Les Protecteurs du Pacte Secret

L'antre mystérieuse des chasseurs du Trésor...
 
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 L'oeil de Zamarta

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Nienna
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:55

Après deux jours et deux nuits de marche à travers les collines verdoyantes de Nivalis, au terme d’un voyage étrangement paisible que ponctuaient des haltes régulières, les Protecteurs posèrent leur premier pied en terre de Clark, vaste contrée désertique bénie par les affres d’un soleil brûlant.

Le sable, chancelant à perte de vue entre feu et lumière, s’enfonçait sous les pas de la troupe ostréïque et faisait un calvère du moindre mètre à parcourir.

Atteindre le fief du ténébreux Molok, de fait, ne serait pas une mince affaire : des dunes arides et infinies servaient de défense naturelle au royaume reculé du Clark. Mais Hestia, le fabuleux et convoité "Oeil de Zamarta", n'avait jamais été si proche ; son pouvoir sommeillait quelque part en ce royaume, prêt à servir la cause de nos guerriers de l'Huître. Aussi fallait-il avancer et payer de sa sueur sa condition de corps.

- Cette chaleur…
- Je n’en peux plus…
- On pourrait faire une pause ?
- Si on s’arrête on ne pourra jamais repartir…
- Un peu d’eau serait tout de même… la… bienvenue…
- Mais ! Vous n’avez pas fini de vous plaindre ?
- Etael… ait pitié de nos carcasses non-démoniaques veux-tu…
- Bon… Nous avons tous – enfin presque – besoin de repos. Et c’est le moment où jamais, je crois, de reprendre des forces avant… l’ultime confrontation… Laissez-moi vous aménager un coin d’ombre : c’est ma spécialité.

Celoviel s’écarta légèrement du groupe. D’un mouvement ample, elle ôta sa cape bleu nuit. Cette dernière, dans son élan, dessina une ombre sur le sable ardent et, tandis que Celoviel, moins d’une seconde plus tard, réajustait sa cape sur ses épaules, l’empreinte obscure, figée par une impénétrable magie, ne disparut pas du sol. L’ombre, au contraire, telle les ailes d'un griffon, se déploya au creux de la dune jusqu’à couvrir une surface assez grande pour accueillir chacun des Protecteurs.

- Je vous en prie mes amis… Venez donc vous mettre à l’ombre…

Alors même qu’aucun corps ne s’interposait entre le soleil et le sol, quand Nienna entra dans ce mystérieux quadrangle d’ombre, les rayons brûlants cessèrent de ronger sa peau. Une fraîcheur véritable, touchante comme un regard bleu, enveloppa son corps ; l’air, telle une manne divine, vint vivifier et nourrir sa gorge sèche. Se laissant tomber sur le sable désormais liquoreux, Nienna poussa un soupir de soulagement aussi profond que sonore.

Passées quelques secondes de circonspection, Enadijd, le vieux Triskö, Oystor et Ishe se ruèrent comme d’un seul homme sur l’espace salvateur créé par Celoviel, et Lutia, après quelques psalmodies, fit jaillir de l’eau de sa baguette magique. Seuls Etael et Alhambra, démoniaques jusqu’au plus profond de leur chair, ne virent pas l’intérêt de fuir les coups de l’astre rougeoyant et regardaient, ourdis, leurs amis s’affaler dans l’air rafraîchi.

- Impressionnant Celoviel… c’est la seconde fois que tu me sauves la vie grâce à… à ce…
- Grâce au Pouvoir de l’Ombre.
- Voilà… grâce à… ça… Merci jeune homme, je te revaudrai ça !

Un échange de regards entre Nienna et Celoviel suffit pour que chacune d’entre elles se dise qu’il faudrait, un jour prochain, songer à lui dire la vérité à ce sujet.

- Ah... Nous approchons de l’Oeil de Zamarta… dans quelques heures, Hestia sera enfin à nos côtés…
- Oui, et quand Etael lui aura tout expliqué, nous pourrons enfin retrouver…
- LES PERLES !

(Silence absorbé)

- Donc, si j'ai bien compris, personne ici ne sait à quoi ressemble le fief de Molok ?
- Non, mais peu importe ! Cette fois, je vous le dis, pas d’infiltration par les cuisines… Nous sommes les PROTECTEURS DU PACTE SECRET ! Pour pénétrer la cité de Molok, il nous faut quelque chose de musclé… quelque chose… de… fort… d’impressionnant… pas de demi-mesure… il nous faut quelque chose… qui fasse son effet…

(Long silence absorbé)

- Et une petite tempête de sable, ça vous irait ?

(Silence subjugué. Tous se retournent.)

- Nalikith !!!!

Ce message a été modifié par Etael: Thursday 08/11/2007 à 13:51


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Seigneur Etael, fléau d'Elil-Galas,
Défenseur des traîtres, criminels et autres opprimés de Nivalis,
Amateur de torture et réjouissances futiles en tout genre,
Diplomate égoïste du Pacte Secret de l'Huître Majestueuse.


Dernière édition par Nienna le Mer 23 Avr - 19:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:55

- Et une petite tempête de sable, ça vous irait ?

Silence subjugué. Tous se retournent.

- Nalikith !!!!

Il est vrai que toutes ces aventures nous avaient sorti de l'esprit les péripéties volatiles de l'élémental de l'air du Pacte, depuis, en fait, l'entrée sur les terres dépravées d'Hibellain. Après le dantesque affrontement entre les Protecteurs et de biens infâmes liches il avait disparu, à nouveau, en ce qui devenait ma foi une bien fâcheuse habitude. Pourtant malgré cette absence toute matérielle, Nalikith n’avait eu cesse de tourner autour de ses compagnons de voyage, les observant, curieux de tout.

Il avait assisté, un brin stupéfait, un brin écoeuré aussi, à la machination sordide visant à endormir tous les braves participants au banquet. Obtenir des informations nécessitait-il vraiment d’empêcher tant de personnes de se nourrir ? Incompréhension totale du jeune élémental. Il avait même failli alors se matérialiser pour poser la question à Nienna avant que la gêne, de façon étrange, ne l’en empêche. La confiance qu’il avait en elle, totalement naïve et aveugle il faut bien l’avouer, lui suffisait à repousser les ombres de ses interrogations.

Et il faisait face à nouveau aux protecteurs, surpris de sa réapparition pour certains, ou, peut-être, de sa proposition. Il était rare en effet qu’il prenne la moindre initiative, préférant de loin suivre le mouvement que l’initier. A croire que la compagnie de certaines personnalités avait eu sur Nalikith de bien étranges incidences, mais il avait ressenti un plaisir certain à ainsi soigner son arrivée. L’air sec, chargé de poussières, était pour lui une vraie bénédiction. Ainsi, pour la première fois, il quittait cette teinte bleutée pour arborer une robe orangée, chatoyante et aux reflets délicats et changeants. Il en eut un sourire satisfait malgré lui.

- Oui... Me voici de retour parmi vous !

Il avait mis plus d’enthousiasme que nécessaire dans ses propos mais... cela lui permettait de masquer le reste de gêne occupant son esprit.

- Et pour la tempête ?

Pragmatisme d’Etael oblige. Le sourire de l’élémental s’accentua fortement.

- Et bien mon cher ami... en cela tout dépends de... toi ?

Son retour, même bref, dans les cieux, au royaume des vents, avait affiné son esprit. Suffisamment du moins pour parfois lui permettre de taquiner un peu ses compagnons.

- Si tu crois pouvoir rendre l’air plus sec encore sur plusieurs lieux... je devrais sans mal pouvoir provoquer un joli simoun...

Il marqua un silence, regrettant pour le coup de ne pouvoir physiquement appuyer ses mots d’un clin d’oeil.

- ... mais je comprendrais que l’effort te soit trop intense...

Perversité toute nouvelle chez lui il avait donné à ses mots un accent de compassion tout bonnement insupportable.

- Maître...

La succube, tout comme les autres protecteurs, semblait attendre une réponse d’Etael. De façon étonnante ce dernier demeurait immobile, les yeux dans le vague et Nalikith remarque des regards lourds de reproches venant de Celoviel et Nienna. Pourtant, ne leur en déplaise à tous, le démon avait bien apporté une réponse. La chaleur écrasante s’était encore accentuée depuis quelques instants et cela allait toujours croissant. Les protecteurs, fourbus, n’en ressentaient guère encore les effets, protégés par la magie de la travestie mais...

- Satisfait ?

Toujours aussi impassible malgré la fournaise Etael avait relevé le défi en silence. Nalikith eut un rire cristallin tout en tournant autour de lui.

- Oui oui ! C’est parfait !

Les derniers événements lui avaient permis de mieux appréhender ses limites. Il savait désormais qu’au risque de disparaître, il ne pouvait déchaîner les vents tout en protégeant ses compagnons de leurs effets. Ils devraient seuls s’occuper d’eux même. Se tournant, toujours voletant, vers Ishe et Enadijd - Triskö risquant pour sa part de s’envoler si jamais lui venait à l’esprit de s’opposer aux vents - il eut un nouveau rire tout en réapparaissant derrière eux. D’un souffle il secoua les étoffes de leurs vêtements respectifs.

- Si j’étais vous je découperais tout ça pour vous faire des masques... ça va souffler fort dans le coin...

- Mais...

- Ça marche !

Enadijd et son insouciance, Ishe et sa tempérance... mais les doutes sont bien aisés à faire disparaître des esprits quand on sait jouer sur les bonnes cordes. Ainsi...

- Pense à la cheffeuh Ishe... dans le sable... toussant...

Un silence.

- Compte sur moi Nali.

Et voila. Une résolution toute nouvelle en quelques mots simples. L’élémental s’écarta doucement du groupe.

- L’effort que cela va me demander sera sans doute colossal... et je ne sais pas si je pourrais aussitôt me...

Il chercha le mot quelques courts instants.

- ... rematérialiser ?

Nalikith n’attendit pas les réactions et disparu aussitôt, mélangeant l’essence de son être avec l’air chaud environnant. Tout, toujours, est question d’équilibre... et ce dans toute chose. Il suffit de perturber, de modifier, une des composantes de l’alchimie pour obtenir de terribles résultats. La première bourrasque, sèche et violente, prit par surprise les protecteurs, la seconde, attendue, n’en fut pas moins plus violente encore, venant fouetter les visages et mordre les chairs. Ce n’était pourtant que prémices aux déchaînements à venir.

- Avançons !

- Facile à dire...

- Tais toi papa... ça t’évitera de manger du sable !

Le sable en effet venait tourbillonner autour des aventuriers, pris dans la furie des vents. La tempête était lancée, de façon irrémédiable. Il sembla à Nalikith percevoir au loin, aux abords de sa zone d’influence, quelques présences humaines mais... il n’était plus temps désormais de s’en soucier. Une fois encore il devait au premier plan s’inquiéter de sa propre survie... le vent, comme le feu, pouvait bien faire disparaître ceux qu’ils aidaient quelques instants auparavant. Chaque don porte aussi en lui une malédiction...


--------------------
Nalikith de Shenirisha,

Chevaucheur des vents et voyageur des cieux

Les quatre Vents ont ri dans le ciel du matin
Puis leur humeur étant changeante, une querelle
S'est élevée entre eux. Et la femme autour d'elle
Vit s'abattre en riant le courroux du destin.

_________________
Dame Nienna,
Tyran des forêts de Saralindë
Cheffe vénérée du Pacte secret de l'Huître Majestueuse
... Mais les vents me sont moins qu'à vous redoutables: je plie, et ne romps pas...
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:56

Repliée sur elle même, recroquevillée même, la jeune femme ne sentait plus le temps passer. Des heures, des jours peut-être qu'elle avait été capturée et jetée en cage par ces salauds de prophètes. Ces derniers, venant de la lointaine Ekarys, semblaient, doucement, faire leur apparition en Nivalis, bien loin de leurs terres d'origine. Et les prêtresses carmines, ses supérieures, ces vieilles mégères stupides et frustrées l'avaient envoyé elle pour enquêter sur le phénomène. Peut-être aurait-elle du lui préciser que ces types étaient des malades notoires. A peine s'était-elle approchée d'eux que des symboles étranges, gravés à même les murs, s'étaient illuminés, l'enfermant dans un cercle de puissance que ses flammes n'avaient même pas pu égratigner. Terrible sensation d'impuissance.

Et depuis, jetée en cages, subissant la loi des esclavagistes prophètes, pour des protecteurs de la liberté ils pourront repasser les bougres, elle se voyait trimballer jusqu'à ce royaume à l'air lourd et infect qui lui irritait les yeux et la peau. Ses geôliers n'avaient même pas eu la délicatesse de lui donner une quelconque couverture pour la protéger des assauts du sable, ils n’avaient pas eu la même retenue avec ses propres vêtements, guère plus que des lambeaux désormais. Elle ferma les yeux, chassant des images dont elle ne souhaitait pas se rappeler et les rouvrit, brûlant de haine et de colère, tentant de réveiller en elle des flammes suffisantes pour brûler les alentours et ces enfoirés. En vain.

- ... Merde...

Rien, pas même la moindre flammèche, ses barreaux ridicules entravant totalement le déploiement de son don. Et rien... rien ne l’avait préparé à un tel dénuement, à une telle impuissance. Depuis toujours la conviction seule de pouvoir, par les flammes, décider de sa propre mort lui avait octroyé un certain sentiment d’impunité, la sensation enivrante d’avoir la main mise sur son propre destin. Et se voir ainsi confronter à une réalité sur laquelle elle n’avait aucune prise la rendait folle de rage. Elle se gardait bien de le montrer, bien sur, tant ses gardes avaient la baguette et le revers de la main faciles. Mais...

- Où allons nous ?

Une espèce de brute, dont la tenue blanche immaculée ne cachait en rien la médiocrité ni la bêtise se tourna vers elle, un air mauvais sur le visage.

- Ferme la toi. Tu verras bien quand on y sera.

Charmant.

- Vous me referiez la même avec le sourire ?

Provocation pas si inutile, si le colosse avait la mauvaise idée de briser l’enfermement des barreaux... ses pouvoirs en seraient libérés et...

- Me prends pas pour un con femme...

Et, passant son bâton par les espaces entre les barres, il lui asséna un violent coup. Suffisant pour arracher à Firan un gémissement de douleur. La douleur cuisante qu’elle ressentait, venant se rajouter de façon brutale à son humiliation lui firent serrer les dents. Jamais... jamais elle ne pardonnerait ça.

- C’est quoi ce merdier ?

La pointe d’angoisse qu’elle ressentit dans la voix du garde lui fit relever la tête. Au loin, opaque et menaçant, se dressait une véritable muraille de poussières, une tempête de sable sans doute, sortie de nulle part. D’après la violence terrible des vents qui venaient les frapper... elle se dirigeait sans nul doute par ici. Firan eut un sourire amusé tandis que les premières bourrasques, déjà, venaient à leurs rencontres.

- Bah alors les gars... on avait pas prévu de prendre l’air sans doute ?

Il ne fallait pas être savant pour connaître l’immense danger que pouvait représenter pareil phénomène pour la caravane d’esclavagiste et la prêtresse carmine vit approcher avec une jubilation sadique totale les murs de sable.

- ... Qu’ils aillent tous crever ces charognes...

Les vents les entouraient désormais, faisant balancer les chariots sous sa violence et forçant les membres de l’escouade prophétique à se jeter au sol pour échapper au sable mordant. Dans sa prison Firan tentait, de son mieux, de couvrir son corps déjà meurtri par les coups lorsqu’une bourrasque, bien plus violente encore que les précédentes, souleva littéralement la chariote, la renversant sur le côté, brisant les montants de bois des barreaux de Firan. Catapultée violemment sur le sable, passablement étourdie, la jeune femme ne pu que rouler sur le côté pour éviter d’être écraser.

Aussitôt ce fut comme si son sang, à nouveau, circulait en son corps, comme si, provoquant par là une douleur aigue dans chacun de ses membres, la vie revenait en son corps avec violence. Elle eut un spasme violent, le pouvoir revenant en elle par vagues destructrices, la brisant littéralement. Protégée en partie des vents par la roulotte renversée elle poussa un cri terrible tandis que les flammes parcouraient son corps sans qu’elle puisse les maîtriser. Avec un dernier gémissement elle se recroquevilla à nouveau sur elle même, calmant doucement les douleurs de son âme et de son corps.

- Et... toi... rerentre là dedans...

Firan leva deux yeux emplis de flammes et de colère vers le garde qui venait de lui adresser la parole. La grosse brute de toute à l’heure. Portant la main à son visage meurtri par le coup Firan eut un sourire mauvais.

- Je crois pas que tu sois en position de m’imposer quoi que ce soit mon gros...

Aidée par les vents elle fit courir le feu jusqu’au sinistre individu, embrasant aussitôt ses vêtements, puis sa peau. Elle le vit avec délectation s’effondrer à terre, tandis que les vents attisaient sans fin la chaleur des flammes, hurler d’horreur tandis que sa chaire elle même fondait sous les assauts du brasier avant que finalement ses cris s’éteignent. Un soupir et elle se redressa, ses longs cheveux roux flottant dans l’air, lui donnant un air sauvage.

- Il est temps d’y aller...

Avant que les vents ne s’abattent sur eux, lui rendant un bien étrange et bienvenue service, il lui semblait avoir entraperçu une ville non loin, ou du moins quelques habitations. Les bras croisés sur son torse, marchant péniblement dans la tempête environnante, Firan, pas après pas, s’avança vers l’inconnu. Advienne que pourra.


--------------------
Firan d'Olerrassa,
Prêtresse de Pouillasture.
Adepte du Culte de la Flamme carmine.
"Notre ombre n'éteint pas le feu."


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:56

Des heures qu'ils avaient marché, sans parler, avec la plus grande difficulté, dans cette tempête effroyable. Des heures, ou peut-être beaucoup moins... Mais les efforts que fournissait la Sylvanienne pour avancer, sans être douloureux, étaient franchement pénibles, et avaient allongé le temps de beaucoup à ses yeux.
Nalikith avait fait du bon boulot - du trop bon boulot, presque. L'air était si dense, l'atmosphère était si étouffante et progresser si difficile qu'au moindre pas il lui semblait que, en dépit du bon sens, elle essayait de traverser un mur. Sans compter que, de peur qu'une si petite créature ne résiste pas à l'impact aérien, et s'envole à la première bourrasque, Nienna s'était chargée de Lutia, qu'elle avait accrochée contre son ventre, presque roulée en boule pour échapper aux gifles mordantes et sèches auxquelles elles faisaient face. Triskö, lui, avait été pris en charge par Ishe et Oystor, qui le soutenaient tant bien que mal.
Et dire qu'ils étaient au coeur du cyclone, et ne subissait pas le quart du déchaînement des vents !

Des heures, donc, semblait-il, qu'ils marchaient difficilement en direction des terres de Molok. Lorsqu'enfin, sans s'en être tout-à-fait rendu compte, en regardant autour d'eux ils s'aperçurent que, sans le moindre doute possible, ils étaient arrivés à destination. Des tours, des habitations, des drapeaux, visibles à travers le sable lorsqu'ils se risquaient à écarter légèrement les paupières. La tempête de leur ami élémental avait largement rempli son office, et, sans même se faire remarquer, ils étaient entrés par les portes principales, que nul ne semblait avoir ne serait-ce que tenté de maintenir fermées. Et c'est avec stupéfaction qu'un à un, en tournant la tête mais toujours en silence, les protecteurs du Pacte secret s'aperçurent de la réussite de leur plan. Aussi poursuivirent-ils leur route avec plus de volonté encore qu'auparavant. Le but était vraiment proche, cette fois, de plus en plus proche. Nalikith, qui s'était également rendu compte de leur arrivée en territoire ennemi, avait fait redoubler ses vents de force autour du petit groupe, tandis que ses compagnons redoublaient de prudence. La tempête, plus que jamais, les protégeait, mais ce n'était pas le moment de flancher ou de se faire repérer de quelque manière que ce soit.

Cependant, au plaisir mêlé de hargne que créait en eux leur avancée s'associa bientôt un sentiment moins vivifiant.

Des tours. Des habitations. Des drapeaux...


... Mais le vide. Personne dans les rues. Le sable, encore et toujours, et pas la moindre trace d'une source. Végétation inexistante, bien entendu, ce qui donnait à Nienna un sentiment de malaise terriblement pesant, une sensation dont elle ne pouvait se défaire, elle, Sylvanienne jusqu'au bout des ongles, qui ne vivait que de la nature. Ici ses pouvoirs de métamorphe ne serviraient à rien : prendre une apparence végétale ne pourrait certes pas la cacher dans ce désert aride.

Le paysage était si désolé qu'il serrait le coeur rien qu'à le regarder. Pour un peu, Nienna aurait pleuré de voir un royaume si laid, si triste et si mal décoré.
Et plus ils progressaient, plus l'étau se resserrait autour de sa gorge. De l'eau, il lui fallait de l'eau, des arbres, de la verdure, là, maintenant, tout de suite, ou elle étoufferait, non réellement à cause de la chaleur, mais bien à cause de cette absence pesante... Cette absence pesante de... vie...

Mortes, oui, voilà ce qu'étaient les terres de Clark. Mais pas de cette mort, paisible et douce, de celui ou celle qui, tranquillement va rejoindre ses ancêtres au terme d'une vie bien remplie, non. Ici tout respirait l'angoisse, le vertige, le malheur et le désespoir. Tout était desséché, tortueux, torturé, cassant. La bourrasque même, emmenée par Nalikith, résonnait dans ce décor comme une longue plainte lugubre, qui déchirait les oreilles et l'âme de la Sylvanienne. Elle ne parvenait même plus à sentir une trace joyeuse de l'élémental autour d'elle.

Solitude aussi. La désolation ne rencontrait ici pas la moindre pointe d'affection ou de joie, qui aurait rendu supportable l'enfer dans lequel ils étaient. Ses compagnons même lui manquaient, bien qu'ils fussent tout à côté d'elle. Ne pas les voir à cause de la tempête et du sable qu'elle soulevait rendait Nienna nerveuse, inquiète. Et s'ils avaient disparu, happés par le souffle chaud et sec ? S'ils s'étaient fait tuer en silence par quelque monstre résidant en ces lieux terrifiants ?
Prise d'un grand frisson, elle resserrait alors son étreinte autour de Lutia. La sentir bien vivante, collée contre son corps, la rassurait. La pauvre petite lutine ne semblait pourtant pas dans un meilleur état que sa maîtresse. Tremblant de la tête aux pieds malgré la chaleur, il semblait à Nienna qu'elle aussi ressentait profondément le mal qui régnait en ces lieux, et qu'il la terrifiait. Elle résistait pourtant courageusement et, agrippée à la Sylvanienne, semblait vouloir lui prouver par la force de ses petits poings serrés qu'elle avait bien fait de l'emmener avec elle, et qu'elle ne lui ferait pas regretter son choix par une attitude lâche ou enfantine.


Enfin, au terme de plusieurs longues minutes de marche, la Sylvanienne percuta un mur de pierres. Se couvrant les paupières de sa main, elle les ouvrit doucement. Parcourant des yeux et des doigts les roches noires, comme calcinées, qui composaient la forteresse, Nienna n'eut plus aucun doute. Ils y étaient. Ils y étaient ! Ces murs, elle les reconnaissait pour les avoir maintes fois rencontrés au cours de batailles, perdues ou gagnées. C'était ceux de la forteresse de Molok, celle dans laquelle il vivait, celle dans laquelle il devait avoir caché l'oeil de Zamarta...

Retenant un cri de joie, elle chuchota dans l'air en espérant que Nalikith l'entende et la comprenne:

"Stop Nali ! On est arrivés ! Arrête de souffler si fort, il faut qu'on pénètre dans le château !"

Elle sentit la présence de l'élémental autour d'elle, comme s'il essayait de lui répondre quelque chose avec ses mots aériens... Quelque chose qu'elle ne comprit pas... Mais qu'elle aurait dû comprendre, sans doute, car à ce moment précis la tempête redoubla.
Quelque chose n'allait pas, Nienna le sentait confusément même si elle n'aurait pas su dire quoi.

"Nali, arrête cette tempête !" dit-elle à voix haute, en espérant que le son de sa voix serait couvert par le mugissement assourdissant du vent. Mais cette fois, l'écho de l'air sifflant contre les parois seul lui répondit. Et la tempête continua de plus belle.

Craignant pour elle et pour ses amis un danger imminent, et de nature encore inconnue, Nienna raffermit sa poigne autour du petit corps de Lutia, et avança à tâtons le long du mur. Incapable de voir ses autres compagnons de voyage, elle était sur le point de se résoudre à crier à Nalikith de faire cesser la tempête, malgré le risque qu'ils auraient alors pris de se faire repérer. Tout, en cet instant, lui semblait préférable à cette attente angoissante, dont elle ne savait ni quelle en était la raison, ni quand elle finirait.
Mais, alors qu'elle allait ouvrir la bouche, une nouvelle fois, malgré le sable qui ne manquerait pas de s'y engoufrer, la tempête se calma subitement.

"Ah ! Enfin ! Merci Nali ! J'ai cru qu'on n'en sortirait jamais !" dit-elle en se frottant les yeux et en crachant du sable. Nalikith ne répondit pas. Bien qu'inquiète par habitude quant à son sort, c'était déjà la troisième fois qu'il disparaissait, et il avait lui-même prévu des difficultés à se rematérialiser après l'effort. Tout ceci était donc probablement normal, pensa-t-elle en époussetant ses vêtements. Elle décrocha Lutia avec peine de sa taille, les petits poings de la lutine étant restés crispés tout le long du trajet. Elle sourit en croisant le regard courageux et plein de défi de sa petite cuisinière.

"Ma pauvre Lutia... Les cuisines de Saralindë ne t'avaient pas préparée à ça, pas vrai ?" lui dit-elle tout bas.

Et tandis que la lutine restait muette et que ses yeux se remplissaient de larmes dues à la fatigue autant qu'à la nervosité, Nienna lui sourit tendrement et lui caressa la tête.

"Merci, Lutia, de t'être comportée de cette manière exemplaire. Tu verras, ce ne sera plus long maintenant. Nous sommes devant la tour qui nous intéresse, les goêles sont dans ces sous-sols si mes espions ne se sont pas trompés !" Elle haussa légèrement la voix. "Compagnons ! En avant ! Pour l'huître !"

Mais le silence seul, et un vent glacial répondirent à son injonction. Elle se retourna enfin.

"Non ?..."

Un spectacle très différent de celui qu'elle espérait voir l'attendait. Elle comprit soudain pourquoi Nalikith avait soufflé plus fort à l'approche du donjon, et devina ce qu'il avait essayé de lui dire: ils avaient été repérés, malgré la tempête. Et aucun de ses compagnons, Lutia exceptée, ne se trouvait plus à ses côtés. Elle supposa que l'élémental les avait séparés consciemment, peut-être pour leur donner plus de chances de s'en sortir. Parce que, oui, elle songea soudain à une évidence qui, jusque là, ne lui avait pas traversé l'esprit : ce n'était pas le tout d'entrer en Clark et de sauver Hestia... Il allait aussi falloir en sortir... Vivants, de préférence, et tous ensemble.

Or, la situation lui sembla très délicate tout-à-coup... N'était-ce pas trois d'entre eux qu'elle pouvait voir au loin, aux prises avec des gardes des lieux ? Le cri qu'elle venait d'entendre, un peu plus bas, mais dans la direction opposée... N'était-ce pas Alhambra ? Ou peut-être Celoviel ? Ou encore le jeune Enadijd, à la voix si fluette ? Et là, encore, un peu plus à droite, ces deux silhouettes qui couraient vers elle en criant, qui était-ce ? Vers qui se tourner, qui aider dans l'immédiat, qui en avait besoin, et ne serait-il pas plus utile d'infiltrer la tour noire là, maintenant, tant que les portes étaient libres et les gardes occupés avec un nombre restreint des intrus qu'ils étaient ? Ne sachant que faire, Nienna prit son parti d'attendre les deux personnes qui couraient vers elle. Si c'était deux gardes, elle n'en ferait qu'une bouchée, elle n'était pas à cela près. Si c'était des amis, ils pourraient aviser ensemble. Clignant plusieurs fois des yeux dans l'espoir d'y voir plus clair malgré le sable et la poussière toujours transportés par les restes de la tempête, elle attendait, l'épée à la main, lorsque Lutia hurla dans son dos.
L'un des gardes était arrivé par derrière, espérant la prendre par surprise et la décapiter vite fait, bien fait. Mais sa grande taille l'avait empêché de voir Lutia, sur qui il venait de marcher. La surprise de la sentinelle lui fit baisser sa garde un instant, instant que Nienna mit à profit pour lui trancher une jambe. Son cri de douleur attira d'autres gardes, qui se mirent à courir dans leur direction. Nienna acheva le monstre, et tira vivement Lutia de sous sa jambe coupée, avant qu'il ne s'effondre sur elle. Ensemble, le coeur battant, elles coururent le long des remparts de la tour, passant devant deux portes avant de décider finalement de s'engouffrer dans la tour par une troisième ouverture, plutôt basse de plafond. Là, au moins, ces gardes répugnants ne pourraient pas les suivre.

Leur soulagement, naturellement, ne fut que de courte durée. La pièce dans laquelle elle venait d'entrer s'obscurcit alors que la porte se refermait.

"Mademoiselle... J'ai peur... Je n'y vois plus rien ! Où sommes-nous ? Que se passe-t-il ?"

Nienna, nyctalope grâce aux gènes elfiques noires qu'elle tenait de sa mère, distinguait sans trop de mal les lieux qui les entouraient.

"- Ne crains rien, Lutia. Nous sommes tombées dans une sorte de couloir... Un long, très long couloir apparemment... Et pour ce que je peux en voir... Nous y sommes seules...
- Alors qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ?
- *soupir* Nous n'avons pas le choix, Lutia... Il nous faut avancer..."

Peu rassurées sur leur condition, mais plus inquiètes encore pour celle de leurs amis, les deux Sylvaniennes commencèrent à avancer, en silence, la mort dans l'âme.
Où pouvaient bien être les autres ? Que faisaient-ils ? Etaient-ils toujours vivants ?

Ce message a été modifié par Nienna: Monday 03/12/2007 à 01:53


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"... Mais les vents me sont moins qu'à vous redoutables: je plie, et ne romps pas..."

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:56

- Maître attention !

Etael plongea de justesse ; la lame aiguisée de l’un des soldats de Clark lui pourlécha la chevelure. Une mèche laiteuse tomba lascivement sur le sol.

- Etael !, hurla Ishe, aux prises avec trois gardes de la ville. Ce ne serait pas le moment d’utiliser ton… pouvoir de feu ?? Un Bastion machin chose ? Une pluie de flammes ? N’importe quoi ?!

Etael se releva péniblement et para avec faiblesse le coup d’un de ses assaillants.

- …Non… désolé…ce n'est pas... le moment... maintenir… une température si élevée… pour la tempête… je… je ne peux plus… je ne peux plus…

Et de fait, Etael, vidé de ses pouvoirs, et affaibli par les tourmentes de la tempête elle-même, pouvait à peine parler. Il allait donc falloir se passer, pour un temps, de chaude ambiance.

- N’ayez crainte maître. Je vous protégerai.

Alhambra combattait fièrement, avec vélocité, allégresse et puissance. Des vagues de soldats s’écrasaient contre ses griffes. A deux pas derrière elle, Etael, adossé lourdement à un mur, tentait tant bien que mal de reprendre des forces. Il observait sa guerrière faire passer de vie à trépas tous ceux qui, à force de dagues, de haches ou d’épées, prétendaient l’injurier. Créature démoniaque plus divine en ses courbes que des rivières de lave, elle répandait les viscères et arrachait les yeux avec une légèreté d’oiseau.

Mais Ishe, aussi redoutable fusse-t-il à l’arme blanche, était à présent en mauvaise posture. Acculé, il était entouré de huit gardes prêts à bondir à tout instant. Sans doute aurait-il le temps de pourfendre trois d’entre eux avant d’être lui-même vaincu… Mais mourir dans cette cité morbide, occis par des gardes sans honneur ni égards, n’était pas digne du seigneur de Fafur… Non, les choses ne pouvaient pas finir ainsi… Jetant un bref regard par dessus ses ennemis, il aperçut au loin Triskö et Oystor qui couraient en direction de la forteresse. Que faisait Nienna ? Où était Enadijd ? Céloviel allait-elle surgir, et l’arracher à ce cauchemar grâce au pouvoir de l’Ombre ? Alhambra, trop occupée, elle, à arracher des têtes, ne serait vraisemblablement pas en mesure de le sauver… Alors il faudrait mourir ici…

Les gardes, prudemment, approchaient… Ishe vit le soleil se refléter dans le casque de l’un d’entre eux… Sans doute, pour lui, le dernier des rayons… Ishe se préparait à mourir.

Et il fut ébloui. Une lumière plus forte encore que l'aube l'obligea à fermer les yeux. Il entendit comme une bourrasque, et des cris de douleur. Lorsqu’il ouvrit à nouveau les yeux, ses agresseurs avaient disparu en un nuage de cendre. Son premier réflexe fut de se tourner, victorieux, vers le fléau d’Elil-Galas qui venait très certainement de lui sauver la vie. Mais celui-ci, toujours sous le coup de l’épuisement, était encore appuyé contre son mur, le regard vide, haletant. Ishe distingua alors une ombre à travers le nuage de cendre qui peu à peu se dissipait. Une forme humaine apparut. Une silhouette féminine se dessina. Et une voix se fit entendre.

- Eh bien… On était en mauvaise posture ?

Ce fut une apparition. Une jeune fille radieuse, dont les cheveux roux vifs coulaient avec nonchalance sur une onéreuse poitrine, lui faisait face, la bouche marquée par l’arc d’un grand sourire et le regard plein de sous-entendus. Visiblement excitée par une situation pourtant peu plaisante , elle faisait courir avec une dextérité surnaturelle une ribambelle de flammèches sur chacun de ses doigts.

- Alors ? Que t’arrive-t-il ? Ne reste pas planté là ! Il y a encore tout un tas de gardes à carboniser ! Bouge tes petites fesses jeune homme !


* *
*


A quelques pas de là, Etael et Alhambra, affairés, n’avaient pas remarqué le surgissement salvateur de cette mystérieuse créature. Le seigneur d’Elil-Galas avait repris quelque force et se battait à présent aux côtés de sa succube. Suivant le rythme d'une harmonie parfaite, lancé dans un funeste tango qui répandait la mort à chaque pas, le couple démoniaque, fondu en un seul corps, semblait ourlé d’une lumière sanguine.

Mais, subitement, comme si la musique qui portait leur union venait de s’arrêter, leur danse se stoppa net. Alhambra, angélique, renversa la tête en arrière. Les yeux d’Etael, stupéfiés, descendirent le long de la gorge blême de la succube et rencontrèrent la cause de ce finale inattendu : un fer de mithrill venait de traverser sa fatale partenaire.

Un garde laissé pour mort avait frappé Alhambra en plein dos et l’épée rubiconde, émergeant de la poitrine de celle-ci, bravait sans retenue le désespoir du démon. Le regard d’Alhambra s'étrangla dans une houle de stupeur. Un rugissement infernal déchira la cité.

Ishe et la mystérieuse inconnue, un peu plus loin, le sang glacé par cet hurlement d'outre-tombe, cessèrent le combat et se retournèrent lentement.

Ils virent le visage d'Etael tomber, ses yeux disparaitre et son corps écarlate, s'effaçant dans un déluge de lumière, perdre sa forme humaine. Et moins d'une seconde plus tard, c'est un Effrit gigantesque qui, flamboyant, hurlait près du corps sans vie de la parfaite Alhambra.

Ce message a été modifié par Etael: Thursday 06/12/2007 à 12:55


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Seigneur Etael, fléau d'Elil-Galas,
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:57

Posté par Enadijd :

Pendant ce temps, quelque part en Clark, Enadijd déambulait, repérant sa position aux vues de… non, ne repérant pas sa position… Il titubait, emmitouflé dans une cape qui battait selon les caprices de cette violente tempête de sable.


- Patch !

- Aïe !


La figure cachée derrière sa capuche, le jeune seigneur venait de faire, comme on dit en Aryalc, une « bise amicale » au mur, grande fierté en Clark ! (En effet, il est assez difficile de trouver des pierres en plein désert, mais ceci est une autre histoire…) Et quel mur ! Il se dressait sur plusieurs mètres de haut, fièrement, et semblait délimiter les frontières de ce royaume hostile. Plutôt rugueux, légèrement crépi, ou plutôt grandement décrépi, il avait pris de surprise notre héros qui manifestement, ne s’attendait pas à voir une telle prouesse architecturale, qui plus est dans ces contrées arides ! C’est donc en la longeant qu’il continua sa route, toujours protégé par un épais drap blanc, enfin, d’un blanc sable. Il arrivait à peine à mettre un pied devant l’autre, avançait d’un pas et reculait de deux, tellement les vents étaient forts.

Au prix d’un grand effort, il parvint à pénétrer dans la cité isolée. La tempête semblait moins forte, légèrement moins agressive. C’est ce moment que choisit Enadijd pour admirer les lieux, et (encore !) trouver une merveille architecturale dont il se ferait un plaisir de décrire à ses camarades Mineurs. Il passa une main chaude dans ses cheveux clairs, enlevant par la même son couvre-chef quelques brefs instant, juste le temps pour lui de commenter l’allure générale des bâtisses.


- C’est comme en Aryalc, mais en beaucoup, mais alors beaucoup plus laid…

C’est dans cet état d’esprit que l’Adolescent continuait de visiter la cité touristique Clarkienne, où justement, les touristes se comptaient sur les doigts d’une main, ou plutôt sur la coquille d’une Huître. En parlant de fruit de mer, où étaient donc passés les Protecteurs du Pacte Secret ? Enadijd semblait s’en laver les mains, préférant une ballade tranquille à la recherche de l’œuf de Zamagdor… ou quelque chose dans le style. C’est d’ailleurs en continuant cette promenade qu’il tomba nez à nez, ou plutôt nez à buste avec un soldat du Clark, moment d’intense douleur pour les naseaux du jeune homme, qui, d’ailleurs, ne manqua pas de le faire savoir.

- Si je connaissais les débiles qui empilent les murs les uns sur les autres, je leur parlerais du pays !

Puis, tirant le bout de tissu qui lui couvrait le visage, il put admirer toute la classe et l’élégance des officiers cette cité pour le moins étrange.

- Hum, qu’est-ce qu’il fout là, lui ?
- …

L’homme ( ?) en armure semblait fort peu bavard, laissant tout le loisir à Enadijd de continuer son discours.


- Oh hé ! Ya quelqu’un là-dedans ?

Peu loquasse étaient les soldats en cette ville, et l’Aryalcien continua sa ballade sans se soucier de quoi de que ce soit. Tout à coup, l’armure se mit à grincer, se retournant lentement en direction du jeune seigneur. D’un pas lourd, elle se mit à courir.

- Ils sont vraiment forts ici, ils arrivent même à faire bouger des bouts de tôle !

C’est sur ces mots qu’Enadijd entama une course folle sur les murailles du Clark.


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:57

Le chaos, encore une fois, avait fait son chemin, même jusqu'en ces terres déshéritées, la cohue, l'affrontement entre ces inconnus et les gardes de Clark, tout cela mettait Firan dans un état d'excitation total. Même les yeux fermés elle sentait croître en elle les flammes, les sentait enfler démesurément avant de se calmer un instant pour mieux reprendre. Les assaillants, à peine une poignée, affrontaient dans un combat désespéré les gardes de cette enflure de Molok... elle aurait tout le temps de lui faire payer plus tard sa promptitude à laisser des cargaisons d'esclaves traverser ses terres...

L'ambiance était en tout cas explosive, malgré elle des flammes venaient naître sur le bout de ses doigts, preuve qu'elle ne maîtrisait plus vraiment l'exaltation qui était sienne. Deux des courageux suicidaires, dont l'un avait une aura pour le moins étrange, se trouvait non loin d'elle, en bien fâcheuses postures. Elle eut un sourire mauvais, appréciant toujours de voir autrui souffrir, résidu palpable de ses tendances carmines... Ils savaient certes se battre... mais savaient-ils mourir ?

- Allez... embrasez vous une dernière fois !

Presque une supplique, le dernier chant d’une vie est une symphonie dont la jeune femme ne se lassait guère. Mais une main, rugueuse, brutale, venant s’abattre sur son épaule, la tira de cet état d’extase.

- Qu’est ce que tu fais là la grognasse ?

Les flammes envahirent jusqu’aux yeux de la jeune prêtresse tandis qu’elle se retournait pour faire face au garde qui, sans qu’elle s’en rende compte, avait pu la prendre par surprise. Ce dernier avait un sourire équivoque, ses intentions claires comme de l’eau de roche... il faut dire que la tenue, pour le moins inexistante, de Firan, laissait deviner une bonne partie de ses formes généreuses. Elle posa la main sur le plastron de l’homme, son sourire s’accentua, et elle relâcha les flammes avec une violence peu commune.

- Grognasse hein ? Va te faire cuire ailleurs pauvre tâche...

Il ne restait de l’homme qu’un cadavre carbonisé, à peine reconnaissable, fumant encore sur le sol poussiéreux de Clark. Mais sa colère, enfin déployée, avait besoin d’autres exutoires pour se calmer. Tant pis pour les deux fous qu’elle sauverait de la mort... elle devait se défouler et avait en face d’elle suffisamment de cibles, de proies devrait-elle plutôt dire, pour calmer toutes ses ardeurs. Ses deux bras ne devinrent que brasiers, menaçant un instant de la submerger... et elle ressentit, une seconde seulement, la chaleur infernale qui pulsait sur ses membres.

- Allons... dansez mes flammes... dansez... et que Pouillasture récupère l’âme de ces sots...

Le premier, qui semblait sur le point d’achever un des deux intrus, n’eut pas le comprendre la nature de l’attaque. S’infiltrant par tous les orifices de l’armure les flammes le rongèrent, ne lui laissant comme seul souvenir qu’une horrible et indicible douleur. Du pied elle percuta l’armure, l’envoyant valser comme un fétu de paille sur un autre des gardes du coin. Ce dernier, d’un saut sur le côté, un sourire malsain sur les lèvres, esquiva l’attaque sans mal.

- Catin... tu vas payer de ta vie cette intrusion...

Firan tourna la tête vers lui, faisant tournoyer dans le mouvement sa longue chevelure rousse.

- Vraiment ? Je crois que tu n'as pas tout compris à la vie toi...

Et son ton était aussi froid que ses flammes était ardentes. L’homme se jeta sur elle, l’épée en avant, elle relâcha sur lui toute la frustration de ces derniers jours, le plongeant dans un brasier si intense qu’à l’instant où il aurait du s’abattre sur la jeune femme... ne demeurait de lui qu’un tas de cendres qui s’éparpillèrent aux vents. Aux autres maintenant, elle s’avança vers un homme à terre.

- Eh bien… On était en mauvaise posture ?

Firan ne pu s’empêcher de rire devant la figure déconfite de l’être face à elle, un jeune ancien apparemment, et l’autre... se devait être une sorte de démon... à en juger du moins par la succube qui l’accompagnait. Ma foi... Un groupe intéressant ! Elle eut un rire joyeux, contrastant étrangement avec le contexte actuel et, d’un ton impératif.

- Alors ? Que t’arrive-t-il ? Ne reste pas planté là ! Il y a encore tout un tas de gardes à carboniser ! Bouge tes petites fesses jeune homme !

Elle lui tendit la main, et, avec une poigne surprenante et un regard résolu, il la saisit, se redressant l’épée à la main.

- Allons-y...

- Quand même !

Il trancha un nouvel assaillant tandis qu’elle lançait ses flammes sur un second dans le même temps. Finalement la journée qui avait commencé de façon si morose promettait d’être somptueuse si elle parvenait à survivre à ce massacre... et son compagnon ne se débrouillait pas trop mal. De plus en plus intéressant. Elle... s’arrêta net. Derrière eux, à une vingtaine de mètres, un cri qu’elle avait déjà croisé dans les tréfonds des temples carmins, venait de retentir. Elle se retourna, lentement, les traits crispés. Le démon, plus loin, reprenait lentement sa vraie nature... et d’après le dégagement intense de chaleur... d’après les flammes qui, avec une violence terrible, envahissaient les lieux...

- Et toi !

La jeune femme interpella son infortuné compagnon d’armes. Mais ce dernier, ébahi, horrifié, restait à contempler, immobile, la transformation démoniaque. Elle lui colla une claque magistrale, suffisante du moins pour lui rougir durablement la joue et, surtout, pour lui faire reprendre ses esprits.

- Vous voyagez avec un effrit ?!

- Je... Je... ne sais pas...

Firan ouvrit de grands yeux, un instant à son tour muette de stupeur.

- Mais mais... Vous êtes les plus grands inconscients que cette terre ait jamais pu porté !

Et, qualifiant le petit groupe de « bande de crétins finis » elle partit en courant vers l’incarnation de feu qu’était devenu le démon. Ses lèvres se plissèrent, il n’était peut-être pas trop tard... peut-être... Une fois encore les flammes se déployèrent, intenses, formant un mur presque solide, et vinrent entourer la créature libérée. Firan puisait au plus profond de ses réserves d’énergie, consciente que laisser l’effrit en vie signifiait juste, pour chacun d’entre eux, une mort des plus certaines.

La flammes luttèrent contre les flammes tandis que les bras dressés, en nage, la sueur coulant à flots sur son corps tandis qu’elle ressentait, plus vivement que jamais, la chaleur. Pourtant elle devait tenir... il était hors de question de crever ici... certainement pas... elle avait encore beaucoup à faire... bien des gens à rencontrer, à retrouver... la colère la gagna à son tour et, couvrant un instant le rugissement de la bête, elle poussa un cri terrible.

- FERME LA !

Les flammes redoublèrent d’intensité, venant littéralement bloquer l’effrit, surpris. Elle soupira... dès qu’il serait calme, elle relâcherait son étreinte d’ici là...

- Poussez vous !

Elle s’écarta par reflexe pour laisser passer le jeune ancien. Triste erreur, car, alors qu’il la dépassait, elle vit ce qu’il tenait en ses mains et un cri mourut dans sa gorge... Non...

- Je viens te sauver Etael ! Tiens bon mon ami !

Et sans réfléchit aux conséquences de son acte, il jeta un seau d’eau fraîche sur le démon à peine maîtrisé. La jeune prêtresse eut murmure horrifié.

- Crétin...

Le contact de l’eau fut une véritable torture pour l’effrit qui, en un instant, retrouvant toute sa colère, toute son énergie, la décuplant même, se libéra de l’étreinte de la prêtresse carmine. Sa liberté retrouvée il semblait plus dangereux que jamais. Firan était à genoux, exténuée par l’effort accompli en vain, le moral pour une fois en berne.

- Là...

Elle fixait des yeux l'imposante créature des flammes, ne pouvant se détacher de la vision de sa propre mort.

- ... on est pas dans la merde...


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Firan d'Olerrassa,
Prêtresse de Pouillasture.
Adepte du Culte de la Flamme carmine.
"Notre ombre n'éteint pas le feu."


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:58

Nienna et Lutia progressaient prudemment dans le couloir humide. La lutine aurait bien voulu utiliser sa baguette pour éclairer un peu les lieux, mais Nienna l'en avait dissuadée : elle-même voyait parfaitement dans le noir, et il était préférable de ne pas se faire remarquer. Qui, en effet, savait ce qui se cachait dans les alcôves, les sombres recoins, au détour des murs de pierre ? Prenant son mal en patience, la peur au ventre et se sentant totalement inutile, Lutia était donc remontée sur le dos de sa maîtresse et se contentait de lui agripper le cou dans le silence le plus total, tâchant de ne pas même respirer trop fort, scrutant désespérément l'obscurité, la joue collée contre l'épaule de Nienna. Celle-ci avançait avec une agilité étonnante, écartant les toiles d'araignées, enjambant les éboulis et tuant les rats et autres créatures nuisibles qui passaient à leur portée. De temps à autre, elle apercevait une porte, sur leur droite, semblable à celle qu'elles-mêmes avaient empruntée, ou un escalier latéral, sur leur gauche. Ne sachant où aller et de peur de se perdre dans les trop tortueux dédales, elle avait pris son parti de continuer tout droit.
Or, pour une obscure raison, il advint que bientôt, le couloir commence à rétrécir. Les murs se rapprochaient plus étroitement tandis que le plafond s'abaissait. Ne pouvant plus faire un pas du fait de sa trop haute taille, la Sylvanienne proposa à Lutia d'éclairer le bout de ce qui était désormais un tunnel. Trop heureuse de pouvoir enfin se servir de sa baguette et d'être sollicitée pour une importante mission, la lutine fit de la lumière, et progressa plus avant, là où Nienna ne pouvait aller. Celle-ci la suivit des yeux avec inquiétude, en la voyant s'enfoncer toujours plus loin, et finalement disparaitre. Elle entendit un cri strident, une explosion et vit Lutia revenir en courant.

"- Que s'est-il passé ?? Tu t'es fait attaquer ?
- Non, Mademoiselle... Il n'y a rien à craindre, mais rien à voir non plus à cet endroit... C'est un mouroir qui dégage une odeur immonde, un charnier... On aurait dit le fond d'un puits... Et dedans... Dedans... Il y a plein de cadavres, Mademoiselle... dit Lutia en réprimant un frisson, le teint très pâle, sur le point de vomir. Et je pense que certains d'entre eux ne sont pas tout-à-fait morts... Ou alors ce sont des fantômes : J'ai entendu des gémissements, des bruits bizarres, de chaînes, des cliquetis...
- Charmant... Les prisons de Molok sans doute... Où l'endroit plutôt où il met ses prisonniers lorsqu'ils ne lui servent plus... Ou les gens dont il veut se débarasser ? Hum... Il faudra faire attention à ne pas nous y retrouver... Et donc ? L'un d'eux t'a attaquée ?"
La lutine rougit un peu.
"- Non, Mademoiselle...
- Mais, je t'ai entendu te servir de magie, que s'est-il passé ?!
- ... Un rat..." dit-elle d'une toute petite voix, honteuse.
Nienna rit en silence.
N'ayant d'autre alternative, elles décidèrent de rebrousser chemin.

Au bout de quelques temps, elles retrouvèrent, sur leur droite désormais, un grand escalier aperçu auparavant. Nienna décida d'y tenter leur chance.

D'abord extrêmement raide et droit, au bout d'une dizaine de marches l'escalier se mettait à tourner en colimaçon. Et plus elle montait, plus elle y voyait clair, bien qu'aucune fenêtre ou meurtrière ne laissât passer la lumière du jour.
De même, à certains tournants, les bruits de la bataille qu'elle devinait faire rage dehors lui parvenaient.
Nienna, parfois, levait les yeux pour évaluer la distance qui restait à parcourir, puis soupirait, résignée. La volée de marches semblait devoir ne jamais prendre fin. Mais, contre toute attente, quelques pas à peine après son dernier coup d'oeil vers le haut, la Sylvanienne se cogna lourdement le crâne contre le plafond. A son juron de douleur répondit un couinement suraigu. Lutia, qui avait relevé la tête suite au cri de sa maîtresse, venait de se cogner également. Pourtant, lorsque, après avoir fait quelques pas en arrière, elles relevèrent la tête à nouveau, l'escalier, égal à lui-même, tourbillonait toujours en direction de l'infini.
Nienna grogna.
"- Qu'est-ce qu'il se passe encore ?!
- Hum... Si je puis me permettre, Mademoiselle, dit Lutia en montant debout sur les épaules de sa maîtresse et en tendant la main vers le haut, je pense qu'il s'agit d'une illusion, probablement destinée à décourager les curieux... L'escalier s'arrête bien là, et notre tête a percuté le plafond...
- Mais... Je ne comprends pas... Nous avons à peine avancé ! La tour devrait être bien plus haute !
- Peut-être est-ce une sorte de... premier étage ?
- Alors l'escalier ne peut pas déboucher là, sur rien."
Nienna remonta prudemment les dernières marches et tâtonna le long des murs, à la recherche d'une trappe, d'un levier... D'une issue... Lutia passait toujours ses mains le long du plafond lorsqu'elle s'écria:
"- Là ! Il y a une ouverture !
- Vraiment ? dit Nienna en levant les bras vers l'endroit que Lutia indiquait. Oh ! Mais c'est minuscule ! Lutia, j'ai à peine de quoi y passer la tête !
- Mais moi je peux y passer toute entière ! Soulevez-moi !"
Nienna hésita. Elles ne savaient rien de ce qui se trouvait derrière ce drôle de plafond... Mais la curiosité était trop forte, et ses amis se battaient dehors, pour qu'elles puissent progresser. Il fallait trouver Hestia.
"- D'accord. Allez, tu es prête ?
- Oui !
- Accroche-toi ! Un ! Deux ! Troooois !"
Tandis que Nienna tenait la lutine à bout de bras et poussait sur ses petits pieds, celle-ci s'était accrochée à deux mains à l'ouverture et y passa d'abord la tête.
"Qu'il fait noir ici !"
Elle posa un coude sur le rebord du trou, attrappa sa baguette de l'autre main et en fit jaillir de petites étincelles, qui bientôt formèrent un halo bleuté et diffus à son extrêmité. Lutia regarda autour d'elle. Rien, ni personne, apparemment. Elle avait débouché dans une pièce minuscule et toute noire, très haute de plafond. Levant la baguette un peu plus haut, elle aperçut une pierre angulaire qui dépassait bizarrement de la muraille. Il y en avait de semblables en Saralindë... là, justement, où étaient cachés des secrets inavouables dans des pièces obscures. Elle sortit tout-à-fait du trou et alla déplacer la pierre avec l'aide de sa baguette. Un pan de mur entier disparut sous ses yeux, lui arrachant un cri.
"- Lutia ! Tout va bien ?
- Oui... Oui, Mademoiselle !
- Que se passe-t-il ?
- Le mur a disparu ! Et à la place il y a... Une grande porte de bois à double battants !
- Eh bien ! Ouvre-la ! Prudemment, hein ?
- Oui oui... D'accord...
- ... Alors ? Que vois-tu ?
- Heu... Je ne sais pas trop, il fait très sombre... Ma baguette n'éclaire pas beaucoup mais... On dirait... Une grande chambre... Ou une salle de bal... Il y a de très hautes fenêtres et des armures... Un trône, on dirait... Avec des dorures... Et... Oh ! Nous sommes dans une armoire !
- Ahah ! Quelle chance ! Nous avons probablement découvert un passage secret ! Sans doute des vestiges de l'époque de Duryan... Je suis sûre que ce faux-plafond qui me coince peut bouger... La roche est lisse, je suis sûre qu'elle peut coulisser, d'une manière ou d'une autre... Pas de trappe, de levier, de statuette amovible, de pompon de rideau sur lequel on pourrait tirer ?
- Je vais voir Mademoiselle. Je reviens vite. Ne bougez pas surtout !
- Ahah. Très drôle..."

Lutia glissa donc tout son petit corps par l'ouverture des portes de bois, sortit entièrement de "l'armoire" et fit le tour de la pièce, regardant chaque détail avec attention. Sa petite taille lui permit rapidement de découvrir trois molettes cachées sous le trône. Elle tourna la première. Celle-ci se bloqua avec un petit "clac!" et une volée de flêches balaya la salle de long en large, n'épargant que l'estrade sur laquelle se trouvait le trône. Sorties de meurtrières de l'un des côtés, elles atterrirent dans les meurtrières situées en face, de l'autre côté de la pièce. Celles-ci se refermèrent lentement sur les flèches, laissant la pièce dans le silence, aussi nette que si rien ne s'était passé.
Peu rassurée, Lutia tourna la deuxième molette en se cachant derrière le trône. Elle entendit un roulement provenir de l'armoire et vit avec soulagement Nienna en sortir en moins de deux minutes.
"- Bien joué, Lutia ! Où as-tu trouvé le mécanisme ?
- Ici ! J'ai tourné la première molette aussi... Elle déclenche une volée de flèches. La troisième, par contre...
- Chut ! Tu n'entends pas des bruits de pas ?
- Heu...
- Eteinds ta baguette, vite !"
Lutia eut à peine le temps de s'exécuter que, déjà, des hommes en armes pénétraient dans la salle. Les deux Sylvaniennes se cachèrent aussi vite que possible derrière le trône. Les hommes armés, incertains, s'étaient arrêtés à la porte.


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:59

Ainsi fallait-il courir. Encore. Comme si avancer dans la tempête n'avait pas été suffisant !
Oystor, son vieux frère d'armes, tirait Triskö par le bras. Ah parce qu'en plus, il fallait se dépêcher !
Le vieux Triskö aperçut sa fille au loin, qui se battait avec un monstre géant d'au moins cinquante centimètres de haut... Ah, non. Ça, c'était Lutia... Il décida tout de même d'entraîner Oystor dans cette direction.
Ses vieux yeux ne voyaient plus très bien, mais il lui semblait que derrière Nienna se profilait une ombre gigantesque. Il s'arrêta net pour essayer de distinguer ce qu'il en était malgré la poussière qui n'arrangeait rien, mais Oystor le tira à nouveau par le bras.

"- On n'a pas le temps de traînasser !
- Mais ! Attends un peu ! Je crois que Nienna et sa cuisinière se font attaquer !
- Justement pauvre idiot ! On pourrait aller les aider !
- Ah oui tiens !"

Mais le temps qu'ils arrivent sur place, Nienna et Lutia étaient parties, deux gardes sur leurs talons, et un autre garde, très grand celui-là, était avachi par terre, baignant dans son sang. Triskö, pour fêter ça, s'assit sur un rocher et essora ses gants, pleins de sueur.

"- Aaah ! Ça fait du bien de se reposer un peu !
- Mais debout ! Debout triple andouille !!
- Pourquoi ? Notre fille est hors de danger et tout va bien !
- Et les deux Zarkas qui arrivent, là, ils vont bien aussi ?"

Triskö se retourna. Deux énormes serpents des sables s'approchaient dangereusement, le venin luisant au bout de leurs dents pointues.
"- Hum... Laisse-moi user de mon charme légendaire ! Tu sais que les Zarkas sont en majorité des femelles !
- Arrête de délirer et abrite-nous plutôt sous ton bouclier !"

Caché derrière le bouclier, Triskö commença à chanter une chanson d'amour à l'un des serpents, tandis qu'Oystor, exaspéré, sortait une algue gluante aux reflets rouge sombre de sa poche. Il la brandit dans son poing, psalmodia une mélopée d'une voix grave et basse, puis cracha sur l'algue et la chiffonna dans sa main, bras tendu vers le haut. Aussitôt, la colonie d'insectes fluorescents qui composait un halo protecteur autour de lui et lui permettait de léviter se concentra en grouillant autour de son poing et de l'algue rouge. Il fit tourner son bras et la lança sur l'une des deux Zarkas. Le végétal atterrit sur le corps du serpent des sables et s'y colla.

Aussitôt, le halo d'insectes grouillants d'Oystor suivit l'algue et, se ruant sur le serpent des sables, le recouvrit totalement. En moins d'une minute, ils grignotèrent la peau et les viscères du monstre, puis rejoignirent le bras d'Oystor, ne laissant derrière elles qu'une plaque fumante et visqueuse. Oystor se tourna vers la deuxième Zarka, prêt à utiliser un autre sort, mais à sa grande stupéfaction, Triskö l'en empêcha.
"- Inutile ! Je maîtrise la situation !
- Bon maintenant ça suffit ! Pousse-toi de l...
- Mais enfin ! Tu n'as qu'à regarder !! Regarde-la !"

Oystor jeta un rapide coup d'oeil à la Zarka femelle. Celle-ci, docile, ne bougeait plus. Ses yeux mi-clos semblaient prêts à se fermer. Petit à petit, son corps s'enroulait autour de lui-même. Elle posa la tête sur le sol, sa langue siffla une dernière fois, et elle s'endormit.
Très impressionné, Oystor balbutia :

"- Je ne savais pas que tu pratiquais encore l'hypnose... Ni que ça fonctionnait aussi sur les monstres...
- En fait, ça ne fonctionne même QUE sur les monstres... répondit Triskö, satisfait, les mains sur les hanches. Et, oui, c'est assez efficace...
- Est-ce que c'est efficace aussi contre ça ?"

Une dizaine de gardes courait vers eux. Triskö soupira, lassé. Pour une fois qu'il aurait pu faire son intéressant...

"- Peuh ! Malheureusement non ! Là, notre meilleure défense, c'est l'attaque !"

Triskö poussa un cri strident qui fit sursauter Oystor.
" SUS A L'ENNEMIIIII !!!"
Le serpent des sables, immédiatement, se réveilla. Ses yeux étaient redevenus des fentes, sa langue sifflait avec fureur et son corps frétillait plus que jamais.
"Espèce de dingue ! Tu l'as réveillée !"
Il n'eut pas le temps de plus invectiver Triskö que la Zarka, déjà, se jetait sur ce dernier avec rage. Ouvrant la gueule en grand, elle happa le vieux Triskö, qui ne fut bientôt plus qu'un souvenir dans son ventre gargouillant.
Oystor, bouche bée, resta les bras ballants. Jamais même dans ses pires cauchemars il n'avait envisagé que son vieil ami connaîtrait une telle fin. Jamais, d'ailleurs, il n'avait sérieusement envisagé que Triskö pouvait mourir. Ils avaient survécu à tant de choses ensemble ! Et ils étaient arrivés à un âge si avancé...

Alors que la froide réalité le pénétrait jusqu'aux os, il se rendit compte que les gardes avaient commencé à le frapper. Aussitôt, le halo d'insectes phosphorescents autour de lui se regroupa là où l'ennemi le frappait, le protégeant de l'impact et rongeant la lame adverse par la même occasion. Oystor, encore trop abasourdi, les laissait faire sans trop broncher. Mais bientôt, le nombre des opposants vint à bout des concentrations d'insectes et leur aide ne fut plus suffisante, le nombre de coups porté étant trop élevé pour que tous soient parés. Et le vieil humain s'était déjà fait poignarder au bras et dans le dos sans réagir lorsqu'une musique très douce le sortit de sa torpeur. La mélodie, qui semblait provenir d'une petite flûte invisible, égrénait doucement ses notes. La Zarka semblait l'entendre aussi, car à peine le son était-il parvenu à son oreille qu'elle commença à s'agiter. Son agitation se fit de plus en plus vive tandis que les assaillants d'Oystor tentaient de venir à bout de lui.
La Zarka semblait devenue folle. Elle siffla, la langue entre les dents, les anneaux du bout de sa queue s'enroulant et se déroulant en frappant le sol avec violence. Puis, tandis que la mélodie martelait avec insistance une note suraiguë, la Zarka chargea les gardes et, en un rien de temps, en mordit plusieurs, en avala deux ou trois, asphyxia les autres en les serrant dans ses anneaux.

Oystor crut voir également sa dernière heure arriver lorsque le serpent se tourna vers lui et le fixa de ses yeux perçants. Mais, contre toute attente, sa fureur sembla retomber d'un coup, aussi vite qu'elle était apparue. La musique venait de s'arrêter.
Le monstre ouvrit la gueule en grand et, après quelques hoquets, vomit une étrange chrysalide, autour de laquelle elle s'enroula avec des sifflements affectueux.
La chrysalide se débattit, arrachant la substance blanchâtre qui la retenait prisonnière. Un bras émergea de celle-ci, au bout duquel une main, crispée, tenait une petite flûte. Une voix surgit aussitôt des anneaux enserrés : celle de Triskö.
"- Merci ma belle, merci pour votre aide ! Bien ! Auriez-vous à présent l'obligeance de me reposer au sol, le temps que je me démaillote ?"

La Zarka siffla tendrement, et déroula ses anneaux, libérant le vieux seigneur, qui faisait son possible pour se débarasser de son cocon, et de la bave collante qui y était attachée.
"Dis, tu pourrais pas m'aider un peu ?! jeta Triskö à un Oystor qui n'en revenait toujours pas.
- Heu... Oui, bien sûr... Faisons vite, d'autres gardes arrivent... dit Oystor en taillant la substance blanche à coups de dague.
- Ne t'en fais pas ! J'en fais mon affaire..."

Triskö porta la petite flûte à ses lèvres et lui fit émettre quelques notes de son son cristallin.
Aussitôt la Zarka se rua sur les gardes qui arrivaient. Les plus téméraires finirent mâchouillés et expédiés au fond du ventre du monstre, les autres reculèrent sagement et se tinrent à distance respectable.

Sous l'escorte du serpent des sables, Triskö et Oystor arrivèrent sans encombre au niveau des portes au pied de la tour dont l'une avait été emprûntée par Nienna et Lutia. Ils s'y engoufrèrent au hasard, puis marchèrent à l'aveuglette dans le long couloir obscur. Après avoir tourné un certain temps, un escalier faiblement éclairé attira leur attention. Comme il était très large et semblait déboucher "quelque part", d'après Triskö, et surtout puisqu'enfin ils pouvaient y voir un peu plus clair, ils décidèrent d'y monter. L'ascension promettait d'être longue.
Aussi Oystor, toujours intrigué par ce retournement de situation qui avait transformé en quelques minutes son vieil ami inutile en valeureux héros, se décida-t-il malgré sa fierté à questionner Triskö.

"- Dis-moi... La Zarka, tout-à-l'heure... Tu as fait exprès de la réveiller ?
- Ah non !
- Tu as donc eu une chance monstrueuse, c'est tout... Rassure-moi...
- Mmm... Oui et non..." Triskö semblait réfléchir. "En fait, il était évident qu'elle agirait comme cela...
- C'est-à-dire ?
- Le charme agit encore quelques minutes après le réveil hypnotique...
- Elle a essayé de te manger..."
Devant l'air dubitatif d'Oystor, Triskö sourit, magnanime.
"- Tout le monde sait bien que les Zarkas couvent leurs petits dans leurs bouches ! Je pensais que ce serait évident pour toi ! C'est la qu'elle m'a caché...
- Oui enfin... Ce qui me surprend surtout c'est ce regain d'ingéniosité de ta part... Et encore, dans ton cas, on pourrait même parler de gain plus que de regain..."

Triskö sourit d'un air rêveur. Il était déjà ailleurs. Puis il adressa un large et bon sourire à son frère d'armes et lui dit, rigolard.

"Que veux-tu ! Il fallait t'en douter ! On n'arrive pas à mon âge par hasard quand on est un guerrier !"

Ils montèrent encore un peu et traversèrent un faux-plafond presque sans s'en rendre compte. Alors qu'ils se hissaient dans une pièce toute noire, le ventre de Triskö émit un gargouillement magistral. Il poussa un gros soupir et d'une voix laconique déclara :

" J'ai faim"

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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 18:59

"Apportez les flambeaux !"
Des esclaves, entravés par de lourdes chaînes, s'empressèrent, portant des torches. Les gardes les jetèrent à l'intérieur de la salle et, constatant que rien ne se passait, ils entrèrent à leur tour. Tandis que les esclaves allaient installer les torches le long des murs de la salle, pour l'éclairer, les gardes avançaient. Lorsqu'ils furent arrivés au milieu de la salle, Nienna chuchota :
"- Les flèches ! Vite !
- A votre gauche ! La première molette !"
Nienna tira l'une des molettes à l'extrêmité des trois. La volée de flèches attendue ne fit pas son apparition, mais, de manière imperceptible, les armures qui ornaient la pièce se mirent à remuer. Elles se placèrent silencieusement à l'arrière du groupe de gardes et les frappèrent de leurs différentes armes. Une rangée de gardes s'affaissa avec un râle de douleur. Les autres se retournèrent, prêts à en découdre et une bataille sanglante s'engagea entre eux.
"- Tiens, c'est drôle, tu n'avais pas parlé de flèches ?
- Si... Vous êtes sûre d'avoir tourné la bonne molette ?
- La première, oui...
- En partant de la gauche ?
- Ah ben non, de la droite !
- Hum... Peut-être qu'on devrait tenter quand même la molette dont je parlais... On serait plus vite débarassées de nos ennemis ! Et puis... Ces armures ne s'attaquent pas à nous !"
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les traits mortels fusèrent d'un bout à l'autre de la muraille, transperçant tous les combattants encore sur place... Ceux faits de chair et d'os, du moins.
"Allons-y ! Fuyons !"
Mais, dès qu'elles descendirent de l'estrade où reposait le trône, les "gardes" en armures, d'un même mouvement lent et mécanique, se tournèrent tous vers elles et s'en approchèrent.
"- Oh oh... On est mal...
- Que fait-on Mademoiselle ?
- Remonte sur l'estrade, Lutia. Ils ne semblent pas s'attaquer à ceux qui commandent le trône ! Et jette-leur des sorts !"

Nienna, l'épée à la main, s'élança courageusement contre le premier garde. Elle le frappa de toutes ses forces et il tomba à terre, sous le choc. Néanmoins, elle ne lui avait pas fait la plus petite entaille, et il ne lui fallut que quelques instants pour se relever. Pendant ce temps, Nienna s'attaquait à un deuxième garde. Avec aussi peu de succès...
Le seul avantage certain dont elle disposait était la rapidité : les armures de ses opposants étaient si lourdes qu'elle pouvait parer sans mal les coups trop lents qu'ils lui portaient. Mais, comme mues par un intellect commun, les armures portaient leurs coups de manière à l'encercler. Le tout était d'éviter cela, et de les tenir éloignées de Lutia.

Celle-ci, d'ailleurs, était de peu d'aide. La plupart de ses sorts fonctionnait à partir des éléments, et nécessitait de la matière, ce dont elle ne disposait pas présentement. Elle tâcha d'envisager toutes les solutions. Faire rouiller les armures avec de l'eau ? Trop long. Les faire fondre avec du feu ? Demandait beaucoup trop d'énergie. Impossible d'agir sur leur mental, ils semblaient n'en posséder aucun. Elle avait seulement réussi à en mettre un hors d'état de nuire en lui jetant un sort qui ricocha à l'intérieur de son armure, ce qui sembla le rendre fou. Il tourna sur lui-même, désorienté, et bientôt tomba sur le sol, entraînant une autre armure dans sa chûte. Rendue folle par le sort qui ricochait toujours en elle, la première armure s'attaqua à la deuxième, qui riposta, laissant Nienna tranquille.

Cette dernière tentait de désarticuler ses assaillants en les frappant aux coudes et aux genoux - elle en avait d'ailleurs désarmé un et se battait maintenant avec son épée et une dague - mais cela ne semblait pas très concluant. Elle ne s'en sortait qu'en courant en tous sens autour d'eux, et à ce petit jeu, elle serait probablement fatiguée avant eux. La seule issue devenait une évidence :

"Lutia ! Il faut fuir !"

Mais à ces simples mots, comme s'ils pouvaient les comprendre, les gardes en armure formèrent une haie infranchissable entre la lutine et sa maîtresse, et donc entre la lutine et la porte de la salle. Debout les uns à côté des autres, ils lui coupaient tout espoir de retraite. Lutia profita de leur immobilisme passager pour psalmodier une incantation en direction des lustres pendus au plafond, au-dessus des armures vivantes. Un flot d'étincelles jaillit de sa baguette et deux lustres se décrochèrent et vinrent s'écraser avec fracas sur leurs ennemis. Cinq en tout furent ainsi mis hors d'état de nuire, incapable de bouger sous ces poids largement supérieurs aux leurs. N'en restait plus qu'un, qui tournait en tout sens, semblant ignorer quelle attitude adopter. Cela laissa à Nienna le temps de souffler un peu, un genou à terre.

Mais tandis que, exténuée, elle tentait de calmer son pouls, un coup fatal la rappela à la sinistre réalité. Un cri atroce, déchirant, vint lui lacérer les tympans et le coeur. Lutia en tomba à terre en gémissant, les mains plaquées sur les oreilles. Et lorsque ce cri se tranforma en un grondement sourd, mugissant comme une explosion de lave, la lutine, de la terreur dans les yeux, demanda d'un air suppliant à sa maîtresse, comme en quête d'une réponse rassurante :

"Mais quel genre de monstre peut pousser un cri pareil ?"

La réponse, Nienna la connaissait, et elle n'avait rien de rassurant. La bouche ouverte sur un inaudible gémissement, muette d'incompréhension, ou de trop de vérité qu'elle ne voulait voir en face, la Sylvanienne baissa sa garde et, tous ses muscles se relâchant, son épée lui glissa lentement des mains et vint s'écraser sur le sol avec un bruit cristallin.

"Mademoiselle ! Vous pensez que Molok a envoyé un horrible monstre sur vos amis ? Sont-ils en danger ? Ne vous inquiétez pas, je suis sûre qu'ils s'en sortiront !"

Les yeux de Nienna s'emplirent de larmes. Ses sanglots ravalés lui brisaient la voix.

"Non... Lutia..." Elle déglutit avec peine, la gorge sèche. "Ce n'est pas exactement ça..."

Le hurlement qui venait de terroriser la cité entière, elle l'avait déjà entendu. Une fois. Un jour qui avait laissé un goût particulièrement amer dans son histoire avec Etael, et avait marqué le début d'une longue défiance, des années plus tôt. Un rugissement funèbre qu'elle espérait ne plus jamais devoir entendre de sa vie. Le lien entre son vieil ami et elle n'avait pas été tout à fait brisé, et elle avait senti le désespoir du démon résonner au fond de son propre coeur. Et si Etael était désespéré au point d'en arriver à cette... transformation... Ce ne pouvait être que pour une seule raison.

Celoviel était morte. Sa Celoviel, sa douce amie de toujours, sa soeur d'âme. Qu'avait-elle fait ? C'est elle, en faisant découvrir l'Huître Majestueuse à ses amis, qui les avait attirés là-dedans. C'était sa faute si aujourd'hui Etael pleurait si fort son défunt amour que la ville entière devait en crouler sous les flammes. Elle se demanda de manière saugrenue combien de temps il faudrait à Etael pour dévaster aussi la tour... Et elle ? Mourrait-elle brûlée ? Ou asphyxiée ? Hestia aussi, enfermée quelque part, serait tuée, peut-être écrasée par quelque pierre... On la retrouverait sous les décombres et alors, pour tous, ce serait clair... Tout ceci n'aurait servi à rien...

C'était terminé. A quoi bon se battre encore ? Elle ne put que discerner des bruits de pas et des cris, Lutia qui déviait, depuis combien de temps ? les coups que le dernier garde en armure essayait de lui porter. La hache de son opposant la frôlait, s'écrasant tantôt à sa gauche, tantôt à sa droite, au gré des efforts de la petite magicienne. Au bout de la salle, en haut des escaliers, Nienna entrevoyait entre ses cils humides des hommes en armes aux couleurs de Clark qui montaient en courant vers la salle où elles étaient, probablement attirés par le bruit causé par leur combat. Lutia criait, lui criait de revenir vers l'estrade. A quoi bon ? Qu'elle meure maintenant, ou plus tard, et sous les coups de tel ou tel ennemi, qu'est-ce que cela changerait ?

Un sursaut de rage, néanmoins, l'anima un dernier instant. Elle récupéra son épée et, sautant en rugissant sur l'armure qui tentait de la frapper de ses coups mécaniques, lui assena un coup violent qui fit tomber sa hache. Vive comme l'éclair, Nienna la ramassa, et, en hurlant comme une furie, courut vers la dizaine de gardes clarkiens qui montait les escaliers. Quand elle eut pris assez d'élan et se trouva à portée de leurs tirs, elle fit tournoyer son bras et balança la hache dans le groupe de toutes ses forces. Celle-ci blessa deux gardes et se ficha dans le coeur d'un troisième, qui s'effondra en arrière sous l'impact, emportant deux archers avec lui.

Une fureur nouvelle lui revenant, elle s'apprêtait à se lancer à corps perdu dans cette nouvelle et dernière bataille, mais n'eut que le temps d'entendre Lutia crier : "Mademoiselle ! L'armure !..." avant de sentir un poids immense s'abattre sur son crâne. A moitié assommée, elle entrevit l'armure se diriger vers l'escalier de son mouvement lent et mécanique, ramasser sa hache et commencer un carnage parmi les gardes de Molok. Derrière ceux-ci, une nouvelle vague de gardes arrivait encore.

Nienna ferma les yeux, et laissa enfin les larmes lui couler sur les joues, tandis que sa tête retombait sur son épaule. Elle sentit le contact de la pierre froide en glissant le long du mur, pensa "Cache-toi Lutia !" puis, prête désormais à accueillir la mort, elle s'évanouit.

Ce message a été modifié par Nienna: Saturday 05/01/2008 à 21:52


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 19:00

- ... on est pas dans la merde..

Les yeux de Firan, aspirés par l'apocalypse de flammes et de lumière créée par la bête, s'apprêtait à offrir son corps à l'étreinte froide de la mort. Le corps de la pauvre Alhambra, déjà relégué à la table des souvenirs, avait disparu, avalé par l'aura volcanique de la créature. Ishe, qui venait de réaliser le poids de son erreur, pantois, les bras balants, regardait se déchaîner la fureur de celui qu'on nommait -- sans que personne n'ait jamais vraiment compris pourquoi jusqu'alors -- le "fléau d'Elil-Galas". Les bâtisses alentours une à une prenaient feu ; les armures des soldats de Clark tombés sous les coups de nos héros commençaient à rougeoyer. Les rares soldats encore vivants, faisant appel à leur courage, avaient fui à la vue de l'effrit. Firan et Ishe étaient donc seuls face à la créature, la peur au ventre, la résignation au coeur.

Dans un hurlement plus majestueux encore que la plus belle des huîtres, la bête, un instant, fixa de ses rubis éblouissants les deux petites choses inconscientes qui osaient lui faire face. Et, avec une vivacité inattendue, elle fit un bon vers ces dernières, s'écrasa dans le sol à un pas d'elles et leva ses griffes de lave, prête à frapper. Pour Firan et Ishe, la nuit répondrait au coup. Le voile éternel tomberait sur eux.

Et le voile tomba.

* *
*


Quand Firan et Ishe se retrouvèrent enveloppés par l'ombre, c'est l'évidence de leur propre mort qui leur traversa l'esprit. Une mort étonnament douce, imperceptible. De fait, la chaleur insupportable, soudain, s'était dissipée. Les hurlements de la bête n'étaient plus. Sans doute étaient-ils passés du rang de proie à celui de victime... mais sans aucune douleur ? Firan et Ishe, plongés dans la nuit, étaient toujours côte à côte, saisis entre effroi et épuisement, entre peur et fatigue. La ville avait disparu. Plus rien autour d'eux. Tout était obscurité. Ils se regardèrent un instant, et cette proximité physique, bien réelle, fit émerger un doute. Puis une interrogation. Une incompréhension enfin.

- Que... que s'est-il passé?
- Nous... nous sommes morts... ?
- Non... je... tu...
- Pince-moi !

Firan, avec quelques relents de vengeance, offrit un énorme coup de poing au visage de l'ancien.

- Aïeuhhhh !
- Tu vois ! Nous ne sommes pas morts ! Mais je ne comprends pas... Où sommes nous ?... Cette ombre qui nous entoure...
- Oui... c'est plutôt étrange... cette... OMBRE !!!!! CETTE OMBRE !!! L'OMBRE !! L'OMBRE !!! Ahaaaaaaaaah !
- Eh bien... Ca a l'air de te réjouir... Tu pourrais peut-être m'expliquer !
- Mais enfin ! Celoviel !! C'est Celoviel !! Celoviel nous a sauvés grâce au pouvoir de l'Ombre !! Encore !!! Encore !!
- Hein ?

* *
*


Les hurlements de la bête redoublèrent quand elle vit ses deux proies soudain enveloppées par un brouillard épais et noir qui leur fit perdre toute épaisseur corporelle. Impossible désormais de les brûler, de déchirer leur chair, de se repaître de leur carcasse mortelle.

Celoviel, tel un ange précipité du ciel, parée de sa capeline bleue, était réapparue et avait utilisé son pouvoir obscur sur Ishe et Firan. Les offrant ainsi aux mains de l'Ombre, elle leur sauva la vie.

Celoviel, à présent, fixait sans faillir la bête surgie des profondeurs des abysses, et s'approchait d'elle d'un pas lent et sûr. Apercevant cette fragile silhouette qui se dirigeait vers lui, le premier réflexe de l'effrit fut de sauter vers elle pour, pensera-t-on, la dévorer avec rage. Quand Celoviel se trouva à une longueur d'épée de la gueule immense et incandescante du fléau, elle délivra son visage de sa capuche de lin, et sourit à la bête avec compassion. N'avalant pas tout rond la femme aux habits d'homme, l'effrit sembla s'être ravisé ; inexplicablement, il ne semblait plus vouloir dévorer cette petite chose insupportablement faible. Ses grondements faiblissaient, et les deux grands rubis qui lui servaient à voir semblaient détailler les traits du visage minuscule de Celoviel. Le souffle de l'effrit gagna un rythme plus lent. Celoviel chuchota :

- Calme-toi... calme-toi mon doux démon... calme ton coeur... calme ce feu qui te ronge... pleure... pleure quelques larmes... humaines...

Et, bravant la chaleur, Celoviel tendit la main. Au prix de brûlures qui ne lui arrachèrent nul cri, elle toucha le démon.

Au moment où les doigts fragiles de la sylvanienne rencontrèrent le corps de flammes, le ciel rougeoyant redevint bleu. L'effrit, comme la poussière soulevée par le vent, disparut dans le soupir d'un évanouissement. L'apocalypse rendit les armes, et Etael, rendu à sa forme humaine, nu comme un nouveau né, pleura dans les bras de sa bien-aimée.

Jetant un oeil en arrière, Celoviel, d'un geste, délivra Firan et Ishe des mains de l'Ombre. Affranchis du néant, Ishe et Firan regardèrent autour d'eux, ébahis par l'accalmi de l'enfer. Le jeune ancien se laissa tomber sur le sol, un sourire béat accroché au visage. Firan, les mains sur les hanches, prit un air agacé :

- Bon... là... j'insiste... faut qu'on m'explique !

Ce message a été modifié par Etael: Saturday 05/01/2008 à 21:18


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 19:00

Furie des éléments, colère des vents... tant de violences en un point seul déployé... et pourtant tant de beautés ! Nalikith, son essence éparpillé aux quatre coins de la tempête, ne se lassait pas des sensations étranges et enivrantes que l'ire venteuse avait chez lui. Ce sentiment, diffus et pourtant si présent, de ne faire qu'un avec les éléments environnants, avec la vie. Il sentit, avant même de voir leurs présences, les efforts de quelques oiseaux, luttant contre les courants dominants, battant des ailes avec courage pour suivre leurs chemins. Une pensée chaleureuse de l'élémental fut alors suffisante pour qu'une brise favorable, sèche et sans sable, vienne aider dans cet ouvrage les amusants volatiles et il les vit s'envoler plus haut encore avec un sentiment de joie immense au dessus d'un bosquet d'armes morts.

L'un d'eux, ayant sans doute sous-estimé la force du courant aérien, n'eut pas le temps d'assez redresser sa route... et vint avec un bruit mat s'écraser sur un arbre. Cet événement fut suivi d'un rire cristallin tandis qu’il faisait apparaître, toujours d’une poussée spirituelle, un petit nuage d’air qui vint amortir la chute de l’emplumée inconscient. Après tout... étaient-ils tous différents de ces oiseaux ? Pas vraiment... ses compagnons plus que lui même d’ailleurs ne passaient-ils pas leurs temps à lutter contre les événements et les coups du destins pour parvenir à leurs fins. Depuis les premiers instants qu’il avait pu partager avec ce groupe de terrestres... jamais rien ne s’était passé comme prévu...

- Tels des roseaux nous plions sans rompre...

Une expression chère à Nienna... leur cheffeuh qui, durant tout ce temps les avait guidé de son mieux. Où était-elle désormais ? Probablement déjà entrée en la forteresse de Clark... avec les autres d’ailleurs. Tous de redoutables combattants... bien loin de ses aptitudes d’élémental. Mais faire la guerre, combattre... tout cela n’intéressait guère Nalikith. Pourtant, et alors qu’il aurait cru être perverti au contact impur des habitants des terres d’en bas... il se surprenait chaque jour à posséder une plus grande maîtrise de son élément naturel. L’adversité, bien plus que la routine, semblait avoir sur ses capacités un effet plus que favorable.

Mais ces pensées sur les autres protecteurs avaient fait naître chez lui un sentiment diffus d’inquiétude, tant pour la petite blonde aux nattes qu’ils avaient pour dirigeante... que pour les autres loufoques qui avaient, à n’en point douter, bien eu le temps de se mettre une dizaine de fois dans les plus furieux des pétrins. A peine eut-il formulé cette idée qu'une bourrasque de vent chaud, indépendante de sa propre volonté, vint le faire vaciller.

- De là bas ?

Il regardait, tant amusé qu'intéressé la forteresse non loin.

- Oui !

D'un acte qui, pour un être de chairs et de sang, aurait correspondu à un clignement d'oeils, il sépara son essence de celles des vents l'entourant, déséquilibrant de fait l'étroite et délicate alchimie qui, dans le chaos des souffles, maintenait un semblant d'ordre. Un crissement effroyable, du à la compression subite de l'air, résonna soudain dans l'atmosphère surchauffée de Clark. Littéralement aspirés par les bourrasques montantes des filets de sable s'envolèrent dans les cieux avant de replonger avec violence vers le sol. Nalikith, riant comme jamais, se laissait choir même occasion, naviguant avec grâce entre chaque grain.

Et la pluie sablée s'abattit sur Clark, venant claquer sur les murs avec violence, véritable simoun oriental s'écrasant sur les murs de la forteresse de Molok, sur la porte désormais fermée du mur d'enceinte. Véritable apothéose, fin éclatante en éléments primordiaux d'une tempête fantastique. Suivant le mouvement Nalikith, de toute son essence, vint s'écraser avec bonheur sur le bois épais des portes, les faisant un instant trembler.

- T'aurais pas entendu quelque chose toi ?

Nalikith tendit l'oreille, enfin si l'expression peut s'appliquer à un élémental bien sur, ravi de son petit effet.

- Non... Ce doit encore être cette sale tempête là au dehors...

Sale tempête ? Pardon ?! Blessé pour une fois dans ce qui semblait bien être son amour propre Nalikith reconstitua son essence de l'autre côté de la porte devant les yeux ébahis de deux gardes, confrontés sans doute pour la première fois à un élémental. Une chose il est vrai tout de même peu courante, même de nos jours. D’une robe bleutée teintée du sable orangé du pays, il se donna l’apparence humaine, son corps semblant être drapé dans des étoffes amples et colorées, aux couleurs chatoyantes et changeantes.

- Qui... Qui êtes vous ?!

Nalikith avança de ce qui semblait être un pas, flottant doucement au dessus du sol. Le garde le plus proche eut un cri et planta son épée dans le ventre de notre venteux ami. Ce dernier la regarda, stupéfait, s’agiter en lui, tandis que les particules de son être venait se frotter à cette présence froide, étrangère, follement...

- Amusante !

Il la regardait, bougeait autour d'elle, sautillait sur place, tout heureux de cette sensation nouvelle.

- C'est cela être euh... embroché ?

Nalikith eut un rire cristallin tandis que son "adversaire", un brin dépité on le comprend, retirait son épée avec une consternation non feinte.

- Mais t'es quoi toi bordel ?!

- On a fini de jouer avec l'épée ?

Était-ce la sincère déception de Nalikith qui fit peur aux deux gardes plutôt que l'inefficacité de leurs coups ? La réponse ne nous appartient pas... Mais, à ces seuls mots, ils prirent la fuite, pris d’une terreur inexplicable face à ce qui, finalement, n’était que l’expression la plus pure de l’innocence. Celle d’un enfant, amusé face à des phénomènes et des gens inconnus, et dont la soif de découverte n’a d’égal que la diversité du monde qui lui était offert. Aucune pensée en lui n’était réellement mauvaise... et si, plus tôt, il avait pour la première fois combattu... cela n’avait rien de bien différent de la réaction d’un jeune garçon défendant sa soeur ou sa mère. Une fraternité dans l’amitié qui liait Nalikith aux autres protecteurs et à Nienna.

- Hé ! Attendez moi !

Virevoltant, l’élémental dépassa les deux fuyards, les coupant dans cette vaine fuite. L’un d’eux, cherchant à s’arrêter un peu trop brusquement, glissa avant de déraper sur le sol, s’arrêtant à quelques centimètres seulement d’un Nalikith jubilant de cette aventure qui, pour tout vous dire, l’amusait beaucoup.

- Pourquoi partir ?

L’élémental donna aux traits de son incarnation une moue boudeuse qui retranscrivait parfaitement ses sentiments actuels.

- Nous commencions juste à nous amuser !

Le garde encore debout pris à nouveau la fuite, laissant son collègue, le chatouilleux de la lame, seul, pétrifié, au sol, ses yeux fixés sur Nalikith avec l’expression de la plus pure terreur. Pourtant c’est à cet instant, oui, que la chance lui avait offert la plus belle des occasions : percutant tardivement l’esprit du naïf élémental d’air, une idée venait de le rendre plus pensif que jamais... Lui qui était constitué d’air, lui qui pouvait à sa guise éparpiller aux quatre vents les éléments le constituant...

- Dîtes...

Le garde ne répondit pas, toujours immobile, les traits révulsés par la peur. Pour la première fois, et sans qu’il ait eu pour cela à faire le moindre effort, Nalikith avait eu un sourire marquant son essence.

- Vous respirez vous non ? Je veux dire... vous qui vivez ici, en bas, vous respirez pour vivre non ?

Oh ! Que le lecteur apeuré se rassure, l’idée saugrenue de priver ses adversaires d’air n’était pas venu à l’esprit de Nalikith pour qui la mort restait un vrai traumatisme et un acte inutile... non... mais... ces récentes aventures lui avaient démontré à quel point il lui était aisé d’agir sur les choses sur lesquelles son élément avait une influence. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les êtres vivants, ces créatures pour qui l’air était une chose nécessaire, vitale ? L’idée était séduisante et...

- Non... ne vous approch...

Étrange sensation une fois encore, bien différente de l’oppression subie lorsqu’il provoquait une tempête, bien loin oui... pourtant la sensation d’effacement n’était pas loin une fois encore... pas loin... mais totalement maîtrisée, enivrante presque tant elle frôlait les frontières même des perceptions de l’élémental. Au delà de sa seule essence, au delà de sa seule existence, pulsait en sa conscience les battements d’un coeur... celui d’une créature que l’expérience venait de mettre sous sa coupe. Il provoqua une expiration... il s’en détacha, encore stupéfait, laissant son involontaire victime tousser violemment.

- Que m’as tu fait... monstre...

Nalikith ne l’écoutait pas, encore stupéfait par cette découverte pour le moins prodigieuse. Ainsi donc...

- Désolé ! Mais...

Petit rire qui vint monter encore une fois dans les cieux de l’aride pays. Au loin les vagues successives de chaleur s’étaient soudainement calmées, sortant du même coup de l’esprit de l’élémental.

- ... je vous emprunte votre corps !

Et il entra sans aucune vergogne dans le corps du pauvre bougre, s’assimilant plus facilement encore que la fois précédente. Le garde resta un instant immobile, le corps secoué par des spasmes, parodiques mais violents, avant qu’un de ses bras, de façon bien trop rigide pour être naturelle, se redresse. Puis son corps tout entier, en des mouvements semblables à ceux d’une marionnette, se redressa et entreprit de faire quelques pas avant de s’arrêter.

Fantastique ! Je dois absolument montrer cela aux autres !

Et c’est ainsi que avec encore bien des difficultés mais l’attrait de la découverte, Nalikith, tout nouvellement promu garde de Clark, fit son entrée dans les couloirs de la forteresse en ébullition.


--------------------
Nalikith de Shenirisha,

Chevaucheur des vents et voyageur des cieux

Les quatre Vents ont ri dans le ciel du matin
Puis leur humeur étant changeante, une querelle
S'est élevée entre eux. Et la femme autour d'elle
Vit s'abattre en riant le courroux du destin.
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 19:00

Triskö et Oystor sortirent du trou précédemment ouvert par Lutia pour Nienna, et qu'elles n'avaient pas refermé, et se retrouvèrent comme elles auparavant dans l'armoire qui servait de passage secret. Oystor passa discrètement la tête dans l'embrasure de la porte et, voyant la salle vide - à peu de choses près - commença de passer tout le corps dans la grande salle lorsqu'il entendit la voix de Lutia hurler : "Mademoiselle ! L'armure !!"
Il regarda alors la direction d'où venait la voix, et la direction vers laquelle elle s'adressait, et découvrit, d'un côté de la salle, Lutia, sur une estrade, à côté d'un trône, la baguette à la main, et de l'autre côté de la salle, près de l'une des portes, sa fille, Nienna, étendue par terre alors que des soldats de Clark se battaient dans un escalier tout proche contre une armure vivante...

"- Hum hum... Etrange... fit Oystor.
- Tiens ! Nienna dort ! dit Triskö qui venait lui aussi de passer la porte de l'armoire.
- Ca, c'est loin d'être sûr...
- Monsieur Oystor ! Monsieur Triskö ! C'est formidable que vous soyez là ! Allez aider Nienna par pitié ! Elle s'est évanouie !
- Bien, tu vois, on dirait qu'on a un plan sauvetage sur les bras maintenant...
- Incroyable ! On ne peut donc vraiment jamais se reposer ?!"

Tandis que Lutia, sur un regard impératif d'Oystor, restait toujours sur l'estrade en sautillant d'un pied sur l'autre, les deux vieux Anciens coururent jusqu'à leur fille adoptive. Les soldats, dans l'escalier, devaient être au nombre de vingt ou trente, et l'armure, aussi puissante soit-elle, ne les retiendrait plus longtemps. La retraite seule était envisageable. Oystor attrapa Nienna sans ménagement et la tira vers l'intérieur de la salle qu'ils venaient de quitter. Triskö les couvrit de son indispensable bouclier. Une fois à l'abri, ils fermèrent les portes et Lutia vint les sceller grâce à un sortilège qui actionna les verrous. Puis elle pencha sa baguette sur Nienna et la fit doucement tournoyer, jusqu'à ce qu'un jet d'eau jaillisse sur le visage de la Sylvanienne. Celle-ci ouvrit rapidement les yeux et, s'agrippant aux bras de ses sauveteurs, se redressa du mieux qu'elle put. Elle chercha son épée autour d'elle et, ne la trouvant point, s'apprêtait à se servir de ses poings lorsqu'elle se rendit compte qu'il n'y avait plus dans la salle que des visages amis. Néanmoins, par mesure de précaution, elle alla chercher la masse d'arme de l'une des armures, toujours bloquée sous le lustre, et en balança la chaîne sur son épaule en souriant.

Son soulagement fut de courte durée. Quelques mots à peine purent être échangés, que, déjà, les portes de la salle se mirent à trembler sous le coup d'un bélier monté par les soldats clarkiens.

"- Ca ne s'arrêtera donc jamais !! gémit Triskö.
- Non, en effet, pas avant un petit moment... Lutia, retourne sur l'estrade, protège-toi près du trône, tu lanceras des sorts comme tu peux dès que nous aurons ouvert les portes...
- Tu veux ouvrir les portes ?! Mais ! Tu es folle ma parole !
- Et que veux-tu faire, tu as une meilleure idée ? Il n'y a pas d'autre issue. Le seul passage par lequel nous pouvons espérer retrouver l'oeil de Zamarta est cet escalier. D'ailleurs, il est probable que nos ennemis n'attendent pas notre autorisation pour entrer...
- Bien... Alors préparons-nous au pire..."

Ils se placèrent tous trois, armes ou protections à la main, face à la porte, attendant avec appréhension que le bélier, dont les coups redoublaient tout comme les cris des gardes, fasse son office. La porte céda bientôt, et une quinzaine de gardes entra dans la pièce. Nienna sourit. Ils étaient armés légèrement et ne semblaient pas très aguerris... Elle en tuerait bien une dizaine à elle toute seule !
Elle saisit le manche de sa masse d'arme, et, la faisant tournoyer au-dessus de sa tête, la lança à l'aveuglette dans le tas de gardes, dont beaucoup tombèrent les uns sur les autres, écrasés.

"- STRAAAÏK !
- Hein ?
- Rien, rien, c'est un cri de guerre... Bon ! Allez, en piste ! On va les égorger, les massacrer, les dépouiller, les...
- Oooh, non... Vous ne ferez rien de tout ça..."

La voix, cruelle et glacée, avait retentit dans le dos des trois aventuriers. Alors que les quelques gardes qui restaient s'étaient mis à genoux comme un seul homme, la tête inclinée vers le sol, Triskö, Oystor et Nienna se retournèrent vivement.

Molok lui-même se tenait sur l'estrade, où il avait capturé Lutia, qu'il tenait serrée contre lui, d'une seule main plaquée contre sa petite bouche, et qui couvrait presque tout son visage. Il claqua des doigts. Un garde s'approcha de lui, dans les bras de qui il jeta nonchalemment la petite Sylvanienne. Puis il récupéra un bout de bandelette qui pendouillait de son bras, et l'enroula amoureusement autour de sa main momifiée. Comme il serrait un peu fort, il poussa un petit soupir d'extase. Vraiment, rien n'était bon comme de se faire mal à soi-même. Ah, si : faire mal aux autres.
Il sembla alors se souvenir qu'il n'était pas seul dans la salle et jeta sur Oystor, Triskö et Nienna un regard gourmand qui ne présageait rien de bon.

"- Alors comme ça, on pénètre mon château, on détruit mes bâtiments, et on massacre ma garde... Bien que le spectacle soit plaisant, vous n'imaginiez pas tout de même que je vous laisserais le poursuivre trop longtemps...
- Rendez nous Lutia ! Nous promettons de partir sans faire plus de dégâts...
- Nienna, ma fille, je t'ai toujours appris à ne pas mentir ! C'est mal ! gronda Triskö
- Tais-toi, toi !
- Ma chère amie... Vous comprenez bien j'espère que vous n'êtes pas tellement en position de négocier... Non ! Non seulement je ne vous rendrai pas... Comment avez-vous dit ? Enfin, peu importe, la demi-portion... Mais en plus je vais de ce pas vous faire jeter dans la plus profonde de mes oubliettes. Au pire, vous pourrirez, au mieux, on vous rançonnera, et on vous tuera au moment de vous rendre... Priez donc pour que quelqu'un accorde la moindre valeur à votre triste peau..."
Molok claqua des doigts une nouvelle fois, et les gardes se placèrent derrière eux. Lorsque l'un d'entre eux voulut attraper Oystor par l'épaule, celui-ci se dégagea violemment et l'envoya rouler à l'autre bout de la pièce. Molok s'approcha de Lutia et lui colla un couteau sous la gorge.

"- Ah ah ! Attention mon vieux... Un autre geste comme celui-ci et je tue la minus !
- Mais je m'en fous moi !
- Papa... Moi je ne m'en fous pas... Il est très important que Lutia reste en vie... Pour la survie de Saralindë...
- Oh oh ! Rien que ça ! Alors nous allons nous faire tuer pour les beaux yeux de ta cuisinière et - pire ! - de ton peuple ? Je refuse !
- Tu n'as pas le choix il me semble... Regarde : d'autres gardes arrivent... Nous sommes faits comme des rats de toute façon...
- Voilà qui est bien parlé, ma douce..." La voix de molok siffla et il éructa en un petit rire grinçant. Puis d'un ton rauque et ferme, il s'adressa à ses gardes. "Amenez-les moi !"

Cette fois, malgré leur répugnance, les deux Anciens et leur fille se laissèrent attacher les mains dans le dos et guider jusqu'au trône, où Molok avait pris place. Celui-ci les regardait en bavant quelque peu, les yeux exorbités, comme s'il imaginait déjà par quelles tortures il les ferait passer. Brusquement, il se leva et approcha son visage de celui de Triskö. Nullement impressionné, ce dernier lui sourit niaisement.

"- Ouiii ? Que puis-je faire pour vous ?"
Son sourire s'élargit, chaleureux et enjoué. Molok, quant à lui, semblait ne pas prêter attention aux paroles du vieillard, et le scrutait attentivement. Triskö, ravi de l'intérêt qu'on lui accordait soudain, pris une pose, ramenant ses deux bras attachés d'un côté pour poser une main sur sa hanche. Il releva le front fièrement, offrit son meilleur profil, se frotta les dents de sa langue et fit à Molok son plus joli sourire. Celui-ci, tout-de-même intrigué, commençait à le regarder d'un air encore plus intéressé. Il lâcha au garde qui tenait Lutia "Bien ! Celui-là on s'en servira pour nos travaux sur le cerveau... Il a l'air gravement atteint..." Triskö fit la révérence, comblé.

Mais alors que Molok s'apprêtait à passer à l'observation d'Oystor, le garde qui tenait Lutia poussa un cri et tomba à la renverse, relâchant son précieux otage.
Nienna avait profité de ce que Molok soit occupé avec Triskö pour user de l'un de ses talents qu'elle employait rarement, et le plus souvent sans le faire exprès : la métamorphose. Ne pouvant décemment pas se changer en plante verte en espérant faire tapisserie, elle s'était contentée de faire muter ses cheveux en lianes, comme ils l'étaient à l'état naturel. Ces lianes s'étaient allongées jusqu'au sol, puis elle les avait fait ramper vers le garde qui retenait Lutia et, discrètement, les avaient enroulées autour de sa jambe. Puis elle avait tiré d'un coup sec, faisant chûter l'homme lourdement tandis que Lutia lui filait entre les doigts. Nienna lui hurla de courir, Lutia attrapa sa baguette et fit d'un sort un trou dans le mur le plus proche. Mais alors qu'elle allait s'engouffrer par le trou, Molok se retourna vivement vers elle, fit jaillir un éclair jaune de l'intérieur de ses bandelettes et referma ainsi le trou, touchant Lutia au passage. La lutine, qui courait vers le trou, s'écrasa en un "splotch!" retentissant sur le mur de pierres. De la purée de lutin rouge et de petits morceaux d'os en bouillie dégoulinaient le long des pierres. Molok se lêcha les doigts en ricanant, puis très vite ordonna à ses gardes d'emmener les prisonniers et de les mettre dans des geôles séparées.

Pour plus de sécurité, il fit raser le crâne de Nienna, la jeta seule sans lumière et sans eau dans un cachot aux murs rocailleux, certain qu'un tel traitement dessécherait la dryade, et la ferait mourir à petit feu, dans d'atroces souffrances.

Il jeta Oystor des hauteurs de la tour dans le mouroir précédemment entr'aperçu par Lutia, empli de cadavres en décomposition, de rats, d'insectes, et de prisonniers blessés.

Triskö pour sa part se retrouva dans une grande pièce circulaire faiblement éclairée, dans laquelle un tas d'engins bizarres étaient entreposés. Sur une longue table de bois, un homme était couché, les poignets et les chevilles entravées, des bras de fer lui écartelant les muscles. Au mur, attachée les bras en croix, la tête penchée, une femme baignait plus ou moins dans son sang et ses larmes. Triskö se trouva très heureux de toute cette bonne compagnie et se dit que le moment était bien choisi pour faire connaissance.

"Mademoiselle... Mademoiselle !"

La jeune femme sursauta violemment, releva un peu la tête et regarda Triskö d'un air à la fois effrayé et incompréhensif.

"- Que me voulez-vous ?
- Eh bien... Je pensais que nous pourrions profiter de l'absence de gardes pour faire la causette !
- JE VOUS AI DEJA DIT QUE JE NE DIRAI RIEN !!!
- Ouh la ! Calmez-vous ! Peut-être pourriez-vous seulement me dire où nous sommes ici ?"

La jeune femme le regarda avec un regard étonnant de pitié et de répugnance.

"- Enfin, la plaisanterie est un peu forte, mais puisque vous y tenez... Ne vous semble-t-il pas évident que ceci est la salle des tortures ?
- Ah ! Bien vu... Et... Comment vous nommez-vous, charmante demoiselle ? Moi-même je suis Triskö, seigneur d'Adwilian ! ajouta-t-il prestement devant son air courroucé.
- Eh bien... Je me nomme Hestia... Héritière du pouvoir d'Elil-Galas...
- Hestia ? Etrange... J'ai déjà entendu ce nom quelque part il me semble..." il fit un grand sourire.
"Probablement une de mes nombreuses conquêtes ! Enchanté mademoiselle !"

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Dame Nienna,
Tyran des forêts de Saralindë
Cheffe vénérée du Pacte secret de l'Huître Majestueuse
... Mais les vents me sont moins qu'à vous redoutables: je plie, et ne romps pas...
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 19:01

- Bon... là... j'insiste... faut qu'on m'explique !

Ishe prit Firan par le bras et d'un regard fit signe à celle-ci de le suivre. A quelques pas d'un Etael encore un peu abasourdi par ses métamorphoses et d'une Celoviel prête à tout pour l'aider, Ishe, comme il le put, à sa façon, fit à Firan un résumé de la situation -- ou de ce qu'il en avait compris. De réguliers "ohhh", "ahhh" et "ah booon" ponctuèrent leur entretien et, après quelques minutes, la curiosité intellectuelle de la prêtresse semblait enfin satisfaite.

Le démon d'Elil-Galas avait pendant ce temps retrouvé ses esprits et, peu enclin à parcourir la ville dans sa parfaite nudité, s'était paré de l'armure crasseuse d'un soldat occis par sa main un peu plus tôt. Celoviel l'observait ajuster ses bottes, son épée et sa ceinture avec un sourire attendri.

- Rha ! Ca ne va pas du tout ! La couleur de cette armure jure avec celle de ce casque ! Et puis elle pue ! Je ne peux pas me promener comme ça !
- Je pense que ce sera amplement suffisant pour ce qui nous attend...

Ishe et Firan, ayant fini de s'entretenir, s'approchèrent du couple.

- Bon... euh... j'ai fait un petit topo à notre nouvelle amie... et euh...
- Nouvelle amie ?
- Je suis Firan, prêtresse de Pouillasture.
- Echanté(e), je suis Celoviel, et voici Eta...
- Votre ami m'a déjà tout dit vous concernant... Et j'ai pu observer de mes propres yeux vos dons tout à fait particuliers.
- Hm.... Une adepte du Culte de la Flamme carmine. Manquait plus que ça...
- Je salue ton intuition, Etael... Si j'en crois ce qui vient de se passer, tu n'as rien contre le déchainement des flammes...
- Ne compare tes flammes de cheminée aux feux des abysses, jeune fille... Tu risquerais de te brûler les ailes.
- Bon ! Euhhhh.... hmhm... Est-ce que vous savez où sont les autres ? Nienna ? Triskö ? Enad ? J'ai beau essayer de les cerner dans l'espace... ils sont introuvables...
- La dernière fois que j'ai vu Triskö et Oystor, ils couraient en direction de la forteresse.
- Nous allons probablement devoir y pénétrer nous aussi. Maintenant que nous avons fait un peu le ménage dans les rues, il est temps de s'attaquer aux choses sérieuses.
- On pourrait pas se reposer un peu avant ? Jusqu'à preuve du contraire y'a pas le fe.... ohoh, enfin "plus" le f... hm. euh. Non.
- Ishe a raison, prenons le temps de souffler. Si on fonce tête baissée, on ne fera pas long fe... Hm.

Le quatuor s'assit dans la poussière chaude, en cercle, à la recherche de quelques minutes de silence et de méditation. Pendant quelques secondes, ils n'entendirent que le souffle du vent s'engouffrer dans les rues vides de la cité. La brise désertique, doucement, faisait siffler les casques et vrombir les armures des soldats de Clark, des cadavres qui, entamant déjà leur décomposition, puants comme des orcs, étaient entassés à quelques mètres d'eux. Le vent, le silence et...

- Hey regarde ça ! Regarde ça !
- Mais ! Mais ! Laisse-moi tranquilleuhhhh !!
- Mais non ! Reviens ! Reviens !

Etael, Celoviel, Ishe et Firan levèrent la tête. En dépit du soleil, ils distinguèrent deux ombres sur les murailles de la ville. La seconde, les bras tendus, la foulée mécanique, poursuivrait la première. La première, visiblement affolée, fuyait la seconde à toute jambe. Nos quatre rescapés observèrent les deux ombres jouer à chat pendant plusieurs secondes, jusqu'à ce que la première se décide, sautant vers un toit, puis de ce toit vers le sol, à regagner le plancher des nains. Celoviel, grâce à son oeil aguerri, fut la première à reconnaitre les traits du jeune Enadijd d'Aryalc, épuisé par son marathon des hauteurs. Enad, en plein sprint, eut beau apercevoir ses amis assis à quelques mètres de lui, il continua de courir et, en passant juste à côté d'eux, leur jeta ces mots :

- Par Oznar !! Aidez-moi ! Il est complètement foooooouuuuuu !

Circonspects, les trois Protecteurs et leur nouvelles amie, toujours assis, se contentèrent de tourner la tête dans la direction opposée, et constatèrent qu'un soldat de Clark, apparemment frappé par quelque trouble de la motricité, courait tant bien que mal après Enadijd, les bras en avant, le visage illuminé, un sourire singulièrement réjoui aux lèvres.

- Attends-moi, attends-moi ! JE T'AIME ! JE NE TE VEUX PAS DE MAL !

Le soldat, alors qu'il approchait du groupe assis, ne remarqua même pas celui-ci. Etael poussa un soupir las et se contenta de jeter son épée dans les jambes du soldat qui s'écroula aussitôt dans un bruit de métal.

- C'est bon Enad... Tu peux revenir... Tu es... euh... hors de "danger"...

Un écho profond, parcourant la vacuité des rues, répondit à Etael. Puis, après quelques secondes, nos amis virent un Enad en sueur, haletant, revenir d'un pas hésitant, le regard prudent et incrédule.

- C'est bon... ? Vous êtes... sûrs ?....

Et il jeta un oeil au soldat étendu, assommé par sa chute.

- Bien... Tu vas peut-être pouvoir nous raconter pourquoi tu cours comme un dératé ?
- Je... euh... c'est une longue histoire...
- Nous avons tout notre temps, je te rassure...
- Bon... euh... alors... après la tempête... euh... je me suis perdu... je souviens que... je me suis cogné... euh... et là... je suis tombé sur un soldat... une sorte de grosse boîte de conserve... trop grand pour moi.... bon comme je courais très vite.. j'ai eu tôt fait... de le semer sur les murailles... et... j'ai entendu pas mal de grabuge par ici... *un rapide regard autour de lui lui fit comprendre qu'il y avait bien eu quelque animation*... je me suis douté... j'ai voulu... venir vous prêter main forte... et puis... aux abords de la forteresse... je suis tombé nez à nez... avec ce soldat, là... mon premier réflexe a été... de... sortir mon épée... mais quand il m'a vu... il s'est contenté de sourire... et il s'est mis à crier... les bras écartés... "regarde ça !"... "regarde ça !".... toujours avec son grand sourire... j'ai profité de ça... pour... lui mettre un coup d'épée dans le ventre... et là... et là il m'a dit..... un truc comme.... "oh... toi aussi tu veux jouer avec l'épée ?"..... et il continuait de sourire... puis soudain il a tendu les bras et m'a dit... "content de te revoir en tout cas...".... alors vous comprenez... c'était trop bizarre... c'était trop pour moi... je me suis mis à courir.... courir.... et... et.... pfiou... me voilà....
- Tu lui as mis un coup d'épée dans le ventre ?
- Oui....
- Et il n'a rien senti ?
- *Enad jeta un coup d'oeil inquiet au soldat étendu* Non...
- Plutôt bizarre...
- Il s'était peut-être drogué à la Beldamine.... Cette plante affecte les capacités intellectuelles, physiques et motrices... Ceci pourrait expliquer... cela...
- Oui mais...

Le groupe se figea quand le soldat, après quelques beuglements, se remit à bouger. Par précaution, Firan commença à faire danser quelques flammes sur ses doigts. Etael, visiblement agacé, regardait du coin de l'oeil ce soldat si bizarre qui tentait en vain de se relever.

- Oh... oh.... je.... OH !
- Faites attention ! C'est un malade !, cria Enad juste avant d'aller se cacher derrière Etael.

Le mystérieux soldat avait beau prendre appui sur ses bras, ceux-ci ne semblaient pas le soutenir : il retombait lamentablement, la tête dans la poussière, à chaque fois qu'il tentait de regagner une position horizontale. Allongé par terre, en plein renoncement, il se mit à grommeler :

- Rho... bon... ça... ça ne m'amuse plus du tout.... plus du tout... quand je vais dire ça à... dame Nienna.... rho....
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Il a dit qu'il voulait me poursuivre jusqu'en Arnéniaaa !
- Jusqu'en ?
- Arnéniaaa !
- Où c'est ça ? L'Arnénia ?
- Je sais pas ! Loin !
- Non, il n'a pas dit Arnénia... il a dit...
- ....Nienna...
- Oh... je crois que je viens de...
- ...comprendre........
-....ce qui....
- ....se passe.....
- Tu penses à la même chose que moi ? Tu crois que c'est possible ?
- Pourquoi pas... après tout, il est plein de surprises.
- Allons donc... ça doit être ça... Il n'y a pas d'autres explications....
- Quoi donc ?
- Héhé... Enad.... aide notre cher Nalikith à se relever, veux-tu ?

Ce message a été modifié par Etael: Monday 04/02/2008 à 15:49


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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 19:01

Hihihi !
Le tour a encore réussi !
Comme Nienna l'avait dit...

"Lutia ! Pour t'en aller,
En cas de gros souci,
Toujours dans ton tablier
Garde un peu à manger"

Ainsi avait-elle fait, et cherchant dans ses poches pendant que le garde moche très serrée la tenait, enfin elle avait trouvé tout au fond bien cachés une tranche de brioche, des oeufs et des tomates, recette qui ferait date avec de petits os de poulet.

Lorsque les longs cheveux enroulés le long des cuisses du cuistre eurent fait leur office,
Lutia, vit l'heure de prouver à sa maîtresse la loyauté de ses services
L'ordre était clair : rester en vie, et c'est avec plaisir qu'elle l'avait suivi.
Faisant de ses restes une infâme bouillie, à l'aide de sa baguette, oeufs, tomates, osselets,
Contre le mur de Clark s'étaient écrasés, donnant l'air à Lutia d'avoir été tuée
Tandis que dans la pierre un trou était creusé par lequel, discrètement, elle s'était engouffrée.
Héhéhé !

Désormais seule en les murs ennemis, elle avançait à pas de loups, essayant de trouver un couloir… Sa baguette allumée pour supporter le noir, elle s’était retrouvée dans une pièce de mauvais goût, dont les toiles accrochées semblaient la regarder, qu’elles soient faites par l’homme ou par les araignées.
Lutia sourit. Elle avait trouvé.

L’un des tableaux au mur, dont les yeux ressortaient, était à l’identique d’autres portraits croisés, peint comme à l’arrachée sur de la roche dure.
Sans doute cachait-il un passage secret…

Tout à fait doucement elle s’en approcha,
Tâtonnant au hasard le long de la paroi
Lorsqu’enfin sous ses mains les traits de l’être peint
S’animent et lui laissent un trou grand comme ça…
Haha !

Elle y passa un doigt, un bras, puis se hissa,
Traversant un tunnel qui bientôt la mena
Devant ce qu’elle savait être une manivelle…
Après lui avoir donné quelques tours
La roche sous ses pieds céda sans détour
Et ce fut comme si Lutia avait des ailes :
Un souffle la happa sans espoir de retour.

Une butte l’arrêta dans sa chûte.
Une odeur lui serra le cœur.
Sa baguette toujours brandie,
Elle escalade le monticule
Parvient en haut sans trop d’effort
Regarde en bas avec effroi, et se dit :
« Avance, ou recule, mais ne reste pas ici ! »
Des bras des jambes des têtes même parfois
Sont coupés et pendent, flottant de ci, de là
Des cris inhumains parviennent jusque notre amie.
Elle scrute l’obscurité et reconnaît un visage familier…
Son corps est attaché, mais il semble en bonne santé.
Ne serait-ce pas monsieur Triskö ?
Ohoh…

Il grimace étrangement… Peut-être imagine-t-il déjà ce qui l’attend.
A ses côtés une donzelle, qui sans tout ce sang aurait pu être belle…
Il veut la séduire, cela va sans dire, c’est son habitude
Mais pour un esprit sain le coup est rude et dur :
Ne voit-il pas qu’il est dans la salle des tortures ?

Lutia s’en va là d’où elle est venue
Ici elle ne servira à rien
Mais maintenant elle sait au moins
Localiser l’un des trois prisonniers disparus.

Elle avance dans les couloirs sans croiser personne
Toujours espérant retrouver ses amis
Pour qui elle craint bientôt que le glas ne résonne
Sans qu’ils n’aient pu lui donner un dernier signe de vie.

Longtemps elle progresse, guidée par son instinct,
Et bientôt reconnaît un chant qui l’a bercée
Quand elle était enfant, jouant dans les contrées
De sa terre natale, la belle Saralindë
Le chant qui retentit de la gorge des siens
Quand pour quelque raison il sont dans le besoin.

Elle approche sans bruit près des murs du cachot
Reconnaît une voix, reconnaît des sanglots,
Seule source d’espoir même un peu saugrenu,
Il lui semble entendre des grattements ténus.
Si l’on cherche une sortie c’est qu’on est encore en vie !
Nienna est là, l’attend, ne sera pas déçue !
Lutia fait sur elle-même un petit tour ému
Lorsqu’elle sent non loin d’elle la présence d’intrus…
Quel est ce vent qui souffle de manière ingénue ?

Huhu… !


--------------------
Lutia, cuisinière hors pair et intendante de Saralindë
Petite magicienne aux ordres du Pacte Secret

" Nul ne peut résister à l'appel du bourrelet "

_________________
Dame Nienna,
Tyran des forêts de Saralindë
Cheffe vénérée du Pacte secret de l'Huître Majestueuse
... Mais les vents me sont moins qu'à vous redoutables: je plie, et ne romps pas...
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MessageSujet: Re: L'oeil de Zamarta   Mer 23 Avr - 19:02

Depuis que Nalikith était enfin entré dans le domaine du concret, et ce n'était pour une fois pas seulement une façon de parler, l'univers s'ouvrait à lui sous bien des nouveaux aspects. Plus rien finalement ne le différenciait d'apparence à un être vivant terrestre... presque plus rien. Et, malgré des premiers moments difficiles où sa nouvelle apparence avait pour le moins perturbé Enadijd, il était parvenu à se faire reconnaître des siens. Une expérience qui s’était montrée pour le moins amusante lorsque Enad avait fait semblant de ne point le reconnaître sur les murailles pour partir dans une folle course. Ca oui... il s’était follement amusé et son rire avait sans doute résonné en tout Clark !

- Et puis surtout...

Virevoltant à nouveau dans son essence originelle, l’élémental survolait le corps sans vie du soldat dans lequel il avait élu domicile quelques instants.

- Je sais maintenant que... les coups d’épées... ça ne leur fait pas du bien...

Il vit Etael lever les yeux au ciel, apparemment agacé - ou désespéré peut-être - tandis que Celoviel partait d’un rire clair. Comme à chaque fois, à défaut d’être utile, l’arrivée de Nalikith avait eu au moins l’effet bénéfique de détendre l’atmosphère... pour le moins sulfureuse. De plus, et quittant son observation du cadavre tout frais il glissa autour d’elle, une nouvelle personne semblait s’être jointe au groupe.

- Tu es une protectrice toi aussi ?

Et il se planta devant Firan, plus curieux que jamais.

- Non.

- Mais tu aimes les huîtres quand même ?

- Non...

L’élémental ne perçut pas immédiatement l’accent énervé dans le ton de la jeune femme, et, innocence même, continua son pénible interrogatoire.

- Pourquoi tes cheveux ils sont rouges comme la tenue d’Etael ?

- ...

Pour seule réponse Firan claqua des doigts et le feu embrasa l’air à l’endroit où Nalikith se trouvait l’instant d’avant.

- Hoooo ! Mais j’ai tout compris !

Il était désormais, toujours aussi aérien, derrière la jeune femme.

- Tu es en fait...

L’élémental marqua un silence, fier de son habile découverte.

- ... la soeur d’Etael !

Un court silence pendant lequel tous se tournèrent vers lui avec des regards effarés, ou consternés sans doute je l’avoue.

- Hestia ! Tu t’appelles comme ça ! Hein Hein ?

- Nalikith la ferme.

Le silence fut cette fois aussi pesant que gêné tandis que le moment de détente semblait être passé sous la remarque, étonnamment sèche du démon alors que tous s’étaient retrouvés enfin... D’une voix bien plus hésitante, quelque part empreinte de crainte Nalikith reprit doucement la parole, se cachant pour l’occasion derrière un Ishe pour le moins silencieux depuis son arrivée.

- Et... Où qu’elle est Nienna alors ?

Un silence, devenu habituel depuis quelques instants, lui servit de seule réponse.

- Bon... euh... Je vais aller voir des hauteurs ?

- C’est ça oui... et vérifie bien chaque pierre de Clark pour savoir si Nienna se cache en dessous avant de revenir nous ennuyer.

- Et n’oublie pas Lutia !

Presque aussi soulagé de quitter ses compagnons qu’il avait été heureux de les retrouver sains et saufs, Nalikith attrapa un courant d’air de passage pour rejoindre des hauteurs plus clémentes. Souvent, très souvent même, il ne parvenait pas à comprendre les réactions et les piques d’humeur du bouillant Etael... pourtant, cette fois, au delà de l’incompréhension, il avait été presque blessé de la méchanceté qu’avait eu à son égard le démon. Retrouver la fraîcheur des courants aériens en devenait ainsi une véritable libération. Un soulagement.

- Et Nienna... et la lutine...

Il n’avait pas retrouvé, pas encore, la trace de deux de leurs compagnons. Et, plongeant vers la forteresse s’engagea, virevoltant comme jamais et résolu, dans les couloirs sombres et malodorants. Un peu plus loin, dans le groupe des protecteurs le jeune intrus Enad eut une idée bizarre.

- Dîtes... dans votre décompte des disparus... Vous n’auriez pas oublié Triskö ?

Gros blanc. Mais revenons à nos moutons... et à la folle course aérienne de notre élémental bien méconnu Nalikith qui vivait en ces moments difficiles un nouveau calvaire. En effet, n'en déplaise à beaucoup, l'effervescence de la bataille et la chaleur torride des lieux... avaient en ce lieu peuplé principalement d'hommes donné naissance à un véritable bouillon de culture. Un air vicié et lourd, chargé en odeurs pour le moins désagréables, dans lequel l'élémental était obligé d'évoluer dans sa recherche. Et il le faisait sans broncher le courageux Nali, passant entre chaque garde, chaque servant, chaque bonhomme suant que comptait cette maudite forteresse...

- Je me demande si le corps que j'ai laissé tout à l'heure aurait senti aussi fort...

Il l'avait à peine murmuré, mais cette phrase fit se retourner un garde de passage, ce dernier, le visage crispé par la tension et, sans doute, le poids écrasant de son équipement, se tourna vers un de ses confrères présent à ses côtés.

- Tu as dit quelque chose toi ?

L'autre releva vers une tête dégoulinante de sueur.

- Faudrait que t'arrêtes d'entendre des vois Nigra... ça en devient lourd...

- Comment ça j'entends des voix... ?

Il s'était rapproché, menaçant, l'autre se contenta d'hausser les épaules en attrapant une outre d'eau.

- Bah... C'est comme l'autre fois près du fleuve où...

Mais il ne termina pas sa phrase. Un excès de tension avait fait éclaté son vis à vis... qui lui éclata le nez d'un coup de poing magistral. Aussitôt la cohue prit naissance entre les partisans de l'un et de l'autre et les couloirs devinrent les lieux d'un gigantesque pugilat. Après un rire qui passa bien inaperçu dans le brouhaha ambiant Nalikith poursuivit sa visite, ayant concentré l'attention, de façon involontaire, en un tout autre point que celui où il se rendait... ce qui n'avait quelque part aucune importance au vu de sa nature pour le moins transparente. Mais passons, je m'égare. Tout comme l'élémental pour vous dire vrai, qui, de couloir en couloir, de coursive en coursive, s'enfonçait toujours un peu plus dans l'ignoble forteresse... sans pour autant trouver l'objet de sa quête. Pour l'énième fois il se trouva confronté à un embranchement.

- Droite... Gauche... derrière moi ?

Pour peu, et s'il en avait une, il se serait bien creusé la tête mais...

- Hum ?

Une légère distorsion dans l'air, à la fois familière et lointaine, l'intrigua. Venant du couloir sombre partant sur la droite. Mais pourquoi fallait-il toujours que son chemin le mène là où les odeurs étaient les plus... pénibles et grasses ? L'atmosphère était saturé une nouvelle fois... par l'odeur du sang. Et des cris, lointains ou étouffés par l'épaisseur étonnante des murs, se faisaient entendre à leurs tours.

- Il y a l'air d'avoir de la vie là bas ! Connaissant la cheffeuh... elle sera sans doute dans le coin !

... et responsable des cris, à n'en point douter. Il reprit sa course avant de déboucher, de percuter sans dommage, le visage familier d'une certaine.

- LUTIA !

La lutine sursauta à peine, apparemment peu surprise tandis que Nalikith reprenait une apparence un peu plus visible. Pour l'occasion, et grâce à la poussière recouvrant les murs, il s'habilla d'une robe noire et mouvante, à l'aspect presque menaçant.

- Nali... Tu en as mis du temps hein ! Nienna est là... derrière ces murs... derrière cette porte.

Point de cris de joie, point d'ordres criés aux vents, mais des gémissements, des sanglots... et une colère nouvelle, déjà exprimée plus tôt devant la souffrance de son amie, chassant l'innocence par une froide détermination.

- Nali... Arrête...

Lutia sautait sur place, se frottant les bras. Et l'élémental se rendit compte que l'air autour de lui, écho de ses sentiments, était devenu froid, glacial et blessant.

- Dis, tu peux ouvrir cette porte ? La faire sortir de là ?

- Nan... les montants sont trop lourds pour les détruire, trop solides... trop...

Se collant à l'acier, laissant libre court à sa détresse, Nalikith concentra toute cette énergie néfaste jusqu'à faire baisser radicalement la température en ces points précis... gelant jusqu'aux profondeurs de l'acier. Et lorsqu'il s'en sépara, affaibli à nouveau par l'effort, son apparence virait de plus en plus au noir.

- Et maintenant ?

Lutia le regardait, un air étrange sur le visage.

- Moui...

Et murmurant une incantation elle fissura les gonds, avec un craquement sinistre la porte bascula sur eux. Lutia fit un bond de côté pour éviter sa chute... Nali, lui, se contenta de se reformer après l'impact. Au fond de la pièce, sombre, sans lumière aucune se distinguait recroquevillée une silhouette. La peur gagna l'élémental et il resta immobile laissant la lutine entrer la première dans la cellule.

- Nienna ... ?


--------------------
Nalikith de Shenirisha,

Chevaucheur des vents et voyageur des cieux

Les quatre Vents ont ri dans le ciel du matin
Puis leur humeur étant changeante, une querelle
S'est élevée entre eux. Et la femme autour d'elle
Vit s'abattre en riant le courroux du destin.
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