriez été il y a encore quelques jours, mais, lois démoniaques obligent, j’ai à présent pris la place de la dame masquée de Ryuka et changé le nom de ces terres ! Maintenant, vous êtes en Piastol ! Voyez-vous, il y a de cela trois lunes...
- Pardonnez-moi si je vous coupe mais le nom de vos terres a peu d’importance, tout comme vos intrigues de trône.
- Hum… avant que vous ne vous lanciez dans quelque débat politique dont, je dois bien l’avouer, nous n’avons rien à faire, j’aimerais vous poser quelques questions, dame de « Piastol ».
- Hmf. Ai-je vraiment le choix ?
- Absolument pas. Je serai brève : savez-vous quelque chose à propos de l’œil de Zamarta ?
- Qu’est-ce qu’elle a dit ? L’œil de… Tarama ?
- Non de…

Etael, agacé par ce verbiage, dégaina son épée et vint la loger juste sous la gorge de la dame de Piastol. La garde eut un sursaut, mais la principale intéressée arrêta celle-ci d’un geste.

- Ecoute-moi bien dame de People, nous sommes à la recherche de ma sœur, et l’on sait tous ici qu’elle est aux mains des Arès.
- Mais ces terres n’appartiennent plus aux Arès depuis…
- Je sais tout ça, mais ou tu me donnes céans les informations que j’exige, ou j’enfonce cette lame dans ta gorge jusqu’à ce que tu nous chantes « Hip hip on m’égorge » !
- Mais… de quoi me parlez-vous…. il n’y a pas de prisonnière ici… je ne sais pas de qui vous parlez… !
- Elle ne dit pas toute la vérité, dit alors Alhambra, d'une voix lourde et déchargée d'affect.
- Oh, alors tu mens ?
- Bon euh… disons que le seigneur des terres d’Hibellain était ici peu avant la bataille… Il venait de loin... et voulait se réapprovisionner en nourriture… Il a prétendu, au détour d’une phrase, avoir un chargement d’importance… quelque chose de spécial… Mais je n’ai rien vu… j’en sais pas plus ! ça a peut-être un rapport... Rhaaa pouvez-vous s’il vous plaît ôter cette lame de mon cou ?
- Le seigneur d’Hibellain hein ? Bon ! Eh bien les amis, nous savons ce qu'il nous reste à faire !
- Marcher, et marcher encore…. Jusqu’en Hibellain…
- Exactement ! Dame de Piastol, seigneur d’Aryalc, nous avons été heureux de cet entretien, et nous vous laissons à vos amicaux pourparlers. Protecteurs du pacte Secret de l’Huître Majestueuse, en route !

Etael aussitôt rengaina son épée. La troupe tourna les talons. Et, alors que tous commençaient à marcher :

- Euh... dis-moi Etael... avant que nous partions... j'ai une petite question... C'est quoi cette chanson "Hip hip on m'égorge ?"

Le démon sourit. Non vraiment, pour un Ancien, Ishe était trop drôle !

****

A quelques pas de là, le seigneur Oystor de Net'keo gwin, qui ne renonçait guère à suivre les protecteurs, avait tout vu, tout entendu.

Ce message a été modifié par Etael: Tuesday 21/08/2007 à 11:01


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:32

Posté par Enadijd :

Enadijd regardait Etael, le fléau d’Elil-Galas, menaçant la dame de Piastol. Alors que celui-ci sortit sa lame démoniaque, essayant -en vain- de la faire chanter, le seigneur d’Aryalc eut une soudaine envie de rire. Ce genre de situation, il les adorait par-dessus tout et pour ainsi dire, il cédait souvent à ce genre d’exentricité. Mais cette fois-ci, elle tenta de se retenir, de se maîtriser. Malgré tout, un large sourire vint tirer les traits de son visage d’adolescent.


Il ne savait pas ce qu’était l’œil de Zamarta, et peu lui importait : enfin une quête venait rompre la monotonie régnant en Aryalc. Quand le démon d’Elil-Galas eut obtenu ce l’information qu’il désirait en Piastol, celui-ci s’en retourna, laissant les deux seigneurs seuls dans la grande salle du palais.

Mais Enadijd semblait désintéressé par cette guerre, comme par beaucoup d’autres.


- Bon, c’est pas le tout, mais je dois y aller moi aussi. J’en ai rien à faire de ces histoires de guerre et de paix, de diplomatie ennuyante.

Le seigneur d’Aryalc n’eut pas fini de prononcer ces quelques mots qu’il courait déjà vers les protecteurs du pacte secret. La dame de Piastol resta bouche bée, pétrifiée par les paroles de l’adolescent.


- À la prochaine !

La démone ne pouvait plus aligner deux mots, elle était sidérée par l’attitude de l’Ancien. En même temps, n’importe qui pouvait la comprendre, qui se serait attendu à une telle décontraction dans des propos d’après bataille.

Enadijd descendait les marches quatre par quatre, à la limite de la chute à chaque pas.


- Attendez !

Tous se retournèrent et virent foncer le jeune homme en leur direction. Il était maintenant à leur hauteur.


- Votre quête m’intéresse, je ne sais pas ce qu’est l’œil de Zamatruc, mais je m’ennuie tellement. Les batailles sont monotones et j’ai envie de rompre avec cette fatalité. Je ne veux aucunement rejoindre votre guilde, cela ne m’intéresse pas, je veux juste vous suivre dans cette quête, je pense pouvoir être un atout de poids. Mon armée, quant à elle, retournerais en Aryalc, ainsi que mes officiers et mon conseiller. Alors, je peux vous accompagner? S’il vous plait !

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:32

Nienna, légèrement interloquée, se retourna vers Etael.

"- Qu'est-ce qu'il a dit?...
- Eh bieeen...
- J'ai bien compris?
- Si tu penses à la même chose que moi, oui...
- Et tu penses à quoi?
- A la même chose que toi.
- Alors oui, nous avons bien compris...
- C'est incroyable...
- Incompréhensible!
- Insupportable!!"

Nienna, l'oeil sévère, s'approcha de l'Ancien à visage d'adolescent. Se redressant de toute sa hauteur, ce qui n'était pas peu dire pour la Sylvanienne à moitié Ent qu'elle était, elle toisa Enadijd d'un air hautain et désapprobateur.

"- Pardonnez-moi, jeune homme, mais je ne suis pas certaine d'avoir tout compris à ce que vous venez de dire... Vous osez prétendre qu'intégrer ma guilde n'est pas intéressant?"

Enadijd semblait encore plus interloqué que ses interlocuteurs. Alors qu'il se demandait si finalement il était bien raisonnable de suivre cette bande de fous, Nienna lui tourna subitement le dos, et attira le reste des membres de sa guilde en cercle, en prenant soin d'adopter un air de conspiratrice.

"- Il sait, pour l'Oeil de Zamarta...
- Impossible...
- Ah oui? Et pourquoi?
- Nous seuls sommes au courant... Je n'en ai parlé qu'à vous...
- Et les Légionnaires d'Arès!
- Tu crois que c'est un Arès déguisé?
- Oh, non! Il a l'air trop jeune!
- Un serviteur d'Arès déguisé?
- Déguisé en quoi?
- Je sais pas!... En nain?
- Stop! Nous savons très bien qui il est, et rien n'indique qu'il ait quoi que ce soit à faire avec les Arès! Ni avec aucun de nos ennemis d'ailleurs! Il était il y a peu encore avec les Phoenix je crois...
- Hum... Ce serait un allié alors?
- Et si on lui demandait? On verra bien s'il ment!
- Excellente idée! En plus il a l'air jeune, et la vérité sort de la bouche des enfants, alors..."

Ishe se tourna vers Enadijd.

"- Petit! Es-tu un allié?
- Je ne suis pas petit...
- Attention Ishe! Il essaie de t'embrouiller! dit Nienna en se couvrant la bouche de la main, assez loin de son oreille pour que tout le monde entende sauf lui
- Mais vous allez arrêter à la fin? Je ne sais rien de votre histoire d'oeil de machin-chose! Je ne souhaite que m'amuser un peu!!
- Il dit la vérité... souffla Alhambra
- Oooh! Tu veux t'amuser! Mais il fallait le dire plus tôt!!! Eh bien, bienvenue parmi nous Enad!
- A la bonne heure!
- Allons! Direction le royaume d'Hibellain!! En avaaant!!"

Alors que tous partaient joyeusement devant, Nienna ressentit comme un vide. Quelqu'un manquait à l'appel.

"Nalikiiiiith???" cria Nienna en vain, avec l'espérance fugace, encore, qu'il boudait dans un coin mais ne résisterait pas à l'envie de les rejoindre.

"Nalikiiiiith!!!"

Mais elle eut beau s'arracher les cordes vocales, le jeune élémental de vent n'apparut pas. Il semblait bel et bien s'être volatilisé dans la tempête. La mort dans l'âme, Nienna rejoignit le reste du groupe, en qui ses cris avaient réveillé l'espoir de voir surgir leur ami impalpable. Et seul Enadijd parla sur le chemin qui les menait au royaume d'Hibellain, seul il plaisanta, commençant vraiment à se demander pourquoi il avait voulu venir, finalement, alors que ses compagnons de voyage étaient si ennuyeux...


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:33

Posté par Celoviel :

Les heures passèrent et l’obscurité étendit peu à peu son règne sur les terres de Nivalis. Comme le groupe parvenait à hauteur d'un bosquet dense, Nienna proposa une halte sous un grand saule qui bordait la plaine aride. La petite troupe en profita pour se restaurer, dévorant à pleine dent les quelques provisions dont elle disposait. A mesure que les estomacs se remplissaient, les rires et la bonne humeur revinrent colorer l’atmosphère jusqu’alors morose qui pesait sur les Protecteurs du Pacte. Etael lui-même plaisantait avec Enadijd, dont la spontanéité lui plaisait. Quant à Nienna, elle racontait à qui voulait l’entendre – à savoir Ishe, Lutia et Alhambra, qui, à vrai dire, n’avaient pas vraiment le choix (vexer la cheffe était proprement suicidaire) – que la fameuse recette dont feu Aria avait le secret n’était finalement pas perdue, ayant été consignée par un lutin prévoyant dans un grimoire caché dans le four à pain du château.
Soudain, Enadijd, pris d’une envie pressante, s’éloigna et s’enfonça dans le bosquet. Alors, une branchette du saule se détacha et tomba devant Etael. Celui-ci sourit, passa la main dans ses cheveux, et s’éclaircissant la voix, interrompit les bavardages de ses compagnons :

« Excusez-moi d’écourter l’une de ces conversations passionnantes dont Nienna a le secret… (l’intéressée haussa un sourcil dédaigneux) J’aimerais seulement vous prévenir, avant que l’un de vous ne la… (il jeta un coup d’œil dans la direction prise par Enadijd afin de s’assurer de son absence) disons… ne le décapite d’un coup de hache compulsif, de l’arrivée de notre cher espion parmi nous. »

Celoviel descendit du saule avec l’agilité d’un chat et salua l’assemblée d’un sourire timide.

« Celoooo ! Tu m’as manquée ! »

Nienna serra la jeune Sylvanienne contre son cœur et repris avec effusion :

« Quoi de neuf dans le pays, ma belle ? »

Etael l’interrompit aussitôt sévèrement :

« Nienna, il vaudrait peut-être mieux s’adresser à Celoviel au masculin, je te rappelle qu’un intrus, aussi sympathique soit-il, nous accompagne. D’ailleurs il va revenir d’un moment à l’autre… »

Et en effet :

« Tiens ! Un p’tit nouveau ! Bonsoir jeune homme ! A qui ai-je l’honneur ?
- Seigneur Celoviel, du Royaume d’Elril-Galith. Et vous êtes ?
- Enadijd d’Aryalc. Je suis là un peu par hasard, mais cette situation me plaît, et si je puis prêter main forte au Pacte Secret, c’est pour moi un grand honneur… Vous connaissez le Pacte ?
- Et bien, pour tout vous dire, je le connais bien, oui : j’en suis. Ravi de votre présence parmi nous ! »

Nienna esquissa un geste pour entraîner Celoviel à l’écart, afin de lui parler loin des oreilles indiscrètes du jeune aryalcien, mais ce dernier, plein de velléités amicales, ne semblait pas vouloir laisser s’éloigner le dernier venu sans sympathiser avec lui. Il s’exclama :

« Mais d’où sortez-vous donc comme ça ? »

Aïe… Nienna redoutait justement ce type de question. Comment ça, d’où sortait Celoviel ? Mais enfin ! De partout et de nulle part, bien sûr, ombre parmi les ombres ! Vraiment, ce sympathique intrus, comme l’avait appelé Etael, posait des questions bien embarassantes. Celoviel hésitait :

« Je viens de…
- Mais voyons… Celoviel vient… du même endroit que nous ! Oui, absolument ! Nous sommes partis sans lui ce matin, parce que… parce qu’il ne s’est pas réveillé à temps. Il a dû courir pour nous rejoindre ! Heureusement qu’il court vite, notre Celoviel ! Hein Celoviel ?
- Oh oui… très vite… ! Dis-donc, vous auriez pu m’attendre, goujats ! »

Enfin, Triskö appela Enadijd et les deux Sylvaniennes purent discuter quelques minutes.

« Hum… moyen, le coup du ‘Attendez-moi ! Attendez-moi !’… Désolée !
- Bah, je n’aurais pas trouvé mieux !
- Bon, alors, quelles nouvelles ?
- Et bien, je vais faire court : sache que notre groupe est suivi…
- Suivi ?? Par qui ?
- Hmmm… Petite devinette... Si je te dis ‘odeur de marais’, ‘algues dégoulinantes’…
- Oystor ?
- Lui-même !
- Laissons-le faire pour le moment… Je veux savoir quelle idée il a derrière la tête… Continue à le surveiller, et nous aviserons en temps voulu. Mais allons rejoindre les autres, je suppose que tu as hâte de retrouver ton démon d’Etael…
- Plus que jamais ! Et pour tout t’avouer, la présence d’Enadijd me pèse un peu… Comme si je ne me dissimulais pas déjà assez comme cela… Enfin… Allons-y ! Et peut-être que l’obscurité me permettra… nous permettra… enfin… je veux dire…
- Il y a des buissons bien denses par là-bas, si ça vous intéresse…
- Nienna ! Voyons ! Tu nous prends pour qui ?!… Et heu… Où ça, les buissons ? »

Les deux Sylvaniennes rejoignirent le groupe en plaisantant. Bientôt, le feu fut éteint, et chacun s’employa à chercher un coin confortable où dormir quelques heures, avant que les premières lueurs de l’aube ne poignent à l’horizon.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:49

Éveil de la conscience, éveil des sentiments sans doute... cette expérience terrestre avait été pour Nalikith au delà d'une simple découverte un véritable enrichissement... il l'avait senti, dans les derniers moments, et alors que son essence disparaissait sous les assauts du vent, que cette aventure, si brève fut-elle, l'avait fait aller bien au delà de la perception habituelle des gens de son espèce. Aurait-il pu revenir à la vie, magnifique mais... si ennuyeuse qu'il avait autrefois ? A simplement conduire les nuages en un troupeau sauvage de rivages en rivages ? Il avait goûté, auprès de ceux qui furent dans ce laps de temps ses amis, à des choses, à des sensations que jamais auparavant, depuis qu'un vent violent lui avait donné naissance, il n'avait ressenti.

Et le voila revenu, lui l'élémental de terre qui avait appris à aimer les habitants de cette chose qu'on appelait Meyriin, à cet état incertain... si proche du néant que de sa conscience il pouvait en ressentir les contours, si proche de l'existence qu'il ressentait les affres de la peur... De l'angoisse même, celle de disparaître sans mot dire, dans l'incompréhension totale d'une vie sans réel but ni offrande. Qu'avait-il, lui, apporté par sa présence à la création ? Ah les dieux, pitoyables monarques déchus pouvaient sans doute se gausser dans leurs prisons des cieux de cet état de fait. Une marionnette de plus gâchée... une existence de plus rendue inutile. Il soupira.

Et pourtant il demeurait dans cet état, pendant un temps indéfinissable, comme si rien, finalement, ne venait le faire basculer d'un état à l'autre, il ne luttait pas, comme insensible à ce destin qu'il en était venu, lui même, à mépriser. Et, en observateur extérieur à sa propre existence... pesait le pour et le contre. Devait-il vivre ? Mais qu'était-ce déjà que vivre ? Ne pouvait-il seulement qu’exister si rien ne le rattachait à ce monde ? A ses souffrances, à ses peines... et surtout à ses joies et espoirs que chacun des membres du Pacte avait devant lui ressenti ? Il s’en rendit compte, soudain, avec une violence étrange, ses perceptions des choses, elles aussi, s’étaient accrues. Du fait de son état ? Sans doute.

Et le temps passage, de longues minutes qui lui parurent des heures, sa conscience n’était désormais plus rattaché qu’à quelques vents épars et prêts à s’éparpiller. En attente d’une réponse qui, il le sentait, ne viendrait pas il restait accroché à ces souvenirs de lui même. Non loin de lui, indifférent, insensible, un de ses congénères traversa les cieux, sans même lui jeter un regard. Était-ce cela son espèce ? Des bergers sans âme ni conscience ? Quelque chose en lui alors se cassa, comme une corde que trop de fois l’on a tendu et qu’un ultime accord a amené à rompre. Non... il n’était pas cela... il n’était plus cela. Et il eut pitié, soudain de cet état pitoyable d’existence que la création avait accordé aux siens. Quelle chance avait-il eu, lui ? Pourquoi était-il venu sur Meyriin côtoyer les terrestres ?

Un rire cristallin, en un souvenir poignant, vint l’étreindre un instant et il se souvint... cette rencontre aux bords de l’eau... cette inconnue, élémentale d’un tout autre élément... et ce rire... qui, éclatant de liberté l’avait libéré de l’étau de sa propre servitude. Oui... tout lui revenait alors... la naissance de cette chose si merveilleuse, si enivrante, si inconnue qu’en bas on appelait amour. Était-ce cela finalement la clef ? Tout simplement ? Il le sentait encore... quelque chose lui échappait toujours...

- Nalikiiiiith ???

Il entendit la voix, sans la comprendre. Conscient que derrière ce mot se cachait le nom qu’en bas il s’était donné. Il fut saisi par une vague de nostalgie aussi soudaine que violente tandis que sur ces mots venaient se coller des visages, des sourires, des expressions. Il eut l’envie, enfin, de tous les revoir, de continuer plus en avant l’aventure même si... même si finalement c’était là ces derniers moments d’existence... car... finalement... goûter quelques instants à la liberté et au bonheur... n’était ce pas déjà... beaucoup ?

- Nalikiiiiith !!!

Un second cri, cette fois il parvint à remettre un nom. Nienna... la première personne terrestre qu’il avait connu finalement... et... en quelque sorte sa seule famille sur Meyriin. Pour peu... il aurait presque pu avoir un sourire. Puis plus rien... le silence à nouveau. Allait-il finalement vraiment tomber dans l’oubli ? Quelque chose en lui refusa soudainement cette éventualité stupide. Il était vraiment temps. Le peu de conscience lui restant se remit doucement à se concentrer... après tout... qu’aurait-il perdu à essayer ? Il arrivait parfois... des miracles. Cela aussi il l’avait appris en bas et c’était en tout cela, désormais, qu’il voulait croire... plus que tout même !

Il vit de nouveau non loin de lui cet élémental ignorant, le regardant de ses yeux ahuris, que pouvait-il comprendre lui ? Il était si facile de vivre dans l’ignorance la plus complète... de vivre sans vivre... éternel pantin... éternel esclave. Toute la colère, toute la volonté refoulée de Nalikith se concentrèrent alors, avec une violence de lui encore inconnue vers l’élémental qui lui faisait face. Terrifié ce dernier préféra s’effacer tandis que dans les cieux résonnaient désormais les grondements de l’orage. Le tumulte des éléments autrefois si dangereux, si prompt à l’inquiéter... le renforcèrent cette fois, comme un écho à la tempête qui en lui menaçait d’éclater... Cette liberté... Il la voulait tant... et ce fut comme un rugissement au milieu du champ de bataille désormais muet et territoire de la seule mort.

- LIBEREZ MOI !!

Son cri, résonnant dans les cieux, se confondit avec le tonnerre, le rendant incompréhensible aux mortels, mais la révolte était là désormais. Il le sentait, de façon diffuse, sa substance primordiale, l’essence de son être qui n’avait pas encore été dispersée se réunissait autour de sa conscience, de sa seule volonté. Jusqu’à ce que, enfin, il puisse reprendre consistance en un éclatement douloureux de ses carcans d’autrefois... Il était plus faible que jamais... toujours aussi proche de disparaître... mais... il était libre. Et, dans les cieux de Nivalis, un rire cristallin s’envola doucement, un rire empli de joie et de soulagement. Celui d’un être libéré... plus il chuta.

Descendant brusquement vers le sol, incapable de se maintenir en l'air, l'élémental se sentit tomber vers le champ de bataille, sensation étrange, tandis que de son esprit ses sentiments fiévreux, toute sa joie, toute sa colère, semblaient disparaître, comme aspirés par les vents contraires qui avec violence le fouettaient. Aussi, lorsqu'il atteignit enfin le sol ce n'était plus que sous la forme d'une brise légère que Nalikith aurait pu se targuer d'exister. Deux pensées, encore, animaient ce doux vent, rester en vie... et retrouver celle qui, plus tôt, l'avait appelé et dont, lors de sa chute, il avait oublié le nom.

- Tiens... Pourquoi y'a t'il autant de monde allongé par terre... ?

Instant de réflexion.

- Ce doit être une mode des terrestres...


--------------------
Nalikith de Shenirisha,

Chevaucheur des vents et voyageur des cieux

Les quatre Vents ont ri dans le ciel du matin
Puis leur humeur étant changeante, une querelle
S'est élevée entre eux. Et la femme autour d'elle
Vit s'abattre en riant le courroux du destin.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:49

Cette nuit là, la lune se jouait des nuages.

Le bosquet où nos Protecteurs avaient élu domicile baignait dans un entre-deux blafard, dans une lumière laiteuse qui s’écoulait lentement contre la grande main de l’ombre.

Tous dormaient du sommeil du juste. Tous… sauf l’ombre des ombres, l’œil qui jamais ne dort, la jeune Celoviel. Celle-ci, agenouillée telle un spectre dans un rayon de lune, le visage dissimulé sous sa cape bleu nuit, se balançait, lentement, au rythme de la brise.

Sans que nul ne puisse s’en douter, la jeune fille aux habits d’homme voyait au-delà des sylves et des arbres. Les yeux clos, elle voyait au-delà de la nuit. Son esprit vagabond ne faisait qu’un avec l’espace. Tel l’œil divin, il dominait la forêt.

Si Celoviel jouait ainsi les statues de nuit, c’est que quelque chose, dans la forêt, faisait l’objet de toute son attention. Quelque chose, ou plutôt… quelqu’un. Quelqu’un dont elle avait décidé de surveiller le moindre battement de cœur, quelqu’un en qui elle n’avait pas confiance. Quelqu’un qui, à bonne distance, dissimulé par quelque feuillage, se croyait hors d’atteinte et observait de ses vieux yeux les chevaliers de l’Huître : Oystor de N’et keo gwin.

« Jamais tu ne t’abandonnes à la nuit, ma douce… »

Etael venait de s’éveiller, et le surgissement soudain de sa voix sous la voûte de quiétude arracha Celoviel à sa concentration. Celle-ci eut l’impression de chuter du ciel jusqu’à la terre. Oystor disparut de son esprit, soudain remplacé par la silhouette déliée du fléau d’Elil-Galas.

« Je t’ai fait peur ?
- Euh… je… non… c’est que… je méditais et… je… non ça ne fait rien… Qu’est-ce que… Tu n’arrives pas à dormir ?
- Disons que je pense avoir suffisamment dormi pour resté éveillé les treize prochains jours…
- Les démons aiment trop l’obscurité…
- … pour ignorer les nuits. C’est l’idée, oui. »

Les deux créatures un instant s’observèrent… Un souvenir vibra dans le creux de leurs yeux.

Celoviel sourit. Etael s’agenouilla à ses côtés.

Trop peu de temps après, on entendit, au loin, la lumière de l’aube écraser l’obscurité.


* * *



Lutia fut la première à s’éveiller. Engagée, comme à son habitude, dans de terribles velléités logistiques, elle prépara boissons et provisions pour repaître et hydrater les seigneurs qui l’entouraient. Elle lustra les armes de chacun mais, suite à quelque regard grognard et menaçant, elle dut renoncer à nettoyer les griffes d’Alhambra.

La marche allait être longue et, cette fois, périlleuse. Pour parvenir en Hibellain, il fallait traverser des terres où le Pacte n’était guère le bienvenu. Un tel voyage était inconsidéré. C’est précisément la raison pour laquelle nos protecteurs avaient, en cette journée naissante, le cœur impatient et joyeux.

L’ordre de départ allait être donné quand Celoviel, rompant avec la mise en mouvement générale, se figea. Nienna fut la première à s’en apercevoir et à s'en inquiéter.

« Que t’arrive-t-il Celoviel ?
- Qu’est-ce qu’il a ? Il n’a pas assez dormi peut-être ?
- Tu vois quelqu’un, c’est ça ?
- Partout… partout autour de nous… nous… sommes… nous sommes encerclés…
- Il a raison… je sens… une puissance… maléfique… on ne peut pas fuir, murmura Alhambra.
- Oh, alors il va falloir se battre ?
- Hmm, un peu d’action, tout ce qu’il me fallait ! »

D’un seul tenant, Nienna, Etael, Ishe, Celoviel, Triskö et Enadijd dégainèrent leurs épées. Lutia, en seconde ligne, s’arma d’une baguette magique, ce qui lui valut un sourire aussi moqueur qu'agacé de la part du démon.

Une pluie de rires suraiguës, telle une vague goguenarde, résonna dans la forêt.

« Ce bruit…
- Qu’est-ce que c’est ??? Qu’est-ce que c’est ??? Celoviel, que vois-tu ???
- Je ne sais pas… ils vont trop vite… ils… ils m’empêchent de… de…
- Alhambra, tu as une idée de ce que c’est ??
- Une puissance… une puissance… magique… ce sont… des… »

Alhambra n’eut pas le temps de finir sa phrase que des silhouettes décharnées, de toute part, s’arrachèrent aux arbres, et s'organisèrent de façon à couper toute retraite aux Protecteurs.

« Par Oznar, ce sont des…
- Des liches !!
- Bon sang! Des liches ! Partout !! Mais combien y’en a ?! »

Lutia, très appliquée, commença à compter :

« Une, deux, trois, quatre…
- Douze ! Il y en a douze ! , dit alors Etael.
- Wow, vous comptez vite !
- C’est pas difficile… on se dirige vers le royaume d’Hibellain…
- Et ?
- Tu n'as jamais entendu parler des douze liches du Tréfonds ?
- Evidemment ! Les liches mythiques ! La garde rapprochée du seigneur d’Hibellain !
- Si on en croit la légende, il va y avoir du répondant !
- Ohhhh mais j’en demandais pas tant moi !
- Tu peux toujours rentrer chez toi tu sais !
- Euh les amis… personne n’ira nulle part si on ne réagit pas très vite !!… »

Les liches, lentement, resserraient leur cercle autour de nos héros. Quand elles ne furent plus qu’à quelques mètres, l’une d’entre elles, portant haut une couronne d’ossement et d’or, hurla... ça :

- Gnnnaarhaaanaajaaa… Protecteeeeuuuurrrs….. Huîîîîîtreeeee…. Gnaaaaarhaaaa….
- Ouiiii bon, c’est bien après nous qu’ils en ont apparemment…
- Mais on a aucune chance ! Douze liches ! Les liches du Tréfonds ! On ne… »

Une lumière aveuglante, salvatrice, surgit alors, puissante et inattendue, du cercle des Protecteurs. Les liches abhorrant la lumière, toutes eurent un violent mouvement de recul.

« - Mais qu’est ce que…
- C'est quoi ce...
- Euh… les amis... je crois... qu’on a un second problème… »

Un vieillard venait d’apparaître dans le dos d'Ishe… et un jeune homme, par la même occasion, venait de disparaître. Le seigneur d’Adwilian, en cette heure matinale et lichienne, venait de replonger dans les affres du grand âge.

« - Oh non ! Triskö ! Ne me dis pas que…
- Mais… je ne comprends pas… je…
- Papa, mais ?? Je croyais que tu n’avais pas utilisé d’elixir de jouvence… Tu avais dit que c'était "beaucoup mieux" !
- Mais ouii !… je vous jure… c’est Hamir qui…
- Désolée de vous interrompre, mais... regardez ! les liches… elles ont l’air d’avoir été sonnées par le tour de passe-passe lumineux de monsieur Triskö… on pourrait peut-être… en profiter ?
- Mais Oui !! Tu as raison Lutia ! Protecteurs ! Battez-vous ! pour l’Huîîîîîître !!! »

Ce message a été modifié par Etael: Thursday 26/07/2007 à 10:57


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:50

Se jetant sur la liche qui lui faisait face, Nienna hurla:

« Vas-y Lutia ! Je te couvre ! »

Etael poussa un juron de vieil ours mal léché.

« Un seul boulet suffit Nienna !! » Puis s’adressant à l’ex-fier guerrier d’Adwilian : « Triskö ! Reste derrière !! »
« Hors de question ! » répondit celui-ci en tentant de soulever son épée alors que tous, déjà, frappaient les liches d’un seul geste.
Mais celles-ci, encaissant le coup, levèrent les mains toutes à la fois et psalmodièrent une mélopée lugubre en encerclant progressivement nos héros.
« - La foire du Chaos !!! Nous sommes perdus !!!!
- S’ils frappent les premiers c’est certain !
- Hum… Qu’est-ce que… La foire du Chaos ?
- Une incantation très puissante, qui ne peut se faire qu’à plusieurs, et qui assure mort et destruction immédiate à quiconque en est victime… Autant dire que nos ennemis sont largement assez nombreux pour que nous le soyons tous, victimes !
- Alors en effet ! Elles ne doivent pas arriver au bout ! Compagnons ! Frappez !! »

Ils n’épargnèrent aucun coup à leurs ennemis... Qui ne ripostaient pas. Enadijd, le premier, après avoir donné quelques coups d’épée dans le vent, s’écria :
« - Nous ne les atteignons pas !! Nos coups ne leur font rien !
- Evidemment Enad ! Ce sont des LICHES, tu saisis ? D’anciens mages noirs plus ou moins morts… Beurk, quand j’y pense…
- Arrête de penser et frappe Nienna !!
- Cela ne servira à rien ! Tout au plus, nous réussirons à les ralentir… C’est notre seul but d’ailleurs…
- Que ceux qui sont capables d’exercer la magie se placent au centre avec moi ! Les autres couvrez-nous ! Mettez-vous autour et frappez-les autant que possible !
- Entendu Lutia ! Mets-toi derrière moi !
- Mais ! Mais !!! Non ! Je refuse !! Depuis quand est-on censés obéir à une cuisinière, lutin de surcroît ?
- Etael, ne discute pas ! Que l’un de vous deux, toi ou Alhambra, se mette au centre et invoque quelque chose, n’importe quoi ! Ces créatures ne sont pas mortelles, pas comme nous du moins, on ne les touchera pas avec nos armes ! Il n’y a que la magie qui puisse en venir à bout !
- Tu penses peut-être que je l’ignorais ?
- ALORS BOUGE-TOI !!! »

Etael, très dignement, se plaça où bon lui semblait avec un air de mépris dédaigneux pour Nienna et Lutia, tandis que Triskö, l’épée enfin sur l’épaule, cria dit faiblement :

« - A l’attaaaque !! Keuf keuf…
- Papa… Tu ferais mieux de te mettre à l’abri derrière nous !
- A l’abri ? Moi ?? Ca ne va pas ma fille, tu es tombée sur la tête !
- Bien, va faire de la magie avec ceux qui sont au centre alors !
- Mais enfin, tu sais bien que je suis incapable de la moindre magie ! Ce truc avec des balais… C’est pour les filles !
- Bon recule au moins alors ! Lutia ! Prête ??
- Prête Ma Demoiselle !
- A trois je frappe et tu envoies la sauce ! Un ! Deux ! Trooois !! »

Tandis que Nienna frappait avec force la liche placée devant elle, Lutia leva sa baguette en prononçant d’une voix forte quelques mots inintelligibles, qui eurent pour effet immédiat de faire jaillir de sa baguette un étrange flot pailleté, mi-liquide, mi-gazeux, qui carbonisa la liche qui faisait face à Nienna. Celle-ci, hurlant, s’attrapa la tête à deux mains et s’enfuit du cercle ennemi qui les entourait.

« - You-hou ! Une de moins !
- Ne rêve pas… Elle est juste blessée… Le temps qu’elle se soigne et elle est de retour !
- Classe la demi-portion ! siffla Enadijd en regardant Lutia d’un air impressionné
- Pfff ! Tu parles ! A peine digne d'un pauvre sort d’illusionniste ! Ridicule ! N’importe qui peut en faire autant !
- Etael je t’en prie, si tu peux faire mieux n’hésite pas ! Prête Lutia ? Il faut en finir avec leur incantation groupée ou nous ne nous en sortirons pas vivants !
- Prête !
- Un ! Deux ! Trois !!! »

Lutia, cette fois-ci, sauta sur les épaules de Nienna pour prendre appui, sous les quolibets d’Etael. La petite lutine poussa de toute la force que lui permettaient ses petites jambes pour sauter le plus haut possible depuis les épaules de sa très grande maîtresse, et retomba sur le sol les pieds joints, en plantant sa baguette dans la terre.

« - Pas mal, votre tour d’équilibrisme ! lâcha Etael, railleur
- Attends la suite, amateur ! »

Autour de la baguette de Lutia le sol se mit à trembler, de plus en plus fort, tant et si bien que tous tombèrent, et que le cercle des liches dû se dissoudre avant qu’elles aient pu achever leur incantation.

« - Hourra !!! Bien joué Lutia !
- Super ton truc ! Fiou les liches ! Dispersées ! Tu m’apprendras ?
- On est loin d’en avoir fini je vous signale!
- Oui, mais au moins maintenant c’est un contre un ! Enfin… Heu… Un contre deux quoi… Enfin presque…
- Allez ! En avant ! Frappez-les autant que possible pour les empêcher de nous jeter des sorts ! Et que ceux qui pratiquent la magie s’en servent, c’est le moment ! »


Le groupe de nos héros s’étant un peu dissous, chacun faisant désormais face, seul ou en « équipe », à une ou plusieurs liches. Nienna pour sa part couvrait toujours Lutia (et Triskö…) qui préparait aussi rapidement que possible de petits sorts pour affaiblir leurs ennemis. Le corps recouvert de sueur, Nienna frappait sans relâche les liches à sa portée, lorsque Lutia hurla :

« - Mademoiselle !!!!!! Attentioooooon !!!!
- Hein ? »

La Sylvanienne se retourna juste à temps pour trébucher sur une racine, racine qui lui sauva la vie. S’étalant de tout son long, elle sentit une légère douleur lui courir le long du dos et remonter jusqu’à son crâne. Elle ouvrit les yeux sur un trèfle à quatre feuilles. Décidemment, sa bonne étoile veillait. Le sort de l’une des liches qui se trouvait derrière elle venait de la frôler tandis qu’elle tombait. Il avait été frapper une autre liche, en face d’elle, qui s’était évaporée dans un hurlement sinistre.

« Sympa le coup de mains ! Continuez comme ça ! »

Se relevant aussi vite que possible, Nienna retourna frapper les deux autres liches qui l’encerclaient. Très vite, elle se rendit compte que non seulement ses coups ne faisaient plus rien à ses deux ennemies, mais qu’en plus elles avaient le temps d’arriver au bout de certains sorts : Lutia, affaiblie, en jetait de moins en moins, et les liches avaient pris leur partie de préparer des sortilèges moins puissants, mais plus rapides d’exécution, qui prenaient de court les tentatives de Lutia. Contrainte de ne riposter qu’au moyen de sorts de protection, elle faisaient dévier ceux des liches de leur trajectoires, ou envoyait des boucliers invisibles autour de Nienna et Triskö, le temps pour le sort de se dissiper.

« - Ma Demoiselle !! Je me sens de plus en plus faible ! Je ne vous protégerai plus longtemps !
- Alors frappe Lutia ! Nous sommes presque au bout ! Prépare quelque chose qui puisse venir à bout de l’un de nos ennemis au moins !
- Bien Mademoiselle !
- Triskö ! Protège Lutia ! Il ne s’agirait pas que vous vous fassiez toucher ! »

Triskö, qui avait compris que son épée ne lui servait plus à rien, s’approcha de Lutia et la couvrit de son bouclier. Des décennies de défense de ses terres avaient fait de lui l’un des meilleurs, rien ne franchissait les boucliers d’Adwilian, c’en était presque devenu un adage dans tout Nivalis. Le bouclier, fait de matériaux dont seuls les artisans du royaume avaient le secret, résistait visiblement bien, même aux attaques magiques. La petite lutine récita donc tranquillement sa formule, à l’abri des sorts des liches, tandis que Nienna esquivait autant que possible les jets de fumée de leurs adversaires.
Mais ceux-ci, comprenant que le bouclier les empêcherait de toucher la petite sorcière et le vieux croulant, s’acharnèrent doublement sur Nienna, la seule qu’ils pouvaient encore atteindre. En même temps, ils esquivaient les coups que la Sylvanienne tentait de leur porter, en même temps, ils lançaient leurs sorts les moins violents et les plus rapides sur elle… Tant et si bien qu’en se jetant sur le côté pour échapper à l’un deux, Nienna reçut dans le bras le coup magique qui venait de l’autre. Son cri de surprise et de douleur fit se lever Triskö d’un bond. Il avait passé de longues années à veiller sur sa fille adoptive, à la nourrir, la soigner, jouer avec elle… Et il espérait bien qu’elle lui rende la pareille maintenant qu’il n’était plus en état de le faire. Imaginer un instant que ces liches puissent le séparer de son enfant, qu’il avait eu tant de mal à élever, en qui il avait placé tant d’espoirs… était insupportable. Courant vers la seconde liche, qui armait déjà son bras de magie pour atteindre Nienna de manière plus sérieuse, il se jeta entre elles deux. Et reçut le sort de plein fouet.
Comme il s’écroulait à ses pieds, Nienna, se figea d’horreur pendant un instant.

« Il n’est pas mort ! Mademoiselle ! C’est notre dernière chance !!! »

Nienna releva la tête, les yeux pleins de larmes et de colère. Saisissant le bouclier de Triskö, elle courut vers la liche responsable et mit toute l’énergie du désespoir dans le coup qu’elle lui porta, hurlant à la mort. Lutia envoya alors le sort qu’elle préparait. Le flot qui jaillit de sa baguette alla se loger dans l’épée de Nienna au moment précis où celle-ci frappa. Une lumière argentée s’empara de l’acier, le fit briller un court instant, puis se compacta en un bruit sourd et pénétra le corps de la liche avec la lame. L’acier explosa dans le corps immortel, le faisant voler en éclats, lui aussi.

Nienna, à genoux, tentait encore de survivre derrière le bouclier, qui résistait de moins en moins aux attaques de la liche restante, tandis que Lutia, épuisée, s’écroulait dans son dos.


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:50

Un mur de flammes rouges, soudain, s'éleva entre Nienna et la liche. La sylvanienne reconnut en ce feu salvateur le "Bastion Igné" de son cher Etael, sort démoniaque s'il en est en ce monde. Au détour de quelque bataille, en d'autres temps et d'autre lieux, Nienna avait eu l'occasion de voir son vieux rival entourer ses armées de tels remparts ardents, au grand dam des ennemis de celui-ci, qui toujours étaient saisis d'effroi en voyant tout à coup l'enfer fondre sur leurs hommes.

Alors que les yeux de Nienna, agars, se perdaient dans le déluge brûlant de lumière, elle sentit une main puissante lui saisir le bras droit et la décoller de terre.

- Nienna ! Relève toi ! Il faut fuir ! Je ferai en sorte que ces flammes couvrent notre retraite.

Et, jetant un regard en coin à Lutia, Etael murmura discrètement :

- Tu vois ma petite, ça, c'est un VRAI sort... Allez Nienna, ressaisis-toi, on déguerpit !

Fuir ? Se retournant, Nienna, encore sonnée, vit qu'Ishe portait déjà sur son dos le corps inerte de Triskö, tandis qu'Alhambra tendait la main à Lutia.

- Fuir ? Oui... sans doute... Mais... MAIS !! où sont Celoviel et Enadijd ??!
- Ne t'inquiète pas pour Celoviel, elle est bien moins fragile qu'elle en a l'air.

De l'autre côté des flammes, Enadijd repoussait tant bien que mal les sombres assauts d'une liche bien décidée à ronger d'ici peu le moindre de ses os.

Et, alors que le jeune seigneur d'Aryalc était sur le point de succomber, il sentit quelque chose le saisir, l'ombre l'envelopper, son corps perdre sa consistance. Ainsi avalé par l'obscurité, il pensa d'abord passer de vie à trépas mais, de retour à la lumière moins d'une seconde plus tard, il réalisa que, loin d'être mort, il faisait face non plus à la liche mais à Nienna et à tous les autres.

Il était loin d'imaginer que Celoviel s'était glissée dans son dos, l'avait pris dans ses bras et avait usé de son pouvoir d'Ombre pour le mettre à l'abri, in extremis, derrière le mur de flammes.

- Mais... que... que s'est-il passé ?
- Impressionnant Celoviel ! tu as vraiment fait des progrès !
- On se congratulera plus tard ! Les liches... elles sont bien trop fortes... Je... je ne vais pas tenir longtemps ! Le mur de flammes est sur le point de cèder...
- Il a raison ! Courez !

D'un seul tenant, la troupe de nos héros ostréïques, affaiblie par le combat, se mit à courir, courir, courir le plus vite possible, pour l'huître, pour l'huître ! Pour l'huître il fallait faire fi de la douleur, faire fi du poids, faire fi du corps, pour l'huître il fallait survivre à cette aube obscure, à cette rencontre d'outre-tombe, pour l'huître il fallait s'arracher à ce cauchemar occulte et regagner la vie !

Quelques dizaines de mètres plus loin, tous sentirent derrière eux le Bastion Igné tomber et, alors que la distance creusée entre eux et les liches était devenue assez raisonnable pour espérer une survie, Nienna entendit un bruit sourd. Faisant volte-face, elle s'aperçut qu'Ishe, Triskö, Alhambra et Lutia avaient disparu. L'impensable lui traversa l'esprit mais elle entendit, presque immédiatement, une plainte surgir du sol :

- Bon sang !!
- Hm... C'est très fâcheux !

Notre quatuor était, littéralement, tombé dans un piège, et l'un des plus rudimentaires : un chausse-trappe. Un trou.

- Non !!!
- Les liches arriiivent !
- Qu'est-ce qu'on peut faire ???
- Laissez-nous là ! Fuyez !, hurla Ishe du fond de la fosse.
- Ah , t'es un marrant toi !
- Je... Je vais descendre les chercher avec le pouvoir de l'Ombre, comme tout à l'heure avec Enadijd !
- Non, Celoviel ! Ne fais pas ça !, lança Alhambra. Ce piège... il... il bloque la magie... Si tu descends tu ne pourras pas remonter !
- Etael, crée un autre Bastion Igné, il faut les ralentir !
- J'ai utilisé beaucoup trop d'énergie en maintenant celui de tout à l'heure... si je lance de nouveau ce sort, je tomberai et je ne me relèverai pas !
- Fuyez !

Nienna se figea à l'idée d'abandonner ses amis au fond d'un trou. Mais l'Huître comptait plus que tout... Pour trouver son trésor il fallait retrouver la soeur d'Etael... et pour cela il fallait survivre.

- Nous reviendrons vous chercher ! C'est promis !

La cheffe du Pacte Secret, d'un signe de tête, donna l'ordre de fuite à à Etael, Celoviel et Enadjid. Ceux-ci, sans perdre une seconde, se mirent de nouveau à courir en direction des terres de l'Hibellain.

Quatre guerriers croupissant au fond d'un trou et quatre autres qui, dans l'instant, prennent leur jambe à leur cou... Cette quête, comme ne put s'empêcher de le penser Enadijd, prenait une drôle de tournure.

Et bientôt les liches, psalmodiantes, arrivaient à hauteur du trou qui avait avalé Alhambra, Lutia, Ishe et Triskö. Alors qu'elles allaient adresser à nos héros ensevelis une salve mortelle, une voix, cave et laconique, se fit entendre dans leur dos :

- Bien... ça me lasse. On arrête tout de suite.

Oystor venait d'entrer en scène.

Ce message a été modifié par Etael: Wednesday 26/09/2007 à 08:14


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:51

Posté par Celoviel :

Les liches s'immobilisèrent sous le regard incrédule de nos héros tandis que le Seigneur de N'et Keo Gwin s'avançait lentement, le regard fixe, vers le gouffre obscur. Le halo grouillant qui toujours l'entourait brillait à cet instant d'une lumière inhabituelle. Oystor semblait hypnotiser les liches.

« Ha ha ! Vieux frère ! » Triskö, à moitié groggy, se préparait à des effusions fort mal à propos.

- Tais-toi, andouille ! Tu vas rompre le Charme du Marais, chuchota Ishe, exaspéré par les gaffes à répétition du vieux bougre.

Et de fait, à ce moment, un frémissement imperceptible agita une fraction de seconde les créatures d'Hibellain. Chacun s'attendait à les voir reprendre leur maléfique incantation, mais Oystor parvint, à force de concentration, à les maintenir dans cet état de stupeur que seul le Charme du Marais pouvait provoquer.

Cet enchantement était la marque du puissant Royaume de N'et Keo Gwin et ne pouvait être lancé qu'à la délicate condition que nul individu en présence ne sache le seigneur Oystor sur les lieux de l'affrontement : l'effet de surprise était en effet une condition absolue à la réussite du sortilège.

Ainsi momentanément protégés, nos amis s'employèrent à sortir du gouffre dans lequel ils avaient sombré. La magie ne leur étant plus d'aucun secours en cet instant critique, Ishe commença, la mort dans l'âme, à tenter d'escalader la paroi abrupte, mais dès qu'il parvenait à s'élever un peu du sol, les prises auxquelles il se tenait se dérobaient dans un craquement sourd : il retombait donc inexorablement au fond du trou. Le temps, en outre, leur était compté, car Oystor ne pourrait pas maintenir l'enchantement indéfiniment...

Déjà ses forces faiblissaient, et le halo lumineux perdait peu à peu de son éclat. Les liches frémissaient déjà de leur vigueur nouvelle lorsque la silhouette d'Etael surgit dans le lointain. Un instant plus tard, le démon parvenait au bord du gouffre, paré d'une corde mystérieuse, faite de lambeaux de tissus en tous genres grossièrement noués. Tandis qu'Oystor réunissait ses dernières forces pour maintenir les liches dans leur état de stupeur, Etael faisait coulisser sa corde de fortune au fond du trou et ramenait à la surface Ishe, Alhambra, Lutia et le pauvre bougre de Triskö qui chantonnait une chanson paillarde tout en s'extirpant du gouffre.

« On aurait peut-être dû le laisser dedans, celui-là...
- Etael, voyons, c'est tout de même le père de Nienn... »

Mais Oystor s'écroula, coupant court à toute conversation.

« Courez !!!! »

La petite troupe détala tandis que les liches, sortant de leur torpeur, commençaient à remuer faiblement. Ishe empoigna Oystor et le jucha sur son dos. Le Charme du Marais, par bonheur, avait été si long et si intense que les créatures d'Hibellain mirent un certain temps à recouvrer leur vivacité, et nos amis purent prendre un peu d'avance. Etael, qui cavalait en tête, mena la troupe dans un dédale de rochers si labyrinthique et si confus qu'il fut aisé d'y semer les liches. Lorsque tous furent hors de danger, chacun put, en reprenant haleine, s'apercevoir que Nienna et les autres étaient à présent des leurs.

« Pas mal, Etael, tu as réussi à retrouver le chemin, félicitations !
- Nienna, si tu savais ! Je connais cette cachette depuis que... heu... je connais Celoviel ! »

Lutia, malgré l'issue heureuse de l'aventure, jeta à sa maîtresse un oeil réprobateur et ne put retenir une remarque que Nienna estima désobligeante :

« Sans Monsieur Oystor, tout de même, nous étions perdus... Abandonnés ! Seuls... livrés aux liches ! »

Ce fut Celoviel qui lui répondit :

« Ecoute Lutia... Nous ne vous avons pas abandonnés, au contraire. Nienna et moi savions toute deux qu'Oystor était à deux pas de nous et observait nos faits et gestes. Nous savions aussi qu'en notre présence le Charme du Marais n'aurait pas agi, puisque nous... avions eu vent de la présence d'Oystor. En fuyant, nous lui avons laissé la possibilité d'agir, notre présence aurait annihilé son enchantement... »

Lutia, pas vraiment convaincue, décida tout de même de changer de sujet. Aussi, considérant Nienna, Celoviel et Enadijd avec perplexité, elle s'exclama :

« Mais que faites-vous... à moitié nus ? »

Nienna, sourire au lèvres, répondit, amusée :

« La corde qui t'a sauvée, ma chère Lutia, de quoi penses-tu qu'elle était faite ? »


Dernière édition par Nienna le Mer 23 Avr - 19:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:52

Il est des sentiments étranges, tenant plus du pressentiment que de la réelle connaissance, de l'intuition sauvage et inattendue qui vous pousse à agir, à vous diriger en des directions que la raison, seule, vous aurait conseillé de ne pas emprunter. Ce sont ces voix qui déterminent la destinée de chaque être et qui font basculer des vies à chaque carrefour de l'existence. La sensibilité de Nalikith, exacerbée par cette nouvelle et enivrante existence, venait de subir un premier choc... entouré de cadavres le jeune élémental d’air venait subitement de ressentir non loin de là, du moins à vol d’élémental, une confrontation magique d’une ampleur peu coutumière. A en voir les flammes qui par intermittence venaient balayer les cieux il sentit un souvenir effleurer sa mémoire... ces flammes... étaient pour lui un rappel étrange des sensations passées...

Il se laissa porter par la brise légère et s’éleva, doucement, dans les cieux nivalisiens. Il se laissa un instant enivrer par les différents courants de l’air ambiant, les regardant circuler autour de lui avec un sourire satisfait... une sensation merveilleuse qu’il avait, un instant, oublié. Pourtant... sa présence en ces lieux, si proche de la terre elle même, n’était pas la conséquence simple de cette envie de voler à nouveau... un tout autre désir avait provoqué cette nouvelle réincarnation. Il hésita un instant, au loin les flammes semblaient s’être, pour un moment, calmées mais il ressentait encore, plus présente que jamais, la magie infestant les lieux. Il se tourna, contemplant l’air chaud venant du Sud et eut un sourire.

- Je serais curieux de voir ça...

Il attrapa littéralement le courant ascendant et, se servant du vent comme d’une monture fidèle, il fila vers des collines rocheuses où la magie laissait ces dernières traces dans l’éther. Son étonnement devant le cataclysme de flammes s’étant abattue sur les lieux était total... l’air était chargé de cette senteur si désagréable que provoque la combustion d’éléments terrestres. Il invoqua un courant contraire pour éparpiller cette horripilante senteur et, doucement, se laissa descendre après une ultime caresse aux nuages vers le sol. Des aventuriers... des liches... une scène sans doute bien courante ici bas... mais qui intéressa au plus haut point l’élémental.

Se laissant flotter au dessus d’eux il les vit lutter avec application, s’effondrer dans une sorte de trou d’air... mais fait de terres et de pierres... puis prendre la fuite avec application et dextérité. Ma foi... ils avaient l’air de bien s’amuser. Tournant toujours autour d’eux, insensible aux déflagrations magiques et invisible aux yeux de tous il s’amusait de la lutte acharnée se déroulant sous ses yeux. Apparemment le jeu consistait à abattre les créatures mortes jetant des sorts. Il eut un petit rire cristallin qui monta dans les cieux, imperceptible, peut-être, aux oreilles mortelles.

- Et bien... comment participer à cette petite fête...

Son amusement était total et son essence plus légère que jamais... quand sa vision irréelle tomba sur une personne qui, s’il avait été matériel, lui aurait aussitôt fait perdre son sourire. Accoutrée d’une bien étrange manière, même pour une terrestre, les cheveux plus ébouriffés qu’une tornade oriandaise et dans les yeux des éclairs plus forts même qu’au coeur des plus vives tempêtes... ce visage et cette attitude, réveillant dans l’élémental bien des souvenirs que pourtant il n’arrivait pas à saisir, doucha aussitôt tel le vent glacé du nord son enthousiasme.

Aussitôt ce qu’il avait pris pour un jeu prit en son esprit une tournure bien plus dramatique... les sourires devenant rictus, les sorts des attaques... et son amusement de la frayeur. Sans trop savoir pourquoi l’idée de voir disparaître ces gens lui était devenu tout simplement insupportable. Son essence, chargée en sentiments contradictoires, se fit soudain plus lourde et il descendit jusqu’au sol. Les liches, un instant immobilisées, reprenaient peu à peu une vigueur des plus menaçantes. Pire même, l’élémental le sentait dans la toile, se nourrissant des forces engagées contre elles elles se ressourçaient, gagnant même en vigueur et en puissance.

- ...

Il aurait voulu agir, aider ces aventuriers et cette mystérieuse femme mais son impuissance à agir sur le monde matériel le faisait enrager. Tellement concentré sur sa colère il en oublia un instant les vents qui, indociles, se mirent à battre et à souffler autour de lui. Il vit les liches s’approcher des aventuriers, s’approcher d’elle... vit l’une de ces créatures, surplombant les roches, lancer l’incantation d’un sort en direction d’elle... et sa colère éclata, provoquant un souffle violent qui fouetta littéralement la roche.

- NE LA TOUCHEZ PAS !

L’esprit embrumé, incapable de se retenir, il concentra les molécules d’air en son corps, les comprimant un peu plus à chaque instant en une véritable masse mouvante qu’il projeta d’une simple poussée de son essence vers la première des liches. En une lame invisible et silencieuse l’air s’abattit sur la créature avec une violence peu commune, la traversant sans dommages apparents. A quelques mètres des aventuriers surpris, toute son attention tournée vers les liches, Nalikith prenait peu à peu consistance en une brume humanoïde bleutée.

- Ça n’a pas marché...

Il n’aurait pas du ressentir la fatigue... et pourtant... il se sentait littéralement vidé de toute énergie sa seule colère continuant à l’animer. Les vents soufflaient toujours tout autour de lui, faisant échos aux pensées et sentiments de l’élémental quand, soudain, un phénomène étrange se produisit. La liche que la lame d’air avait touché fut prise de spasmes violents, son corps semblant se contracter sur lui même en une attitude grotesque et horrible. Subitement la chose se figea, ses muscles dégénérés crispés... puis elle implosa littéralement, comme vaincue de l’intérieur par une incompréhensible force.

Nalikith mit un moment à comprendre tandis que la surprise laissait muette les deux camps, son attaque désespérée avait provoqué un appel d’air violent, non à l’extérieur mais à l’intérieur de la créature. Et ce souffle, ce vide terrible avait provoqué un effondrement interne de la liche. S’il n’avait toujours pas agi sur la matière directement... il venait de découvrir un terrible moyen d’y parvenir indirectement. Cette révélation, lui faisant oublier la bataille en cours, fit passer en son incarnation un vent froid, terrible qui le fit pratiquement disparaître à nouveau. Il avait... tué ?

- Nali... ?

Une voix derrière lui fit éclater la bulle de ses pensées. Honteux d’avoir donné la mort devant cette femme qui l’avait tant fasciné, il s’éparpilla aussitôt en une brume épaisse qui masqua les aventuriers aux yeux des liches. Présent et à la fois absent il ne savait comment réagir. Apparaître ou rester ainsi invisible... son trouble était total. Comment savait-elle son nom... et puis... que devait-il faire ? Il mourrait à la fois d’envie de prendre contact avec ces terrestres mais... ne savait comment faire. Que leur dire déjà ? Et pourquoi avait-il une furieuse envie de passer souffler dans les cheveux de cette femme ?

Il demeurait une liche, flirtant avec une rivière proche, perdue dans les brumes. Pour reprendre contenance Nalikith fit un dernier effort et fit apparaître un coussin d’air sous l’un des pieds de la créature. Déséquilibrée il eut la satisfaction de la voir basculer sans un cri dans l’eau tumultueuse. Ne pas agir sur les choses... mais agir sur l’environnement de ces choses... telle était la solution. Décidemment satisfait il s’apprêtait à retourner à son observation des aventuriers lorsque la voix, une seconde fois vint l’immobiliser.

- NALI !

Oups.


--------------------
Nalikith de Shenirisha,

Chevaucheur des vents et voyageur des cieux

Les quatre Vents ont ri dans le ciel du matin
Puis leur humeur étant changeante, une querelle
S'est élevée entre eux. Et la femme autour d'elle
Vit s'abattre en riant le courroux du destin.


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:52

- NALI !

Les yeux pleins d'espoir, Nienna regardait fixement la brume vaporeuse dans laquelle son ami aérien avait fait sa dernière apparition. Pas de doute possible: c'était bien lui! Ainsi donc, non seulement il n'était pas mort, mais il était revenu suffisamment puissant pour terrasser deux liches! Les deux dernières, puisque les autres avaient été semées... Ainsi seraient-ils tranquilles pour un moment... Et, même si elle n'avait aucun moyen de savoir si celle qui était tombée dans le torrent était vraiment morte, du moins disposeraient-ils d'un répit suffisant pour reprendre des forces et faire le point sur la situation.
Le nuage, autour d'eux, commençait à se dissiper. La cheffe du Pacte secret, les yeux tournés vers le ciel, sourit lorsqu'une brise légère vint lui caresser les cheveux. Regardant autour d'elle, elle s'aperçut que chacun inspirait cet air frais avec délice... Impossible donc de savoir si Nalikith en était à l'origine ou si un bête vent d'ouest passait là par hasard.
Néanmoins, un sourire éclaira le visage de la Sylvanienne. Inutile, au fond, de forcer leur ami à se montrer, ou à venir les rejoindre. Il était en vie, cela seul comptait. Il avait probablement une très bonne raison de ne pas vouloir se matérialiser. Peut-être avait-il eu peur?

En sifflotant d'un air dégagé, Nienna s'éloigna un peu du groupe. Quand elle fut assez loin pour que les autres ne l'entendent pas, elle se racla la gorge et s'adressa au vent, non sans jeter des regards gênés en direction de ses compagnons de route.

"Hum Nali, heu... Nali, si tu m'entends... Eh bien, heu, sache qu'on va jusqu'au royaume d'Hibellain. Il parait que notre oeil de Zamarta est là-bas! Alors... Eh bien, si tu veux continuer à nous suivre en te cachant, ou si tu décides de te joindre à nous plus tard... Tu sauras où nous trouver!"

Rayonnante, elle se retourna... pour tomber nez à nez avec Oystor.
Celui-ci, lui jetant un regard plein de condescendance, lui passa une main couverte d'algues sur le front, comme pour prendre sa température.

"- ...Alors ma fille, on dirait bien que jouer à la guerre ne te réussit pas...
- Mais!! Mais! ... Quand je pense que pendant tout ce temps tu étais derrière nous, et que tu aurais préféré nous laisser mourir plutôt que d'intervenir pour nous sauver!
- Tsss... Inutile... Cela ne prend pas avec moi. Tu parlais dans le vent, c'est tout..."

Nienna sourit d'un air narquois à son père adoptif.

"Oui, c'est le cas de le dire! Allons rejoindre les autres! Il nous faut un plan d'attaque pour arriver en Hibellain avant la tombée du jour!"


* * * * * * * *



Installés en cercle près de la grotte qui leur avait servi de refuge, les protecteurs du Pacte secret et Enadijd se partageaient les restes des rations dérobées dans le royaume de Ryuka. Lutia n'ayant pas son pareil pour accomoder un plat, et l'émotion ayant creusé leurs petits estomacs, ils n'en laissèrent pas une miette... Ce qui rendait d'autant plus urgente la visite des terres du baron d'Hibellain.

Prenant à peine le temps de se reposer, ils partirent dès que possible (c'est-à-dire dès que Nienna, Celoviel et Enadijd eurent trouvé de quoi couvrir un minimum leur quasi nudité), avec l'idée d'élaborer un plan en route. Enadijd, seul, ne semblait pas comprendre cet empressement.

"- Dites... Hum, je ne voudrais pas passer pour un faible ou un fainéant mais... Il me semble qu'on a bien mérité de se reposer un peu! Pourquoi déjà repartir si vite?
- Enad, et là, je pense que nous serons tous d'accord, as-tu remarqué de quoi se composait notre groupe?
- Heu, oui...
- Bien, il ne t'aura donc pas échappé que parmi nous il y a un vieillard impotent...
- Justement! Il ne tiendra pas longtemps à ce rythme là!
- Tu as mis le doigt dessus! Et cela sera un vrai problème. Nous sommes tous à bout de force, nous n'avons plus rien à manger, ni à boire, et nos charmantes poursuivantes de tout à l'heure ont très bien pu donner l'alerte. A l'heure qu'il est, nous sommes peut-être déjà recherchés par nos ennemis... Qui savent sans doute combien nous sommes faibles. Et épuisés.
- Tu comprends Enad? Si nous ne partons pas maintenant, nous serons retrouvés et capturés ou tués en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Sans compter que Triskö ne semble pas se rendre compte pour l'instant de ce qu'il s'est passé. Regarde-le : il batifole, il cueille des fleurs... Le charme du marais a toujours eu cet effet étrange sur lui. Il est comme drogué, il se sent bien, voit la vie en rose et ne ressent plus la fatigue, malgré ses blessures de tout à l'heure. Si nous n'en profitons pas maintenant, dans quelques heures, tout au plus, il sera impossible de lui faire bouger un membre...
- Je vois...
- Désolée mon ami, mais nous ne nous reposerons pas de sitôt!"

Et en effet, ils progressaient de moins en moins vite, sur une terre aride de plus en plus hostile. Les gestes de Triskö lui-même s'étaient ralentis, bien qu'il soit encore le plus guilleret du groupe... Ce qui était en soi révélateur du moral de la petite troupe.

"- Niennaaaa! Quand est-ce qu'on arrive?? gémit le vert vieillard
- Ahah! Est-ce que ce ne sont pas plutôt les enfants qui demandent ça à leur parents d'habitude? glissa Oystor, le souffle court, le visage ruisselant de ce que l'on aurait pu prendre pour de la transpiration
- Tout le monde aimerait arriver bientôt, Papa... Tout le monde...
- Ah! Qu'est-ce que je donnerais pas pour un bon jambon bien gras! se lamenta Ishe
- Ne m'en parlez pas! J'en ai l'eau à la bouche...
- Oh! Et un tonneau de vin!
- Ou de bière!
- Arrêtez! Je commence à avoir des hallucinations... siffla Etael en regardant droit devant lui
- Mais! Je rêve?!" dit Nienna qui suivait le regard de son démoniaque ami.

Tous s'arrêtèrent net. Devant eux s'étalait en une longue file un genre de caravane de marchands et de serviteurs, qui transportaient des mets forcément succulents aux yeux de nos amis, et faisaient rouler devant eux des tonneaux qui ne pouvaient pas raisonnablement contenir que de l'eau.

"- Notre repaaaas!! sussurra Ishe, le ventre gargouillant. Sus à l'ami!!
- Attends un peu... Regarde les drapeaux qui flottent sur toute cette victuaille et la valetaille qui l'accompagne...
- Ce sont ceux d'Hibellain!!
- Dans le mille! Je parie qu'ils se rendent au même endroit que nous! On va pouvoir les suivre...
- Et se restaurer!! You-hou!!"

S'approchant de la queue du convoi, ils égorgèrent joyeusement les gardiens de leur trésor du moment ("C'est malin!" ne put s'empêcher de lancer Ishe, toujours très rationnel. "Et maintenant, qui va nous transporter dans les chariots pendant que nous dormirons, hein?") et, prenant leur place et leurs vêtements, se rassasièrent de leur butin.
Malgré l'injonction des plus sages d'entre eux (l'histoire ne dit pas de qui il s'agissait...) de rester sobres, tous mouraient de soif... Or les tonneaux, comme prévu, ne contenaient que de la bière et du vin. L'humeur de chacun était déjà redevenue beaucoup plus joyeuse lorsqu'au loin, sans le moindre doute possible, les créneaux des fortifications de l'Hibellain se dessinèrent. Plus qu'une dizaine de minutes, et ils seraient arrivés à bon port, et retrouveraient à n'en point douter l'oeil de Zamarta.

Ce message a été modifié par Nienna: Saturday 13/10/2007 à 16:10


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"... Mais les vents me sont moins qu'à vous redoutables: je plie, et ne romps pas..."

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:52

Baignés dans les rayons d’un soleil clément, les remparts de l'Hibellain, hauts et puissants, serpentaient dans la plaine avec une délicatesse féminine.

Bientôt, au rythme des tambours, le convoi de caravanes et de serviteurs passait de grandes portes d'acier. Les Protecteurs, pourtant égayés par leur excès de boisson, furent immédiatement saisis par la vision d'un donjon noir qui, s'élevant dans les restes épars de nuages, déployait toute son ombre sur la place publique, tel un dragon trismégiste. La richesse, la démesure et la mégalomanie avaient donné naissance à cette construction immense aux courbes torturées, attaquées, comme déchirées par la main vengeresse d'Oznar, et dominant un madrépore de bâtisses lumineuses.

Au pied de cette bête de pierre et de mithril, le peuple du royaume s'afférait à la préparation d'un évènement particulier : des femmes, vêtus de tuniques bleues, décoraient les murs de banderoles écarlates et des artisans, le corps paré de blanc, transportaient tables, fûts et chandeliers avec une excitation et une régularité de fourmis. Le convoi coloré dans lequel Nienna et les autres s'étaient infiltrés vint s'ajouter à l'effervescence de ce flux populaire, puis, peu à peu, y perdit corps et cohérence. Les Protecteurs furent libérés de l'ordre de la marche et purent aller par rues et par ruelles explorer la cité en quête de quelque trace de l'Œil de Zamarta. Après un rapide tour d'horizon qui leur permit de constater que la ville était bien trop immense pour espérer ne pas s'y perdre, nos héros, toujours vêtus des habits de leurs victimes, se postèrent dans un coin de la place publique et, en cercle, penchés en avant, chacun tenant son voisin par l'épaule, tinrent un conseil de guerre.


- Bon… Visiblement... il se passe un truc…
- Oui... mais quoi ?
- Une fête ! Je suis sûre que c'est une fête !
- Merci pour cette observation… donc visiblement ils fêtent un truc, mais quoi ?
- On n'a qu'à demander !
- Oui, ou crier "nous sommes des intrus, enfermez-nouuuus !" Ce sera plus rapide.
- Ah…c'est pas faux... mieux vaut faire semblant de savoir ce qu'il se passe…
- Hm… Si, à la manière de Triskö, je me sers de mes dons d'observation et de déduction transcendantaux, je dirais que puisque nous sommes tous habillés… hm… diantre... en cuisiniers... une façon fort habile de s'infiltrer dans le château serait d'entrer par... les… cuisines.
- Et ?
- Et on verra bien.
- Oystor... tu suintes sur mon épaule.
- Ah… désolé.
- La balayeuse, fais ton devoir, montre nous les cuisines.
- Etael !
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? Lutia n'est-elle pas la membre du groupe la plus disposée à trouver facilement une cuisine ?
- Certes, mais...
- Ce n'est rien Madame, le seigneur Etael a raison. Je vais vous montrer le chemin.


Lutia s'arracha au cercle et, dans un geste sûr et digne, elle leva sa baguette magique, puis psalmodia quelque formule inaudible. La baguette se mit alors à rougir et pointa en direction d'une petite porte de bois, à peine visible, de l'autre côté de la place publique, au pied de la paroi ouest du château.


- C'est par là.


Nos héros, fendant la foule, s'approchèrent et purent voir des fumées odorantes s'échapper d'une bouche placée juste au-dessus de la discrète embrasure.


- Seigneurs et dames : les cuisines royales de l'Hibellain !


Nienna, en cheffe vénérée, fit signe à Etael d'ouvrir la porte. Etael, en démon civilisé, refusa de toucher une porte populaire. La petite troupe de cuisiniers, ainsi postée devant cette non moins petite entrée, commençait à attirer des regards intrigués, aussi Nienna leva les yeux au ciel, lança un juron, et poussa elle-même la porte.

Une salle longue et bruyante, haute de plafond, se dessinait à travers l'épaisseur des fumets. Des dizaines de cuisiniers surexcités jonglaient entre plats, casseroles, fours et assiettes.

- Plus vite ! Du nerf ! , hurlait une voix, quelque part dans l'espace enfumé.

Nos héros n’eurent pas le temps de faire un pas qu’une petite silhouette, haute comme un demi-homme, surgit de derrière un tas d'éplechures de zerbalotte et se posta sous leur nez.


- Ah ! Vous voilà ! Vous en avez mis du temps !
- Mais... qu'est-ce qu'il a le n…
- Désolés monsieur, nous sommes en retard, mais le convoi a été retardé.
- Retardé ! Ah ça ! J’ai cru comprendre ! Retardé par ?
- Euh… un... un troupeau… deeeee…………
- Chèvres !… au milieu de la route.
- Quoi ? Vous avez DEUX JOURS de retard à cause d'un troupeau de chèvres ??
- Euh… c'était... des très très grosses chèvres…
- Peu importe, j'ai pas le temps, donnez-moi les fleurs de Madrïus.
- Les ?
- Les fleurs de Madrïus ! Mais qu'est-ce que vous avez ! Là, dans le sac, sur ton dos ! Réagis un peu !
- C'est à toi qu'il parle, murmura Celoviel à l'oreille de Triskö.
- OUIIIIII ? QU'EST-CE QUI SE PAAAAASSE ? , hurla un Triskö qui n'avait rien suivi. OU QUE C'EST QU'ON EST ???


Le maître nain leur jeta un regard intrigué, haussa un sourcil, une lueur de stupeur apparut au fond de ses yeux et, alors qu'il s'apprêtait à annoncer d'un cri tonitruant la présence d'intrus, Etael, pour freiner son élan, dégaina son épée et le décapita. L'agitation de la cuisine, pourtant intense, se stoppa net, comme si le temps venait de s’arrêter, comme s’il avait été suspendu, accroché au plafond tel les rangées de jambons qui décoraient la pièce.

Les quatre cuisiniers à proximité de nos héros avaient, de fait, le visage maculé de sang et la mine pantoise. Les acteurs de cette scène encore statique allaient, d'une seconde à l'autre, hurler, courir, alerter la garde. Etael, qui ne voyait pas l'intérêt de s'arrêter en si bon chemin, leva la main en direction des cuisiniers stupéfaits, lentement, comme pour ne pas les brusquer, et de sa paume jaillit un torrent poétique de flammes ardentes qui vint lécher les quatre coins de la pièce.

Quand Etael referma le poing, les fumets de la cuisine désormais carbonisée avaient changé de saveur : les corps calcinés des quarante trois victimes - Lutia venait de les compter - crépitaient sur le sol.


- Ah ! Ah ! Essayez de donner l'alerte maintenant !
- Mais ! Mais ! Maiiiis !
- Eta…el… qu'est-ce… qu…e… tu… as fait…..
- J'ai simplifié la situation. Net et silencieux. Voilà. Je vous présente notre nouveau quartier général.
- Je dois dire que c'est efficace.
- Mais… si quelqu'un... entre ?....
- Eh bien… Il subira le même sort.
- Et qui va préparer à manger... ?? Qui va assurer le festin ??
- C'est une vraie question ? Héhé. Lutiaaaa ! Aux fourneaux !
- Bon… maintenant que nous avons perpétré un (autre) massacre en règle, il nous faut un plan.
- Je propose qu'on donne la parole à la cheffeuh.
- Je suis d'accord.
- Cheffeuh ?
- QUOI ?
- Qu'est-ce qu'on fait ?

Ce message a été modifié par Etael: Wednesday 26/09/2007 à 20:29


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:53

Posté par Enadijd :

- J’en sais rien moi, fallait réfléchir avant de faire un carnage !
- C’est pas faux ça !
- Ouais, ben sans ça, on serait enfermés dans un cachot à l’heure qu’il est.
- C’est pas faux non plus ça !
- Ca n’arrange pas le problème, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- On mange ?
- On boit ?
- On tranche ?
- On cuisine ?
- On suinte ?
- Mais c’est pas possible ! Aidez-moi au lieu de…
- Et si on cassait la croute ?
- Toi le crevard ! Tu sors !
- Arrêtez trente secondes, réfléchissez pour une fois !

***Trente secondes plus tard***

- J’ai trouvé ! Lutia et Enadijd, en cuisine, les autres, on s’occupe du service !
- Quoi ?!?
- Ahaha, allez, enfile-ça ! fit Etael en lançant un tablier rose droit dans la figure d’Enadijd.
- Mais je sais pas faire la cuisine moi !
- Je peux vous apprendre si vous voulez !
- Pas envie !
- Bon, on vous laisse, on a des tables à préparer nous !

C’est ainsi que les Protecteurs de l’Huître Majestueuse laissèrent Lutia et Enadijd seuls aux cuisines, ayant tous deux pour charge de préparer le repas de plusieurs centaines de convives affamées. Ce dernier, vêtu d’un adorable tablier rose, vociférait des jurons dans sa barbe (ou plutôt dans son duvet !) alors que Lutia s’afférait à préparer les ingrédients nécessaires à la préparation des différents plats. Viandes, légumes, épices, fruits, tout ce dont ils avaient besoin se trouvait soit dans « leurs » sacs à dos soit dans les placards des cuisines de l’Hibellain.

- Enadijd, pourriez-vous s’il vous plait mettre dans la grosse marmite juste devant vous tous les ingrédients que je vais vous énoncer ?
- (soupir) Ouais, vas-y !
- Romarin !
- Romarin… fit Enadijd après avoir mit une feuille de salade dans la marmite.
- Gousse d’ail !
- Gousse d’ail…
- Sel !
Enadijd saisit le flacon de sucre et en versa la moitié dans la marmite, - Sel…

Pendant ce temps, dans la salle à manger où les convives s’installaient peu à peu, les Protecteurs du Pacte Secret distribuaient des feuilles sur lesquelles était inscrit le menu du soir, celui-ci ayant changé à la dernière minute !

~~~ Surprise du Chef ~~~


Absorbé dans ce travail d’un soir, Ishe fut sorti de ses pensées par une voix grinçante.

- « Surprise du Chef », elle a intérêt à être bonne sinon le seigneur d’Hibellain aura de mes nouvelles !

L’ancien marqua un temps d’arrêt, puis répondit à la vieille citoyenne d’un ton amusé :


- Ah ça ! Pour être bonne, elle est bonne !

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:53

Nienna entra dans les cuisines en trombe.

« - Lutia! Enad'! Alors! Où en êtes-vous? Les invités s’impatientent!
- On s’en fout, c’est pas nos invités…
- Vous ne devriez pas dire ça monsieur Enadijd! Vous verrez, quand les invités du seigneur d’Hibellain auront goûté vos plats et qu’ils vous en feront les compliments, vous les considérerez comme vos hôtes les plus chers!
- Tu m’intéresses Lutia! Je peux goûter l’entrée?
- N’en prends pas trop quand même… On n’a eu le temps de faire que ça…
- … Alors? Heu… Mademoiselle? Qu’en pensez-vous?
- …
- Mademoiselle?
- Mgrmmlbllfrg!!
- Mmm? Je peux savoir pourquoi ma fille fait la même tête que mes courtisanes quand elles enlèvent mes sous-vêtements? Qu’est-ce que tu lui as donné à manger, lutine lubrique?
- Pouah! C’est infecte!
- Nienna! Mon enfant! Comment sais-tu qu’elle disent ça aussi quand…
- Bon, ça va Triskö, épargne-nous les détails…
- Visiblement on va avoir du mal à faire avaler aux convives que nous sommes vraiment cuisiniers… A tous les sens du terme, haha!
- Ishe, tu crois vraiment que c’est le moment de plaisanter? On a plus d’une centaine de vassaux de l’Hibellain sur les bras, comment crois-tu qu’on va s’en sortir sans même une entrée?
- Ben, on avait déjà prévu le coup avec Alhambra et tout ça, non?
- Pardon? fit Alhambra, haussant un sourcil
- Ah! Oui, tiens, on a oublié de te mettre au courant Alhambra, mais on se disait que peut-être, tu pourrais faire diversion - une diversion de succube, enfin tu vois de quoi on veut parler hein, ajouta Enadijd avec un clin d’œil qui se voulait grivois - le temps d’apprendre les informations nécessaires à notre quête, et puis voilà! On partirait comme des voleurs, tranquilles mimile!
- Seigneur, dites-moi que je rêve…
- Hum… Je vous rappelle que, jusqu’à preuve du contraire, Alhambra est sous MES ordres. Et, au passage, que c’est une guerrière, pas une boucanière!
- Heu… C’est pas nous… C’était une idée de Triskö!
- Etonnant… » dit Etael en levant les yeux au ciel.

Un peu remise de ses émotions, Nienna suivait de loin la conversation, entre deux vomissements dans l’embrasure de la porte. A l’annonce du plan « opération séduction en Hibellain», elle se rapprocha des autres, et, l’œil torve, commença à scruter Alhambra avec un regard neuf.

« - Eh! Mais tu sais que pour une fois ce n’est pas une si mauvaise idée?
- Non mais! Nienna! Tu vas pas t’y mettre aussi!!
- Rhooo mais arrête! Alhambra est une succube, c’est la plus à même ici de faire diversion de manière convaincante, et d’apprendre du maître des lieux lui-même d’abord ce qu’ils fêtent, et ensuite où est cachée Hestia…
- Mais bien sûr…
- Ecoute Etael, nous n’avons pas le choix. Si le plat que nous avons à servir avait été délicieux, je ne dis pas, on aurait pu essayer d’apprendre quelque chose en servant les convives, mais là… » la Sylvanienne foudroya Enadijd du regard « Là, on ne peut pas prétendre les nourrir, tout juste les empoisonner! »

A ces derniers mots, tous - hormis Triskö, occupé à baver en regardant Alhambra - tous s’arrêtèrent net et se tournèrent vers Nienna…

« - Qu’est-ce que tu viens de dire?
- Par l'Huître! Quelle idée géniale je viens d’avoir! Je me reconnais bien là!
- Mademoiselle! Vous avez sur vous ces herbes bizarres dont vous dites toujours qu’elles sont des poisons violents et que vous seule pouvez y toucher??
- Evidemment Lutia!
- Oh! Toujours spécialiste des potions dangereuses à ce que je vois ma chère Nienna…
- Et même plus qu’avant mon cher Etael… Je me suis beaucoup améliorée depuis la dernière fois… »

Nienna jeta au démon d'Elil-Galas un regard faussement amusé que lui seul sembla comprendre.

" - Espérons que tu t’en sortiras mieux que la dernière fois alors… dit Etael d’une voix narquoise.
- Espérons oui…" répondit Nienna en baissant les yeux.

Triskö choisit ce moment pour se réveiller.

« - Heu… Quelqu'un peut-il m'expliquer l‘intérêt de mettre des poissons volants dans le potage?
- *soupir désespéré collectif*
- Nienna… A tout hasard, bien sûr, je pose la question par curiosité… N‘y aurait-il pas un somnifère qui traîne dans tes poches?…»

* * * * *


Nienna se rapprocha du chaudron en se bouchant le nez. Il risquait finalement d’être plus difficile que prévu non d’empoisonner le brevage, mais de convaincre les invités de le porter à leurs lèvres… Si déjà ils ne s’enfuyaient pas en le portant à leurs narines!
La panique gagna le petit groupe lorsqu’un homme armé jusqu’aux dents, qui semblait être le capitaine de la garde, fit irruption dans les cuisines.

« - Notre maître s’impatiente, et ses convives également! Dépêchez-vous donc d’apporter les plats!
- Oui oui! Tout de suite! Nous donnions la touche finale à la surprise du Chef!
- Mouais… Plus vite que ça! »

Alors que l’homme sortait des cuisines, Triskö se prit la tête dans les mains, et gémit comme un damné:
« Nous sommes perdus! Nous sommes perdus! » Puis il se mit à courir comme un fou tout autour de la pièce, renversant au passage les rares ustensiles qui étaient restés en place après les razzias consécutives d’Etael, Lutia, et Enadijd.

« - Cet imbécile va tout faire rater!
- Nienna, il faut faire quelque chose!
- Oh, je peux m’en charger si vous voulez! dit Etael en sifflotant
- Ca ira, ça ira… »

Sortant de sa poche une algue d’une couleur vert-bleuté, Nienna la fourra dans la bouche de son père, qui s’écroula instantanément. Elle le traîna dans un coin de la pièce.

« - Parfait! Il ne nous embêtera plus maintenant!
- Tu… Tu l‘as tué?
- Mais non idiot! Juste endormi… Et pas pour longtemps en plus…
- Ah ouais, c‘est radical… fit Enadijd en reculant prudemment
- Alhambra, le temps nous est compté. Je suis désolée de t‘imposer ça (et de ne même pas pouvoir y assister) mais tu vas réellement devoir faire diversion… Nous n’avons plus le choix, il faut me faire gagner du temps, juste ce qu’il faut pour changer cette immondice en mets délicat…
- Si vous y tenez…»

Il ne fallut qu’une douzaine de minutes à Nienna pour réparer les dégâts. Elle versa trois potions différentes dans la marmite, y mis quelques herbes étranges au délicieux fumet, remua le tout, et déclara que c’était prêt. A l’odeur, expliqua Nienna, tous les invités se précipiteraient sur le plat, et ils n’auraient pas le temps de se plaindre de son goût qu’ils seraient déjà tous tombés dans une sorte de torpeur mortifère. Vus de l’extérieur, ils auraient tous l’air de s’endormir, mais leurs corps se paralyseraient petit à petit, jusqu’à ce que leurs cœurs eux-mêmes cessent de battre. Elle n’était pas sûr d’avoir assez de poison pour que tous y succombent, mais au moins seraient-ils tous hors d’état de nuire.

Pendant ce temps, Alhambra avait pénétré dans la salle principale. Lutia l’avait suivie, et grâce à ses talents d’illusionniste avait tamisé l’ambiance.

Ce message a été modifié par Nienna: Wednesday 31/10/2007 à 01:56


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:54

Triskö, le vieux et brave Triskö, gisait donc dans un coin de la cuisine. Roué depuis longtemps aux mauvaises habitudes de son empoisonneuse de fille, il avait fait semblant d’avaler l’algue infecte qu’elle lui avait collé dans la bouche, et la recrachait silencieusement maintenant que tous étaient sortis.
Ce qui lui permit de déprimer à son aise, on comprend aisément pourquoi.

Autrefois maître d’un royaume puissant aux murailles infranchissables, il avait aujourd’hui abandonné ses terres pour se lancer auprès de ses amis dans une folle quête dont il ne sortirait probablement pas vivant. Et, son rajeunissement ayant lamentablement échoué, il en était désormais réduit à se traîner derrière ceux qu’il aimait, véritable boulet pour eux.

A ce point de ses réflexions, Triskö se leva, bien décidé à rejoindre ses compagnons dans la salle principale, pour leur dire adieu et les serrer dans ses bras une dernière fois avant d’aller se pendre dans un coin. En effet, le suicide lui semblait désormais être la seule solution heu… viable, dirons-nous.

C’est donc dans ces bonnes dispositions qu’il ouvrit la porte de la cuisine, et faillit crier le nom de sa fille.

« - NIENN… !!! »

Qu’il faillit, disions-nous donc, crier le nom de sa fille, mais qu’il s’arrêta net, yeux exorbités, bouche ouverte et langue pendante.

« Wouahou ! » dit-il d’un air extasié.
C’est qu’il venait de tomber nez à nez avec le spectacle qu’offrait Alhambra, spectacle sous le charme duquel étaient tombés tous les invités de l’Hibellain, et le baron Balian, maître des lieux, lui-même.

Alhambra, la succube d’Etael, était en effet en train d’appliquer à la lettre le plan dont il rêvait depuis toujours. Une main accrochée à une barre transversale sortie on ne sait d’où, elle se laissait doucement glisser le long du métal, sous l’œil intéressé des convives, tout en battant convulsivement des cils de manière suggestive en direction du maître des lieux, visiblement subjugué.
La salle s’échauffait, les invités semblant avoir totalement oublié le repas… Ce n’était pas le cas des serviteurs du Pacte Secret, qui annoncèrent l’entrée, une «soupe maison», dans l’indifférence générale : Alhambra venait de découvrir sa jambe droite.

L’enroulant autour de la barre, elle colla lentement sa peau contre l’acier, remua lascivement les hanches. Les sifflements et les propos égrillards commencèrent à fuser dans le public égayé. Les femmes présentes elles-mêmes ne pouvaient retenir des chuchotements admiratifs et jaloux.
L’un des seigneurs présents, rendu plus téméraire que les autres par l’absence de sa propre femme, sans doute, se leva brusquement, et, s’approchant vivement de la succube, tenta de lui saisir le bras. Etael l’arrêta d’un coup de poignard discret mais bien placé dont l’homme, plié en deux de douleur, risquait de se souvenir longtemps.

« - Pas pour toi, mon gros. La marchandise est réservée au Baron. »

L’avertissement valut pour tous, tant par respect pour le maître des lieux que par crainte du drôle de cuisinier démoniaque, que tous pensaient mandaté par Balian.

Alhambra découvrit sa jambe gauche, et la tension monta d’un cran.
Nienna tira le malheureux seigneur fraîchement émasculé dans un coin de la pièce afin qu’il ne gâche pas la fête par ses hurlements et, de récent eunuque, le transforma en cadavre tout frais.

Personne dans la salle ne sembla s’en rendre compte. Tous les yeux étaient rivés sur le déhanché d’Alhambra qui, ténébreuse et impudique, se tenait à genoux par terre, les jambes largement écartées. Un doigt dans la bouche, elle laissa échapper un faible gémissement auquel toute la salle répondit par un bruissement émoustillé.
Grâce à un mystère propre à celles de sa race, Alhambra donnait l’impression à chacun des présents qu’elle le regardait dans les yeux, ne se cambrait que pour lui, ne dansait que pour lui plaire.
La succube laissa glisser son doigt humide de ses lèvres vers sa gorge et jusqu’à sa poitrine, révélant celle-ci en un geste à la fois délicat et sauvage. L’étoffe qui la couvrait retomba lentement de part et d’autre de ses jambes. Enadijd, Ishe et Celoviel commencèrent à servir la soupe mortelle préparée par Nienna.

Le plus difficile alors fut d’inciter les convives à boire. Totalement surexcités, ils ne prêtaient plus la moindre attention au dîner pour lequel ils étaient initialement venus. Mais le talent d’Alhambra avait déjà surchauffé la pièce, et il ne fallut qu’un petit coup de pouce de son maître, Etael, pour rendre l’air totalement irrespirable. D’un claquement de doigts, il attisa les flammes de la cheminée, des bougies et des lampes et fit monter la température à un degré presque insupportable.
Dégoulinants de transpiration, les invités se jetèrent alors enfin sur la soupe refroidie et l’avalèrent tous d’une traite.
Tous, sauf le baron d’Hibellain, à qui l’on avait pris bien soin de ne servir qu’un bol d’eau. Le but après tout demeurait de le faire parler.

Toujours accroupie, Alhambra comprit qu’il était temps d’agir. Elle se mit à quatre pattes le dos cambré, les fesses dressées, et rampa en ondulant vers le maître des lieux. Celui-ci, encore surpris par sa bonne fortune, accueillit la succube à bras ouverts, mais avec une certaine raideur… L’air mal à l’aise, un sourire guindé accroché au visage et les doigts crispés sur les accoudoirs de son trône pour se donner une contenance, il respirait bruyamment.
Alhambra monta à califourchon sur ses genoux, remua le bassin de façon suggestive et caressa les mains et les bras de son hôte.

« - Waouh ! Quels muscles ! Quel homme ! » lui souffla-t-elle au creux de l’oreille en prenant un air impressionné.
Ne se sentant plus de joie, Balian émit un ricanement nerveux.
Sûre de son emprise sur le baron, Alhambra attrapa ses mains et les posa sur son corps, les faisant glisser sur sa peau, le long de son dos et de ses hanches. Lorsqu’elle plaça les mains de Balian sur ses seins, on entendit les corps des convives s’affaler sur ou sous les tables, terrassés par le poison. Alhambra détourna l’attention du baron d’Hibellain d’un langoureux baiser, tandis que Celoviel, Oystor et les autres massacraient silencieusement la garde du seigneur conquis.

Ne restait plus, désormais, qu’à questionner Balian sur son implication dans l’enlèvement de l’œil de Zamarta. Un silence de mort était tombé sur la pièce, c’était le cas de le dire, ce qui permit à nos aventuriers de suivre la conversation du « couple ».
Alhambra, tout en continuant à se tortiller et à frotter son corps contre celui du baron, lui lécha l’oreille en guise d’introduction à son interrogatoire.

« - Alors ? La petite surprise vous plait ?
- Oh que oui ! C’est le plus sympathique cadeau d’anniversaire que l’on m’ait fait depuis longtemps !
- … D’anniversaire ? La fête… C’était donc pour ça ?
- Heu… Oui, bien entendu… Ne me dites pas que vous l’ignoriez !
- Du calme, du caaaalme, mon beau prince… dit-elle d’une voix suave et lente, ses mains remontant le long des cuisses du seigneur, bien sûr que oui, je le savais. Je voulais seulement dire que pour vous, anniversaire ou pas, j’aurais tout offert…
- MmMmm… Ah ! Tant de flatteries !… Mon Dieu que c’est bon… (Alhambra sourit) Oh ! Oui ! Encore ! Oooh… Demande-moi ce que tu veux, démone !
- L’œil de Zamarta… laissa tomber la succube d’une voix lourde et glaciale.
- Allons ma douce, je ne puis t’offrir que ce que je possède ! Encore un peu s’il-te-plait… Oui ! Là, c’est bien…
- Ainsi vous ne possédez pas l’œil de Zamarta ? Mais vous semblez en avoir entendu parler pourtant…Quelle déception… Sauriez-vous où le trouver ?
- Ouiii ! Oui oui oui ! Heu… Je… n’en dispose pas, il est en Clark… Chez ce bon vieux Molok…
- En êtes-vous certain ?
- Sûr et certain. L’un de ses… serviteurs en a… parlé à l’un des miens il… n’y a… pas trois jours… Oh oui, ne t’arrête pas !
- Mmm… Intéressant…
- N’est-ce pas ? Oui ! Oui ! Aaah !!… »

Alhambra descendit des genoux de Balian, rajusta ce qui lui restait de vêtements et vint s’incliner légèrement devant Nienna et Etael, qui la félicitèrent chaudement.
Le baron d’Hibellain, exténué et ravi, s’était endormi d’un seul coup et ronflait comme un bienheureux, le nez dans son bol d’eau froide.

« -Goujat ! ne put s’empêcher de s’exclamer Nienna, en passant à côté de lui.
- Bon… Alors si j’ai bien compris, direction les terres de Clark…
- Eh oui… Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ?
- Bon alors… En route ! Il n’y a plus une minute à perdre !
- Heu… Mais… Où est Triskö ? »

Un ronflement sonore vint répondre à la question de Celoviel. Triskö, resté devant la porte de la cuisine, semblait avoir souffert du même mal que le seigneur d’Hibellain et dormait sur ses deux oreilles. Nienna le chatouilla de la pointe de son épée, et il se réveilla en sursaut.

« - Nienna ! Ma fille ! Quel spectacle merveilleux ! »

Un sourire béat s’étala sur ses lèvres. Le vieux Triskö, pour l’heure, avait repris goût à la vie.

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:54

Alors que tous se préparaient à s'en aller, le vieux Triskö restait contre la porte, debout, les pensées encore entièrement plongées dans ce à quoi il venait d'assister.

– J'aime vraiment cet endroit. Pourquoi ne resterions-nous pas ici plus longtemps?proposa le vieux, d'un sourire admiratif et envieux.
– On doit continuer notre route, on a mieux à faire !

Mais Triskö ne lui prêtait aucune attention. Il semblait comme hypnotisé par la succube.

– Au moins on est sûrs que le baron ne se réveillera pas tout de suite... soupira Ishe
– Vous pensez que ça pourra nous être utile de lui dérober ses biens?
- Enad' , on a plus le temps d'y réfléchir. Il faut quitter Hibellain, et pour commencer, quitter cette grande salle et ces cuisines. N'importe qui pourrait entrer à n'importe quel...

Nienna n'eut pas le temps de terminer sa phrase que la porte de la grande salle commençait à s'ouvrir, dans un grincement qui retentissait dans toute la salle , silencieuse après cet empoisonnement collectif.

- Filons ! murmura Etael

Tous quittèrent précipitamment la grande salle; Ishe sortant en dernier pris le soin de refermer derrière lui la porte menant aux cuisines. De l'autre côté de la porte ils entendaient déjà des cris, et l'alerte était sûrement en train d'être donnée au dehors.

– Nous devons établir un plan pour quitter Hibellain avant qu'ils nous découvrent.
- Lors de la dernière attaque des troupes de l'Arlyalc en terres d' Hibellain, je me souviens que la place publique était proche des remparts ouest. C'est par là que mes troupes sont entrées.
– Un petit jeune comme toi, réussir à entrer en Hibellain avec ses troupes?
- Peu importe. reprit Enadijd En plus d'êtres proches, peut-être ne sont-ils pas encore entièrement reconstruits.
De l'autre côté, dans la grande salle, l'agitation et le bruit se faisaient croissants.
- Et pourquoi ne pas ressortir par là où on est entrés? Etael demeurait perplexe.
– Etael ! On ne se souvient même pas par où on est entré dans cette ville immense. Eh puis je ne pense pas qu'ils nous attendent à l'entrée prêts à nous jeter des fleurs après ce que l'ont vient de faire.
- Les entrées sont effectivement surveillées plus que jamais, et les grandes portes sont fermées. intervint la succube
– Dans ce cas nous te suivrons Enad' . Les habits volés aux gardiens du convoi suffiront à nous cacher momentanément, enfin je l'espère, au moins le temps d'atteindre les remparts. J'espère que tu sais ce que tu fais Enad'.

– Madame, du monde arrive derrière la porte. Il faut s'enfuir !
– Allons-y! se précipita Ishe, la main non loin de son épée, si jamais il avait à dégainer.

Tous se ruèrent dehors, sous l'air curieux des passants, dont certains semblaient être au courant de l'alerte donné précédemment. Ils coururent tous ensemble dans la même direction, guidés par Enadijd, qui se rappelait être déjà venu ici. A présent, des gardes semblaient avoir reconnu en eux des intrus, et se lançaient à leurs trousses. Il leur était donc difficile de s'arrêter. Enadijd se rua précipitamment dans une sombre ruelle, et entraîna derrière lui tout le groupe, espérant que les poursuivants ne tourneraient pas. Haletants, ils cessèrent momentanément de courir. Le vieux Triskö s'effondra sur une caisse en bois, épuisé par cette course. Essoufflé, il devait se reposer quelques instants.

- Allez-y, Etael et moi allons rester avec lui. Ne nous attendez pas, dépêchez-vous!
- Mais Ishe, comment trouverez-vous... Il l'interrompit
- J'ai l'impression de connaître moi aussi cet endroit. Je sais où sont les remparts, ou plutôt les restes de remparts, dont parle Enad'. Il s'empressa d'ajouter : Moi aussi j'ai vaincu les défenses de Hibellain un jour.

Mensonge! Ishe connaissait effectivement les lieux pour y être déjà passé, mais n'avait jamais réellement vaincu les défenses du baron. Ishe agissait en pure jalousie envers Enadijd. Il craignait que Nienna adresse au jeune Aryalcien plus d'affection qu'à lui même, ce qui le brûlait de jalousie.

– Allons-y alors ! lanca Nienna. Et se retournant une dernière fois vers Etael et Ishe : Faites attention à vous, et surveillez mon père, je ne suis pas sûre qu'il ne se rende encore compte de ce qu'il passe

A peine eut-elle disparu au fond de la ruelle que deux gardes, apparemment des lanciers, arrivaient à l'autre bout, par là d'où ils venaient tout à l'heure.
Ils fonçaient sur eux, tels des chiens enragés sur une proie.
Etael et Ishe eurent le même réflexe, et après avoir déposé Triskö à l'abri derrière des tonneaux, ils se lancèrent dans le combat, en deux contre deux.

Les lances et les épées se croisaient dans un violent bruit de ferraille, mais personne n'arrivait réellement à porter de coup à ses adversaires pour le moment. Chacun semblait camper sur la défensive.
Cependant, Triskö se relevait, le souffle revenu. Inconscient du danger, il se dirigea vers Etael pour lui demander où était passé la succube. L'un des lanciers leur lança un regard interrogateur. C'est le moment que choisit Ishe pour faire trébucher le lancier, qu'il désarma triomphalement. Ce dernier tentant de se relever, il sentit le poing d' Etael lui tomber dessus. Il retomba évanoui sur le sol.

- Pas très résistants ces «guerriers» !
- On en rira après Ishe. Je te rappelle qu'il en reste encore un ! répliqua Etael, aux prises avec le second lancier, pendant qu' Ishe achevait le premier lancier d'un coup de poignard.

Après un effort combiné, Ishe et Etael obligèrent le second lancier à se rendre. Il laissa tomber son arme, et Ishe lui trancha la gorge, afin qu'il ne puisse signaler leur chemin aux autre gardes.

- Joli coup. Je ne te pensais pas si apte à tuer. Décidément tu me plais bien... pour un ancien.

Ishe eut un petit rire, mais il n'en revenait pas. Etael venait de lui faire un compliment, chose qu'il n'avait jamais faite directement auparavant. Puis tout deux se mirent à courir, avec Triskö sur leur dos, en direction des remparts ouest de la cité.

----------------------------------------


Pendant ce temps là, Nienna, Lutia, Alhambra, Oystor, Celóviel, et Enadijd continuaient leur progression vers les remparts, qu'ils appercevaient au loin. Enadjid ne s'était pas trompé. Les remparts semblaient effondrés, et quitter Hibellain n'était plus qu'une question de temps. Ils continuaient de courir, jetant des regards derrière leurs épaules, esperant chaque fois voir revenir Etael, Ishe et Triskö.
Ils furent cependant stoppés en étant sur le point d'atteindre les remparts, dans lesquels un énorme pan de mur était manquant. La sortie était là. Mais une dizaine d'archers les attendaient.
Ils étaient prêts à tirer à tout moment si nos intrus faisaient un pas de plus.

– Faisons demi-tour, il doit y avoir d'autres sorties.
- J'ai vérifié, mais je crains que ce soit la seule.
- Ahah, ça m'aurait ettonée.
– Il faut donc avancer, non?

Le jeune Aryalcien fit deux pas en avant, mais n'eut pas même le temps de prononcer mot qu'une pluie de flèches sifflait en sa direction.
Il eut à peine le temps de se reculer, mais une flèche lui atteignit le bras.

-Enad'!!!
J'en ai connu bien d'autres. il arracha la flèche de son bras, laissant apparaître une blessure peu profonde, mais à vif.

Celoviel et Oystor lui enroulèrent un tablier autour du bras, au niveau de sa blessure. Le jeune homme en avait effectivement connu bien d'autres. C'était un guerrier redoutable, et surtout très téméraire. Il n'hésitait pas à se lancer à l'assault au risque d'y être blessé.

- Bon, comment on va faire maintenant?
- Madame, j'ai peut-être de quoi vous aider.
- Tes compétences magiques?
- Oui. fit le lutin, tout en acquiesant de la tête. Je pratique le charme du bouclier. Il pourra nous protèger des coups à distances, des flèches par exemple. Mais il ne protège pas des coups au corps à corps.
- Huhuhu, parfait. Les archers n'ont pas d'autre arme. Combien de temps dure ton charme?
– Pas plus d'une minute en général.
- Très bien, nous devons donc les rejoindre rapidement. Tous prêts? Lutia?

Lutia ferma les yeux, et se concentra sur son propre pouvoir. Une vague d'un bleu argenté traversa les environs. Nienna et les autres s'élancèrent.
Les archers tentaient de tirer, mais les flèches retombaient sur le sol, sous l'arc. Ils n'eurent pas le temps de comprendre que voilà nos aventuriers autour d'eux. Avec un peu moins de barbarie que celle d'Etael et Ishe, ils n'eurent aucun mal à se défaire de la dizaine d'archers, qui en raison du charme du bouclier étaient totalement désarmés. Ils les jetèrent tous, assomés, dans les gravats du rempart détruit.

A cet instant, Etael, Ishe et Triskö arrivèrent.
Des sourires s'iluminèrent sur les visages. Mais pas le temps de se réjouir. Tous traversèrent les ruines, et enfin ils eurent quitté Hibellain.

- C'est bon, tout le monde est là?
- Que ceux qui ne sont pas là lèvent la main... C'est bon on dirait.

Certains eurent un petit rire. Mais tous étaient bel et bien là, sains et sauf. Ils se regardèrent quelques instants. Puis Nienna rompit le silence.

- Nous raconterons nos péripéties plus tard. Il faut aller en Clark maintenant.
- Très bien, en route alors.
- Mais quelqu'un sait où se trouvent ses terres au moins?
- Par delà les collines à l'ouest, se trouvent les terres de Clark.
- Parfait Alhambra! Nous devrions trouver un emplacement pour nous reposer en chemin. fit remarquer Nienna

Ils reprirent alors chemin, tous réunis, faisant route encore une fois vers un royaume arès. Cette fois-ci les terres de Clark. Aucun d'entre eux ne savait encore à quoi ressemblait son royaume.

Ce message a été modifié par Ishe: Saturday 03/11/2007 à 11:56


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Ishe, seigneur de Fafur. Dirigeant courageux, sur Nivalis depuis sa découverte.
Stratège Huître


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